Prix Essai et Prix Roman France Télévisions : la sélection en lice

Découvrez les 12 ouvrages (six romans, six essais) sélectionnés pour l’édition 2022 du Prix Essai et du Prix Roman France Télévisions. Ces récompenses seront décernées par 22 lecteurs choisis après un appel à candidatures lancé sur les antennes de France Télévisions. Rendez-vous le 2 juin pour connaître les lauréats !

Six essais et six romans en lice

Ce sont François Busnel et Olivia de Lamberterie, tous deux spécialistes de la littérature sur les antennes de France Télévisions, qui ont choisi les six essais et les six romans en lice pour les Prix France Télévisions. 

Créés en 1995, ces Prix récompensent les auteurs d’ouvrages parus en langue française dans l’actualité littéraire récente. Ils seront décernés par 22 lecteurs (11 pour le Prix Essai et 11 autres pour le Prix Roman) choisis après un appel à candidatures lancé sur les antennes de France Télévisions. La composition de ces jurys sera dévoilée le mois prochain, après étude des candidatures, particulièrement nombreuses cette année.  

Enfin viendra l’heure des délibérations, des votes et de l’élection des deux lauréats. Ceux-ci seront annoncés et invités dans l’émission La Grande Librairie (France 5) qui suivra les délibérations.

Les six essais en lice

Les six essais
Les six essais

Tonino Benacquista, Porca Miseria (Gallimard)
Porca Miseria est l’histoire d’une famille, celle de Tonino Benacquista. De ses parents, Cesare et Elena, émigrés italiens arrivés en banlieue parisienne dans les années 50. De sa fratrie, dont il est le benjamin, et le seul à être né en France. Il y retrace son enfance à l’ombre d’un père ouvrier à l’usine, qui noie son amertume dans l’alcool, et d’une mère déracinée, éprouvée par l’exil. Toutefois, il est question ici avant tout d'une conquête, souvent drôle et inattendue, celle de la culture et de la langue françaises, non par la lecture, mais par le farouche besoin d'écrire. « Ma patrie, c'est la langue française », disait Camus. En racontant le devenir d’un jeune autodidacte que la fiction sauvera des affres du réel, Tonino Benacquista signe un récit des origines d’une humanité poignante.

Marianne Chaillan, Où donc est le bonheur ? (Équateurs)
Si, loin de la promesse de bonheur, naïve voire dangereuse, que nous vendent les ouvrages de développement personnel, il fallait plutôt reconnaître que du monde, « on ne peut attendre rien de bon », comme l’écrit Schopenhauer ? Si souhaiter être heureux était le moyen le plus sûr d'être malheureux ? Marianne Chaillan commence par fracasser la représentation commune du bonheur pour mieux nous faire découvrir les chemins étroits et exigeants qui conduisent à une vie heureuse et authentique. À la manière du fameux professeur du Cercle des poètes disparus, elle nous invite à entrer dans sa salle de classe, à nous appuyer sur la philosophie, non pour rêver de bonheur, mais bien pour le pratiquer ici et maintenant. « C'est sur cette question que, chaque année, je quitte mes élèves. Comme si, étant l'ultime leçon, elle avait vocation à demeurer plus vive. Ce cours concentre l'essentiel de ce que la philosophie m'a appris et que je souhaite transmettre à mon tour. »

Raphaël Gaillard, Un coup de hache dans la tête (Grasset)
Qu’est-ce qui fait de nous des êtres capables de créer ? Lorsque Diderot écrit que « les grands artistes ont un petit coup de hache dans la tête », il consacre une idée qui traverse les époques et les cultures  : qu’il s’agisse de la mélancolie selon Aristote, de la tempête des passions selon les Romantiques ou du Manifeste du surréalisme, tous célèbrent le lien entre folie et créativité, au point de considérer la folie comme l’ordinaire du génie. Pourtant, l’idée ne résiste guère à l’expérience quotidienne du psychiatre, qui raconte ici ses patients et montre combien la maladie les entrave et les livre à la souffrance. C’est à partir de récentes études scientifiques qu’il devient possible de résoudre cette apparente contradiction  : c’est du côté des parents, enfants, frères et sœurs des patients que pourrait bien se situer la propension à la créativité. Le lien entre folie et créativité devient un lien de parenté  : notre ADN nous rend vulnérables aux troubles psychiques en même temps qu’il nous permet de créer. C’est parce qu’ils sont la contrepartie de ce qui fait de nous des êtres humains que ces troubles s’avèrent si fréquents. Pour créer une œuvre, il faut se représenter le monde en pensée. Or l’acte élémentaire de penser est en soi un acte de création, et un pouvoir qui n’est pas sans risque : en façonnant nos représentations du monde, nous devenons capables de les enrichir à l’infini. Pour faire œuvre ou pour se perdre...

