Victoires de la Musique : et les heureux gagnants sont...

Animée par Laury Thilleman et Stéphane Bern, la 36e édition des Victoires a une nouvelle fois tenu ses promesses ! Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à ce grand rendez-vous musical, diffusé en direct sur France 2, voici le palmarès de l’année.

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Artiste masculin

Benjamin Biolay
© Gilles Gustine / FTV

Benjamin Biolay
Pour la promotion de Grand Prix, Benjamin Biolay déclarait à Paris Match : « Je savais que si je ne me dirigeais pas vers la musique, ma vie serait insupportable. » Il a complété cette existence avec le cinéma, depuis ses débuts remarqués (même si sa signature en label date de 1996 et sa première sortie de 1994 avec son groupe Matéo Gallion), il y a tout juste vingt ans, avec la sortie de Rose Kennedy, pour lequel il obtint la Victoire de l’album révélation. Si vous cherchez ce timide à la franchise parfaite, cet ami fidèle, cet amoureux de la culture française, quand il n’est pas à Buenos Aires, sa ville de cœur, il y a fort à parier que vous le trouverez aux Studios de la Seine ou aux Studios Ferber, à Paris. Pour lui, 9 albums studio (plus 3, plus conceptuels) ; pour les autres, Biolay écrit, compose, arrange, réalise sans frénésie et toujours avec justesse. Du début avec Salvador (Jardin d’hiver) au dernier album de Calogero, tous les styles, toutes les notoriétés l’attirent tant qu’il a l’envie. Même s’il n’y pense pas le matin en se rasant, en bon amateur de sport qu’il est (formule 1 et football), on lui sort ses statistiques : 7 années de présence, 13 nominations, 4 Victoires (dont 1 comme Artiste masculin). À suivre (et pour longtemps encore !)…
Les autres nommés : Gaël Faye, Vianney

Artiste féminine

Pomme
Lors de la dernière cérémonie des Victoires, au moment où elle a remporté celle de l’Album révélation (« J’étais ultra choquée d’être nommée, et d’avoir gagné, je ne l’ai toujours pas réalisé »), Pomme citait Leonard Cohen : « Il y a une faille dans chaque chose et c’est par là qu’entre la lumière. » Depuis novembre 2019, son second album, Les Failles, concocté avec Albin de la Simone, est classé dans le Top, en février avec Ses failles cachées, puis en novembre avec sa Halloween version, elle les a nourries avec pas moins de huit titres supplémentaires, dont un duo avec Klô Pelgag et un autre avec Flavien Berger. Année de tous les contrastes pour cette artiste pop hors formatage, aux textes si intimes qu’ils en deviennent universels, car, outre cette Victoire, elle a été distinguée par la Sacem en remportant le prix Francis-Lemarque de la révélation. Dans le même temps, Pomme se voit obligée d’annuler une centaine de dates, exception faite d’un émouvant concert assis, donné lors du Printemps de Bourges… en septembre, où toutes ses forces et ses faiblesses étincelaient. Elle se construit pas à pas, mixant doute et assurance, en s’appuyant sur un public fidèle qui s’identifie à elle autant pour sa douceur que pour ses prises de position. Pomme s’interroge sur elle-même et sur le monde qui l’entoure, cela fait et fera de belles chansons.
Les autres nommées : Aya Nakamura, Suzane

