« Ubu roi » : André Marcon et Mélanie Page font renaître la farce d’Alfred Jarry, 130 ans plus tard

Cent trente ans après sa création, « Ubu roi » revient là où tout a commencé. André Marcon et Mélanie Page incarnent Père et Mère Ubu, un couple aussi grotesque que terrifiant. Ils nous racontent cette œuvre hors norme et expliquent pourquoi sa satire du pouvoir résonne toujours avec notre monde actuel.

Le retour d’Ubu roi là où tout a commencé

Le symbole est fort : Ubu roi retrouve, 130 ans plus tard, le théâtre qui l’a vu naître. Lors de sa création en 1896, la pièce provoque immédiatement le scandale, notamment avec son fameux « merdre » inaugural. Alfred Jarry impose alors une langue libre, exubérante et provocatrice, et invente avec Ubu une figure grotesque du pouvoir devenue mythique.

« Ubu roi » : André Marcon et Mélanie Page font renaître la farce d’Alfred Jarry, 130 ans plus tard


Pour André Marcon et Mélanie Page, revenir aujourd’hui dans ce lieu chargé d’histoire donne une dimension particulière à cette nouvelle production. D’autant que, derrière la farce et les excès, l’œuvre continue de poser une question très contemporaine : que se passe-t-il lorsqu’un homme avide de pouvoir ne rencontre plus aucune limite ?

Que raconte Ubu roi ?

Père Ubu est lâche, brutal, cupide et profondément ridicule. Poussé par Mère Ubu, il décide de renverser le roi de Pologne pour prendre sa place. Une fois au pouvoir, il ne cherche ni à gouverner ni à convaincre : il élimine ses opposants, dépouille les nobles, les magistrats et les financiers et impose un régime fondé sur la peur et l’arbitraire.

Mais Ubu est aussi incapable d’assumer le pouvoir qu’il a conquis. Derrière sa violence se cache une immense lâcheté. Dès que le danger se rapproche, il panique, fuit et abandonne ceux qui l’entourent. Pour détourner l’attention de ses propres échecs, il se lance finalement dans une guerre absurde contre le « Czar » et la Russie.

Alfred Jarry transforme ainsi l’ascension et la chute d’un tyran en une farce démesurée. Entre cruauté, absurdité et humour, Ubu roi démonte les mécanismes du pouvoir et pousse jusqu’au grotesque l’avidité, la peur et l’égocentrisme de ses personnages.

Ce qui fait qu’une pièce puisse tenir 130 ans et plus, sans doute, c’est la qualité de l’écriture de Jarry, sa langue merveilleuse, rabelaisienne, exubérante.

André Marcon, comédien 

Père et Mère Ubu, un couple sans limites

Au cœur de la pièce, André Marcon et Mélanie Page forment un couple particulièrement réjouissant à jouer. Mère Ubu pousse son mari vers le pouvoir et le manipule avec gourmandise. Mais elle finit elle-même par être dépassée : une fois lancé, Père Ubu va beaucoup plus loin qu’elle ne l’avait imaginé.

André Marcon voit dans Ubu un personnage fait de contradictions : capable d’une extrême cruauté, mais aussi d’une poltronnerie presque enfantine. Mélanie Page, elle, découvre avec Mère Ubu un rôle entièrement dépourvu d’empathie, qui lui permet d’explorer sur scène une liberté de jeu inhabituelle.

C’est la première fois que je joue un personnage qui n’a aucune empathie. C’est génial à explorer parce qu’on explore des parties de notre personnalité qu’on n’a pas le droit d’explorer dans la vie.

Mélanie Page, comédienne

Mais si la pièce continue de faire rire 130 ans plus tard, c’est aussi parce que sa satire reste troublante. Derrière le grotesque de Père Ubu se dessine le portrait d’un homme gouverné par son ego, sa peur et son désir de domination. Une caricature poussée à l’extrême, mais dont les mécanismes continuent de résonner avec le monde contemporain.


Ubu roi au Théâtre de Paris

À partir du 16 septembre 2026, retrouvez André Marcon et Mélanie Page dans Ubu roi d’Alfred Jarry, mis en scène par Daniel Benoin, 130 ans après la création de la pièce dans ce même théâtre.

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