AIMÉ CÉSAIRE – LES 10 ANS DE SA DISPARITION

Programmation spéciale du 14 au 18 avril

  1. Interview des auteurs-réalisateurs, Isabelle Simeoni et Fabrice Gardel
  2. 21.55 : Débat animé par Fabrice d'Almeida
©Photo Ozkok / Sipa / Créa Antoine Vu

Césaire et Moi

Mercredi 18 avril à 20.55

France Ô

Du 14 au 18 avril, France Ô célèbre Aimé Césaire pour le dixième anniversaire de sa disparition. À cette occasion, le documentaire inédit Césaire et Moi, diffusé le mercredi 18 avril à 20.55, rend hommage à sa mémoire, à ses combats et à son œuvre tout entière.

Pour raconter la transmission de sa modernité et décrypter son impact dans notre société contemporaine, Aïssa Maïga, Audrey Pulvar, Arthur H, Daniel Maximin, Lilian Thuram, George Pau-Langevin, JoeyStarr, Valérie Manteau, Zineb El Rhazoui et Emmanuel Kasarhérou partagent leurs points de vue.

Au fil de leurs confidences se dessine en creux le portrait de l’homme dans son époque et l'extraordinaire héritage humaniste et poétique qu'il a laissé.

Interview des auteurs-réalisateurs, Isabelle Simeoni et Fabrice Gardel

 

Ce projet vous était-il commun ? 

Isabelle Simeoni : Oui, l’absence de représentativité de la diversité est une préoccupation commune à tous les deux. Ce constat est particulièrement visible dans certains secteurs comme la fiction et, à ce titre, la participation d’Aïssa Maïga nous semblait importante car elle a réussi à franchir le plafond de verre avec des rôles non stéréotypés. 
Fabrice Gardel : « La France continue à se penser blanche », dit Aïssa Maïga, alors même que les mélanges, les hybridations et les enrichissements sont là. 

Considériez-vous Aimé Césaire comme un exemple avant de réaliser ce documentaire ? 

I.S. : Oui, et pour plusieurs raisons. Parce qu’il est un grand auteur, un immense poète et que ses combats sont admirables. Je le connaissais un peu mais j’ai pris toute la dimension du personnage en écrivant le film. Quel visionnaire ! Il avait une telle compréhension globale du monde, des enjeux de son époque et de leur répercussion sur l’avenir des démocraties occidentales ! 
F.G. : En commençant le film, j’avais l’intuition de sa modernité, mais pas à ce point. Aujourd’hui, des gens comme Arthur H, JoeyStarr, Lilian Thuram, Grand Corps Malade, Julien Clerc, Marc Lavoine… revendiquent son héritage et s’inspirent de la puissance de son verbe. À l’heure de Black Lives Matter, I Am Not Your Negro… Césaire est plus actuel que jamais. 

Comment avez-vous choisi vos intervenants, ceux qui aiment le combat humaniste et politique de Césaire, mais aussi ceux qui admirent le poète et l’homme au point de se faire tatouer son portrait ? 

F.G. : Nous avions en tête de trouver des auteurs et des artistes qui aiment vraiment Césaire, humainement et intellectuellement. 
I.S. : Nous voulions aussi respecter la pensée de Césaire, en particulier sur la négritude, sans discours communautariste ni d'exclusion. Certaines personnalités devaient avoir une très grande connaissance de l’œuvre littéraire de Césaire, d'autres l'avoir rencontré ou avoir vécu sous ses mandats pour l’évoquer au mieux, et d’autres encore devaient apporter un regard  d’« héritiers » comme Aïssa Maïga, JoeyStarr, Arthur H ou Emmanuel Kasarhérou. Chacun d’eux porte le film. 

Aïssa Maïga pense que « Césaire est moderne par rapport à la conscience qu’il a du monde ». Vous avez construit votre documentaire à partir de cet angle. Comment s’est-il imposé ? 

F.G. : Césaire est le levier parfait pour dénoncer une France peureuse, « racornie », comme le précise Audrey Pulvar. 
I.S. : Il n’est pas moderne que pour nous ! Aux États-Unis, c’est une icône, son œuvre complète vient d’être republiée ! Je pense, comme Lilian Thuram, qu’il devrait être beaucoup plus étudié dans les collèges et lycées. Plus on se réfère à cette vision humaniste et tolérante et mieux on est éduqué pour vivre dans le monde d’aujourd’hui. 

Vous développez les ambitions humanistes de Césaire qui se dégagent dans les thèmes abordés : la négritude, le racisme, le métissage, le combat contre le colonialisme, le premier congrès des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne. Avez-vous dû écarter certains autres thèmes ? 

I.S. : Il y a encore tellement à dire ! On a choisi ce qui a été le moteur de sa vie d’intellectuel et d’homme politique, mais j’aurais aimé développer le sujet des populations migrantes et déportées, les notions d’autonomie, la place prépondérante qu’occupe Césaire dans la culture atlantique...

Vous mettez en évidence que Césaire n’était pas un féministe car il ne s’est engagé ni sur les batailles de la pilule, de l’IVG, de l’indépendance financière des femmes, ni sur la controverse au moment de la sortie du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Vous ne vouliez pas vous limiter à des éloges…

I.S. : Je trouve absurde le fait d’analyser le passé avec notre regard d’aujourd’hui, particulièrement à un moment si contestataire pour la place des femmes dans la société. Cependant, d’un point de vue personnel, en temps que féministe, je regrette que cette puissance intellectuelle n’ait pas été mise au service d’une cause qui m’est très chère. 
F.G. : Chaque homme a ses limites, ses zones d’ombre, ses faiblesses. Pourquoi Césaire ne serait-il pas regardé à hauteur d’homme ?

Vous insistez sur le fait qu’il n’aimait pas les honneurs. Il a tout de même passé plus de cinquante ans à la mairie de Fort-de-France. Expliquez-nous ce paradoxe. 

F.G. : Compte tenu de notre angle, nous n’avons pas voulu explorer plus avant ce paradoxe. Mais Audrey Pulvar égratigne Césaire à juste titre dans un de ses propos. 
I.S. : Selon moi, il avait indéniablement le goût du pouvoir et des responsabilités mais, plus encore, c’était une nécessité vitale pour lui d’être dans l’action. Par ailleurs, en tant qu’intellectuel, il considérait certainement que son travail n’était jamais achevé. Le poète n’est pas dans la même temporalité que l’homme politique, et Césaire disait toujours : « Si vous voulez comprendre ma politique, lisez ma poésie ! »

Propos recueillis par France Hatron

21.55 : Débat animé par Fabrice d'Almeida

À l'issue du documentaire, Fabrice d'Almeida s'entoure de personnalités qui ont connu, côtoyé ou qui se sont inspirées de Césaire : Dany Laferrière, de l'Académie française, Raphaël Confiant, écrivain (en duplex depuis Fort-de-France), Romuald Fonkoua, professeur de littérature à la Sorbonne et auteur de Aimé Césaire (Éd. Perrin), Sylvie Andreu, auteure de Cher Aimé (Éd. Couleurs contemporaines)Marijosé Alie, journaliste et réalisatrice de trois films sur Aimé Césaire, Ménélik, rappeur. 

 

 

 

 

Césaire l'universel