« LOL 2.0 » : grandir à l’ère des écrans

Le phénomène « LOL », c’était il y a déjà dix-sept ans ! Pour l'occasion, France TV & Vous a rencontré Lisa Azuelos et Thaïs Alessandrin. Un échange simple, complice, souvent ponctué d’humour, où mère et fille se livrent sans détour. Elles parlent surtout, avec beaucoup de sincérité, de ce que signifie aujourd’hui chercher sa place.

Devenu depuis un véritable classique pour toute une génération, le film arrivait à un moment où Internet commençait tout juste à s’installer dans nos vies. Et si certaines préoccupations de la jeunesse demeurent, d’autres ont profondément évolué. L’omniprésence des réseaux sociaux a, elle, complètement redéfini leur quotidien. Avec LOL 2.0, Lisa Azuelos dresse, à nouveau, le portrait de la jeunesse aujourd’hui, de ses désirs, de ses doutes et de son rapport au monde. L’occasion aussi de retrouver Sophie Marceau dans le rôle d’Anne, dans ce qui marque sa quatrième collaboration avec la réalisatrice.

Montre-moi tes réseaux, je te dirai qui tu es.

Thaïs Alessandrin, comédienne
« LOL 2.0 » : grandir à l’ère des écrans

À 55 ans, Anne (Sophie Marceau) profite enfin de sa liberté après le départ de ses enfants. Cependant, tout bascule quand sa fille Louise (Thaïs Alessandrin), 23 ans, revient vivre chez elle après un échec professionnel et sentimental. Et comme une surprise n’arrive jamais seule, son fils Théo lui annonce qu’elle va devenir grand-mère. Entre chocs générationnels, rêves en mutation et nouveaux élans amoureux, Anne comprend que la vie ne suit jamais tout à fait le plan prévu.

Dix-sept ans plus tard, qu’est-ce qui s’est passé ?
Lisa Azuelos :
Pour le personnage de Sophie Marceau : elle est toujours architecte, elle a fini d’élever ses enfants, et elle commence à peine à retrouver un peu une sensation de légèreté, de femme enfin débarrassée des gosses.
Thaïs Alessandrin : « Débarrassée », c’est le bon mot…
L. A. : C’est le bon mot, ouais. Je sais que c’est vexant, mais c’est comme ça. Et sa fille, elle a fait des super belles études, elle a vécu avec son mec.
T. A. : C’est, du coup, cette mère et cette fille qui apprennent à se redécouvrir en tant qu’êtres indépendants. La mère, elle n’a plus envie d’être complètement une maman, et la fille, elle n’a plus envie d’être complètement une fille. C’est « Allez, prends-moi au sérieux ! », chacune dans son mood.
L. A. : Ouais, c’est super bien dit ça !

Comment s’est passée cette co-écriture mère-fille ?
Lisa Azuelos : Pour moi, c’était inenvisageable d’écrire sur les jeunes sans une vraie jeune.
Thaïs Alessandrin : Jeune. Quand j’ai su qu’elle allait aussi écrire sur ma génération, j’étais : « Franchement, c’est mon rêve d’écrire avec toi, que tu me transmettes ton métier, qu’on partage ce moment-là aussi. »
L. A. : C’est ce rapport-là, souvent, qu’on peut avoir : moi je peux lui donner des choses, mais elle, elle va tout à coup aussi m’éclairer avec sa fraîcheur et sa spontanéité, sa positivité.

Réseaux sociaux, IA… Quel impact sur votre film ?
Lisa Azuelos : Aujourd’hui, on a l’habitude de se parler, et puis en même temps on regarde son téléphone, et puis sur son téléphone, il y a une autre vie. Je voulais vraiment inclure ces deux réalités en une image, pour montrer que c’est perturbant, et en même temps que c’est ça la vie aujourd’hui. Est-ce que c’est vraiment ça qu’on veut ? Donc je voulais que le spectateur fasse l’expérience de cette double vie, un peu.
Thaïs Alessandrin : On ne parle pas des réseaux sociaux, mais on laisse les réseaux sociaux nous raconter. En fait, les réseaux sociaux disent quelque chose de nous. Montre-moi tes réseaux, je te dirai qui tu es.

À quelle époque auriez-vous aimé être ado ?
Thaïs Alessandrin : J’aurais adoré avoir 25 ans dans les années 80. Moi, j’imagine les années 80 comme étant le moment où il y avait le plus de liberté. Il y avait ce rapport où le téléphone commençait, on pouvait se joindre, mais il n’y avait pas encore cette double vie.
Lisa Azuelos : C’est vrai que je suis très heureuse d’avoir vécu les années 80. Ça, je vais pas vous mentir : j’aime que le disco, moi, je ne suis pas sortie de là.
T. A. : Mais, c’est ça, parce que tu as vécu sans téléphone, tu as vécu le téléphone, tu as vécu Internet, tu as vécu l’IA, mais tu as vécu sans aussi, quoi. Tu as les deux.
L. A. : Ouais.

En quoi c’est dur d’être jeune aujourd’hui ?
Thaïs Alessandrin : Je pense que pour ma génération, c’est quelque chose de très compliqué : s’ancrer dans une vie et en être heureux, parce qu’on a toujours envie d’ailleurs, de mieux.
Lisa Azuelos : Nous, on a essayé de construire une vie et on trouvait ça déjà difficile, et eux, ils essaient d’en vivre mille, parce qu’ils y ont accès aussi à travers les réseaux. Tout à coup, tu dis au même moment : « Je pourrais être sur une plage, je pourrais être en train d’avoir une start-up, je pourrais être milliardaire… » Ta vie, c’est ta vie, et il n’y a pas mille vies à vivre, il y a juste ta vie, qui prend plusieurs chemins. Et moi, c’est à cette jeunesse-là aussi que j’avais envie de parler, leur dire : « Je vous vois, je sais que c’est pas facile, mais je vous vois, on est ensemble, on est ensemble les gars ! »
T. A. :  C’est vraiment la maman qui dit « bravo » derrière, quoi.