Révélation masculine

Hervé
Boxeur catégorie poids plume, c’est pourtant le foot qui a failli emporter ce Breton (3 min 30 à faire des crêpes sur le clip de Si bien du mal), exilé du côté de Versailles. Avec son look droit sorti du film Trainspotting, Hervé ne choisit pas entre chanson française et électro. Il aime à égalité Christophe ou Jacques Higelin, qui, juché sur les épaules de son père, fut son premier concert, et The Chemical Brothers ou Daft Punk, qui inspirèrent son groupe précédent, Postaal, avant qu’il ne se mette à écrire cinq chansons d’un coup et à se sentir bien dans ses mots, bruts, intimes, acérés. Sa voix souriante, avec des syllabes qui s’allongent, est sa marque de fabrique et le rend unique. Seul sur scène, immanquablement, on pense au Bashung de C’est comment qu’on freine. Bingo, il n’hésite pas à le reprendre avec un titre rare signé Jean Fauque qui en dit long : La Peur des mots, repris sur son premier EP, Mélancolie FC, paru en mai 2019. Sur Hyper, un album de pulsation et d’urgence où les mots sont devant, Hervé a tout donné de lui, comme si sa vie entière en dépendait. Tout est « hyper » chez ce chanteur bondissant, à commencer par sa sensibilité à fleur de peau, rien n’est tiède, tout a de la valeur. 
Les autres nommés : Noé Preszow, Hatik
 

Révélation féminine

Yseult
En reprenant Ton héritage, de Biolay, lors des primes de la Nouvelle Star, où elle accéda à la finale, Yseult ne savait pas encore qu’elle le retrouverait sept ans plus tard sur le plateau des Victoires, mais elle savait qu’écrire, composer et interpréter allaient être sa vie. Son père, dubitatif au départ, est maintenant celui à qui elle dédicace ses places dans les charts. Après un album trop vite mis en boîte, Yseult part vivre à Bruxelles et, afin d’avoir le contrôle sur sa vie artistique, crée son propre label, YYY, sur lequel elle sort trois EPs (Rouge, Noir, Brut) et définit son style comme de la « y-trap », où l’exact équilibre entre la variété et la trap music, où sa voix gorgée de soul fait tilt à chaque ambiance, douce ou énergique. En artiste complète, elle donne son talent pour les autres, de Black Eyed Peas à Jennifer, de Dinos à Yannick Noah, ou encore sur un duo avec Claire Laffut intitulé Nudes. En parallèle, elle flirte avec la mode et développe une carrière de mannequin, et pose régulièrement pour la marque anglaise Asos, ou chante au dernier défilé de la maison Balmain. Femme forte acceptant sa fragilité, Yseult fait ce qui est bon pour elle et incarne à merveille son époque. Génération Y ? 
Les autres nommés : Clou, Lous and the Yakuza

Album

Julien Doré
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Aimée – Julien Doré
On l’a découvert une barrette dans les cheveux, reprenant avec audace le Lolita d’Alizée. Treize ans plus tard, ses cheveux sont toujours d’actualité : « Tout l’monde a quelque chose à dire/Sur mes cheveux ou le climat/Bien que les deux aillent vers le pire/Personne ne se battra pour ça. » Malice et conscience irradient ce cinquième album, le premier qui n’est pas né à Paris, mais dans les Cévennes, où cet homme neuf est parti s’installer depuis son silence médiatique. En pessimiste constructif, et sans être donneur de leçons, il aborde avec un humour frôlant le surréalisme des thèmes forts comme l’écologie, les migrants ou le sexisme. « Aimée » est le participe passé au féminin de ce qui peut être adorable dans le monde, c’est surtout le prénom de sa grand-mère âgée de 99 ans, l’une des premières femmes modernes de sa vie d’homme. Sur cet album à la pochette rose, Julien Doré invite Clara Luciani, les rappeurs belges Caballero et JeanJass, ainsi que ses deux chiens, Simone et Jean-Marc, sur le bien nommé Waf. Il y aussi des chœurs d’enfants, les adultes de demain. Il n’y a pas Christophe, son ami perdu à qui il a rendu hommage en recevant sa quatrième Victoire. 
Les autres nommés : Grand Prix – Benjamin Biolay ; Lundi méchant – Gaël Faye ; Mesdames – Grand Corps Malade ; Paradis – Ben Mazué

