« Polynésie, les sages de l'océan » : le combat pour l’environnement

En Polynésie française, comme ailleurs, le poisson est en danger. Des hommes et des femmes luttent pour préserver cette ressource naturelle indispensable à la survie, en faisant appel au « rahui », une méthode ancestrale. Un film inédit à découvrir à l’occasion de la Journée mondiale de l’Océan du 8 juin. Sur La1ere.fr, l'offre numérique Outre-mer de France Télévisions, lundi 6 juin à 18.00, et sur France 3, à 00.20, dans la case outremer.ledoc.

« Polynésie, les sages de l'océan » © Ecrans du monde

Ils sont pêcheurs mais ont appris à vivre avec leur environnement et respecter les ressources nécessaires à leur équilibre alimentaire. À Tahiti, à Moorea ou aux îles Tuamotu, la raréfaction des poissons a modifié le mode de vie et les comportements. Mais la création de « rahui » – aires marines protégées – offre un répit et l’espoir de voir renaître un écosystème menacé.

Au cœur de la presqu'île de Tahiti, au Fenua'aihere – véritable refuge de la biodiversité, uniquement accessible en bateau – l’ancien pêcheur Augustin s’est reconverti dans le transport scolaire en bateau. Son voisin, Peva Levy, ancien chercheur à l’Ifremer vit à deux pas de la vague mythique de Teahupoo qui, une fois par an, réunit les meilleurs du surf mondial. Il habitait déjà la presqu’île du temps où l’électricité n’était pas encore arrivée et où l’on pêchait encore à la main dans le lagon. Les poissons étaient moins méfiants et surtout plus nombreux. « Il n’y a plus rien par rapport à ce que tu trouvais avant… Tu allais sur une patate (de corail) et tu pouvais avoir le dîner… Un équilibre a été brisé dans le lagon. Le poisson a été tellement pêché pour le vendre sur Tahiti que ça a disparu. » L’arrivée des congélateurs et l’afflux massif des travailleurs du nucléaire ont changé la donne. 

Alors, les autorités polynésiennes ont pris une décision radicale, celle de mettre en place un rahui : mot polynésien pour signifier un espace interdit et protégé. Cette pratique traditionnelle polynésienne, qui consiste à limiter le prélèvement de ressources naturelles – plantes, produits de la mer – temporairement et dans des zones limitées, refait surface depuis quelques années à Tahiti et dans certaines îles, Moorea et Fakarava notamment.

« Polynésie, les sages de l'océan »
« Polynésie, les sages de l'océan »
© Ecrans du monde

À 48 heures de mer de Tahiti, l’atoll de Tikehau et son village de pêcheurs… Cinq ou six habitations près de la passe, isolées de tous et de tout. Benoîtest né ici. Son unique richesse : un parc à poissons que lui a transmis son père. Un piège dans lequel les poissons s’engouffrent pour ne plus jamais ressortir. « Tu peux te nourrir tous les jours grâce à ça, tu ne meurs pas de faim. » Et pas seulement, raconte sa femme : « Ce qu’on récolte là, on en fait des paquets de poisson et on les met sur le bateau Le Dory pour les vendre sur Tahiti. » La qualité réputée des poissons du lagon de Tikehau a fait exploser le nombre d’exportations vers Tahiti. Mais « c’est pas comme avant : il y a carrément une diminution de poissons. »

Et un autre fléau touche cette ressource : la cigüatera, plus communément appelée « la gratte ». Ce mal, provoqué par une toxine proliférant sur des récifs de corail mort, entraîne des nausées, diarrhées et grosses fatigues… Mais il est très difficile de détecter les poissons contaminés. Un danger que sait éviter un pêcheur comme Benoît : « Depuis mon enfance à aujourd’hui, rien ! Car je connais ceux qui sont à éviter. » Une connaissance que n’ont pas beaucoup de consommateurs.

De fait, le nombre de contaminations a modifié les comportements alimentaires. « Il y a eu des flambées de cigüatera successives qui ont fait que les gens avaient tellement peur de consommer du poisson lagonaire qu’ils se sont détournés des ressources du lagon et se sont rabattus sur la nourriture en conserve et le poulet importé de Nouvelle-Zélande, explique Mireille Chinin, scientifique et spécialiste de la cigüatera. Une fracture culturelle entre la génération des parents et les jeunes. Les traditions de la pêche artisanale qui se transmettent de père en fils se sont perdues. »

« Polynésie, les sages de l'océan »
« Polynésie, les sages de l'océan »
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À Tikehau, le voisin de Benoît, Matehau, est venu s’installer il y a quelques années. C’est un pêcheur de mahi mahi, la dorade coryphène. Il lui arrive de croiser au large de drôles de radeaux : des DCP (dispositifs de concentration de poissons) dérivants, qui filent au gré des courants, et qui attirent les poissons.

Ancrés ou dérivants, mis à l’eau par l’homme, les DCP permettent d’identifier les points de regroupement des poissons, ce qui facilite la pêche. Mais s’il s’agit dans certains cas d’un formidable outil pour la pêche artisanale, ils peuvent également présenter un véritable danger pour le milieu marin et la survie des espèces.

Cette pratique est aujourd’hui interdite en Polynésie française. Mais on raconte que les flottilles de pêche étrangères lâchent leurs radeaux dérivants dans l’espace maritime de la Polynésie française, et les récupèrent gorgés de poissons, sans tenir compte des restrictions liées au rahui. Quelque 60 000 DCP seraient ainsi largués, dérivant dans le Pacifique Sud. Ils viennent concurrencer directement les DCP fixes et autorisés pour l’autosuffisance alimentaire des populations isolées dans les Tuamotu ou les Marquises. Ainsi que celles qui sont ravitaillées par le bateau Le Dory avec des produits de première nécessité importés de Tahiti.

Alors Matehau, comme Benoît ou Peva, continuent d’utiliser les techniques de pêche traditionnelles afin de ne pêcher que le strict nécessaire pour leurs besoins quotidiens. « Il y a quand même de moins en moins de poissons... »

« Polynésie, les sages de l'océan »
« Polynésie, les sages de l'océan »
© Ecrans du monde

Polynésie, les sages de l'océan

Collection « Les Gens de la mer »

À travers ce film inédit, découvrez des hommes et des femmes qui luttent en Polynésie française pour protéger leur océan, en faisant notamment appel au « rahui », une méthode ancestrale qui permet de protéger et de préserver les ressources naturelles.

Documentaire (2021 - 52 min) – Auteurs-réalisateurs Hervé Corbière et Denis Pinson – Coproduction Antipode et Archipel Production avec la participation de France Télévisions 

Polynésie, les sages de l'océan est diffusé lundi 06 juin à 18.00 sur La1ere.fr, l'offre numérique Outre-mer de France Télévisions, et sur France 3 à 00.20 dans la case outremer.ledoc.
À voir et à revoir sur france.tv
 

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