Alexandre Jollien, Cahiers d’insouciance (Gallimard)
Comment se départir d’un état d’alarme permanent, abandonner le souci et s’ouvrir authentiquement à une vie plus généreuse, plus libre ? Comment oser la non-peur et la confiance ? À l’heure où l’individualisme gagne du terrain, il est tentant, pour moins souffrir, de se blinder, voire de démissionner. Chögyam Trungpa comme le Bouddha, Spinoza, Nietzsche et tant d’autres peuvent nous inspirer une voie bien plus audacieuse. Ces Cahiers d’insouciance constituent une tentative, un essai pour s’affranchir de la tyrannie des passions tristes et nous jeter dans la joie inconditionnelle. Une vie spirituelle qui ne rendrait pas meilleur, plus solidaire et qui laisserait quiconque sur le bas-côté ne vaut pas une heure de peine ! Deux défis traversent ces Cahiers : se détacher de tout sans renoncer au don de soi, à l’engagement, et contribuer ainsi à une société plus éveillée ; faire passer l’autre avant la voracité du moi. Ces carnets de route envisagent le quotidien, les blessures et les manques, les désirs et la peur, les liens et le partage.

Titiou Lecoq, Les Grandes Oubliées. Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes (L’Iconoclaste)
De tout temps, les femmes ont agi. Elles ont régné, écrit, milité, créé, combattu, crié parfois. Et pourtant, elles sont pour la plupart absentes des manuels d’histoire.
« C'est maintenant, à l'âge adulte, que je réalise la tromperie dont j'ai été victime sur les bancs de l'école. La relégation de mes ancêtres femmes me met en colère. Elles méritent mieux. Notre histoire commune est beaucoup plus vaste que celle que l'on nous a apprise. » Pourquoi ce grand oubli ? De l’âge des cavernes jusqu’à nos jours, Titiou Lecoq s’appuie sur les découvertes les plus récentes pour analyser les mécanismes de cette vision biaisée de l’Histoire. Elle redonne vie à des visages effacés, raconte ces invisibles, si nombreuses, qui ont modifié le monde. Pédagogue, mordante, irrésistible : avec elle, tout s’éclaire. Les femmes ne se sont jamais tues. Ce livre leur redonne leurs voix.

Claire Marin, Être à sa place. Habiter sa vie, habiter son corps (L’Observatoire)
« Ça commence parfois par une inquiétude ou un malaise. On se sent en décalage, on craint d'agir de manière déplacée. On a le sentiment de ne pas "être à sa place". Mais qu'est-ce qu'être à sa place, dans sa famille, son couple, son travail ? Quels sont les espaces, réels ou symboliques, qui nous accueillent ou nous rejettent ? Faut-il tenter de conquérir les places qui nous sont interdites, à cause de notre genre, notre handicap, notre âge, notre origine ethnique ou sociale ? Peut-être faut-il transformer ces lieux de l'intérieur et s'y créer une place à soi ? » Dans cet ouvrage aussi passionnant que sensible, la philosophe Claire Marin explore toutes les places que nous occupons — quotidiennement, volontairement ou contre notre gré, celles que nous avons perdues, celles que nous redoutons de perdre — et interroge ce qui est à la fois la formulation d’un désir personnel et un nouvel impératif social. Encore reste-t-il à savoir si l’on finit tous par trouver une place, ou si le propre d’une place n’est pas plutôt de sans cesse se déplacer, ou de déplacer celui qui croit pouvoir s’y installer...

Les six romans en lice

Les six romans
Les six romans

Nathalie Azoulai, La Fille parfaite (P.O.L)
« Elle a dit, c’est génial finalement, considère qu’on est les deux filles d’une seule et même famille : l’une fera des maths, l’autre des lettres. Nos parents auront le sentiment d’avoir accompli une progéniture parfaite, qui couvre tout le spectre. Tu te rends compte, où qu’ils tournent la tête, nos parents, il y a toujours une de leurs deux filles pour savoir. Ce doit être extrêmement satisfaisant pour des parents, tu ne crois pas, d’atteindre ces extrémités, des confins qui se confondent ? Et puis, nous sommes des filles, ça ne s’est jamais vu. Il y a des tas de frères célèbres, avec un grand scientifique et un grand homme de lettres, les James, les Huxley, les Flaubert, les Proust, mais tu remarqueras, chaque fois, ce que retient la postérité, c’est l’écrivain. C’est injuste mais c’est comme ça, de nous deux, c’est toi qui resteras, pas moi. »

Jeanne Benameur, La Patience des traces (Actes Sud)
Psychanalyste, Simon a fait profession d’écouter les autres, au risque de faire taire sa propre histoire. À la faveur d’une brèche dans le quotidien — un simple bol cassé — vient le temps du rendez-vous avec lui-même. Cette fois encore le nouveau roman de Jeanne Benameur accompagne un envol, observe le patient travail d’un être qui chemine vers sa liberté. Pour Simon, le voyage intérieur passe par un vrai départ, et — d’un rivage à l’autre — par le lointain Japon : ses rituels, son art de réparer (l’ancestrale technique du kintsugi), ses floraisons... Quête initiatique qui contient aussi tout un roman d’apprentissage bâti sur le feu et la violence (l’amitié, la jeunesse, l’océan), c’est un livre de silence(s) et de rencontre(s), le livre d’une grande sagesse, douce, têtue, et bientôt, sereine.