Chanson originale

Camille Lellouche, Grand Corps Malade
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Mais je t’aime – Grand Corps Malade & Camille Lellouche (auteurs : Grand Corps Malade et Camille Lellouche – compositrice : Camille Lellouche)
Pour sa première année sur le plateau des Victoires, en 2007, Grand Corps Malade frappa fort, étant nommé dans les trois catégories Révélations et en remportant deux (Révélation scène et Album révélation). Grâce à lui et à Midi 20, le slam est entré dans la musique en France. Cette année, ce sera sa quatrième cérémonie et sa première fois en compétition pour la Chanson originale de l’année. Il n’arrive pas seul cette fois-ci, puisque Mais je t’aime est extrait de l’album Mesdames, hommage fait aux femmes, où il partage le micro avec neuf artistes féminines, dont l’humoriste, comédienne et chanteuse Camille Lellouche, qui a écrit et composé ce titre et dont il a « terminé » le texte. Peu importe que l’on soit homme ou femme, cette valse émeut aux larmes, qu’elles soient de joie ou de tristesse, et évoque des souvenirs d’amour idéal ou de rupture à chacun d’entre nous. Le clip en noir et blanc dans lequel les larmes de Camille Lellouche sont bien réelles, avec les deux artistes dialoguant de profil, vu près de 50 millions de fois, accentue ce sentiment de tendresse diffuse. Signe d’une grande chanson, Mais je t’aime a droit à sa parodie, réussie et drôle, Mais j’te tej, signée par les comédiens Ambre Larrazet et Édouard Deloignon. 
Les autres nommés : Comment est ta peine – Benjamin Biolay (auteur-compositeur : Benjamin Biolay) ; La Maison de retraite – Michel Jonasz (auteur-compositeur : Michel Jonasz – arrangeurs : Jean-Yves D’Angelo, Manu Katché) ; Corps – Yseult (auteure : Yseult – compositeurs : Yseult, Romain Descampe, Ziggy Franzen) ; Facile – Camélia Jordana (auteure : Camélia Jordana – compositeurs : Camélia Jordana, Renaud Rebillaud)

Création audiovisuelle

Nous – Julien Doré (réalisateur : Brice VDH)
Les autres nommées :
 La vita nuova – Christine and the Queens (réalisateur : Colin Solal Cardo);Goliath  Woodkid (réalisateur : Woodkid)

Titre le plus streamé
 

victoires
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Ne reviens pas – Gradur featuring Heuss l’Enfoiré 
On ne connaît pas encore les chiffres pour l’année 2020, mais, en 2019, selon le SNEP (principal syndicat des producteurs, éditeurs et distributeurs de musique enregistrée), le streaming représentait 59 % du marché de la musique en France. Apparu relativement récemment, le streaming a trouvé sa place dans le mode de consommation avec une part de plus en plus importante d’abonnement payant. Pour la première année, c’est tout naturellement qu’une Victoire est décernée pour le titre le plus streamé en France sur la période de référence de l’association des Victoires de la musique, à savoir du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2020. Dans cette immense discothèque virtuelle, c’est Ne reviens pas, interprété par l’ambianceur Gradur et Heuss l’Enfoiré, qui remporte la palme avec 101 060 557 streams comptabilisés. Paru fin novembre, peu avant la sortie du 3e album du rappeur de Roubaix, ce banger a même été, selon Deezer, le titre le plus écouté le soir du réveillon. Le clip vu, lui, plus de 146 millions de fois voit les deux rappeurs faire une sacrée fête dans un hôtel chic. Si ce titre festif vous rappelle quelque chose, normal, Gradur a repris les bases du tube italien Blue (Da Ba Dee) d’Eiffel 65, paru en 1999. Le refrain est marqué par le mot « Sheguey », clin d’œil au collectif de rappeurs dont fait partie Gradur. Sur l’album Zone 59, outre Heuss l’Enfoiré, on trouve un véritable who’s who du rap français avec Ninho, Niska, Dadju, Koba LaD, Gims et Alonzo.  

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