Rachid Benzine, Voyage au bout de l’enfance (Seuil)
Fabien est un petit garçon heureux qui aime le football, la poésie et ses copains, jusqu’au jour où ses parents rejoignent la Syrie. Ce roman poignant et d’une grande humanité raconte le cauchemar éveillé d’un enfant lucide, courageux et aimant qui va affronter l’horreur.

Véronique Olmi, Le Gosse (Albin Michel)
« Joseph est né le 8 juillet 1919 à Paris et il en est fier. Paris ce n'est pas seulement la ville, c'est la plus grande des villes, belle de jour comme de nuit, enviée dans le monde entier, il est un titi, un petit bonhomme de sept ans, maigrelet mais robuste, on ne croirait jamais à le voir, la force qui est la sienne. » Joseph vit heureux entre sa mère, plumassière, sa grand-mère qui perd gentiment la boule, les copains du foot et les gens du faubourg. Mais la vie va se charger de faire voler en éclats son innocence et sa joie. De la Petite Roquette à la colonie pénitentiaire de Mettray — là même où Jean Genet fut enfermé —, l’enfance de Joseph sera une enfance saccagée. Mais il faut bienheureusement compter avec la résilience et l’espoir. Véronique Olmi renoue avec les trajectoires bouleversées et accompagne, dotée de l'empathie qui la caractérise, la vie malmenée d’un Titi à l’aube de ce siècle qui se voulait meilleur.

Rodney Saint-Éloi, Quand il fait triste Bertha chante (Héloïse d’Ormesson)
Dans ce récit admirablement écrit, l’auteur rend hommage à sa mère, Bertha. Cette grande dame noire à l’énergie et à la générosité exemplaires, « amoureuse de l’amour », vient de mourir. Rodney, son fils aîné, raconte l’enfance bleue au pays natal, leur chemin d’exil, elle à New York, lui à Montréal. Le fils dialogue avec la mère. Il est celui qui a grandi sous la dictature, qui rêvait d’être écrivain et qui parvient à mettre des mots sur la colère, la peine, la joie, le courage et l’amour. Elle est la mère qui porte la mémoire du « pays-pourri » et la lumière de l’espoir. La parole de Bertha, poignante et belle, fait entendre la musique et la dignité de cet art d’être mère. Tout en nous racontant la vie de Bertha, son fils Rodney nous offre un portrait en creux de lui-même. Celui d’un homme qui a grandi sous la dictature.

Karine Tuil, La Décision (Gallimard)
Mai 2016. Dans une aile ultrasécurisée du palais de justice, la juge Alma Revel doit se prononcer sur le sort d’un jeune homme suspecté d’avoir rejoint l’État islamique en Syrie. À ce dilemme professionnel s’en ajoute un autre, plus intime : mariée depuis plus de vingt ans à un écrivain à succès sur le déclin, Alma entretient une liaison avec l’avocat qui représente le mis en examen. Entre raison et déraison, ses choix risquent de bouleverser sa vie et celle du pays... Avec ce nouveau roman, Karine Tuil nous entraîne dans le quotidien de juges d’instruction antiterroristes, au cœur de l’âme humaine, dont les replis les plus sombres n’empêchent ni l’espoir ni la beauté.


La composition des jurys du Prix Essai et Roman France Télévisions 2022
22 lecteurs, choisis parmi des centaines de candidatures, participeront à la plus importante étape d’un prix littéraire : le choix du lauréat.
Les délibérations se dérouleront à France Télévisions les 30 et 31 mai, en présence d’Olivia de Lamberterie et François Busnel.
Les Prix Roman et Essai France Télévisions seront annoncés le 2 juin. 

11 lecteurs pour le Prix Essai : 
Fahel BARRIERE 51100 REIMS
Benoit DESERT 22100 DINAN 
Sylvie DUFEIL 35440 DINGE
Jean-Charles GRIMALDI D'ESDRA 75013 PARIS 
Adrien GRIMAULT-AZARETE 35700 RENNES
Melvina MESTRE 75016 PARIS
Camille MONDOLONI 75007 PARIS
Jeanne PÉNÉLAUD 18000 BOURGES
Marie SCHADEL COLLET 44400 REZE 
Julien VÉRON 41400 THENAY
Christine WATTIAUX 59500 DOUAI

11 lecteurs pour le Prix Roman : 
Amel ARHAJ 93800 EPINAY-SUR-SEINE
Adrien BEZ 75011 PARIS
Stéphane CAZOTTES 12700 CAPDENAC
Christelle DHONDEE 92130 ISSY LES MOULINEAUX
Murielle DREUX 44200 NANTES
Fréderic DUPREZ 29700 PLUGUFFAN
Naïma LADRIERE 59300 VALENCIENNES
Nicolas LE VERGE 29200 BREST
Elise PONTHIER 93800 ÉPINAY-SUR-SEINE
Pauline QUINTON 33450 IZON
Melissa TORRES 30126 TAVEL

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