Dans les rouages d’« Obsession »

Un thriller vénéneux à la sauce anglaise en 4 épisodes

Ayant accusé l’une de ses étudiantes de tricherie à un examen, une professeure d’université anglaise se retrouve confrontée à une peste particulièrement tordue et de plus en plus borderline. Carrière, réputation, couple, famille... tout passera à la moulinette en un crescendo impeccable. Un bon thriller, ça se regarde, et puis ça se démonte, pour le plaisir d’admirer la mécanique. Alors, Obsession, comment ça marche ? Lundi 29 avril sur France 2.

Molly Windsor (Rose Vaughan), Katherine Kelly (Leah Dale)
Molly Windsor (Rose Vaughan) et Katherine Kelly (Leah Dale). © Two Brothers Pictures

Il y a d’abord une règle d’or : le thriller – quelque floue puisse être sa définition – naît dans l’économie de moyens. Planter d’emblée un univers familier, sinon banal. Le St. Helen’s College ressemble moins à une université anglaise qu’à l’idée que chacun se fait d’une université anglaise. Un îlot d’architecture néogothique où l’on se rend à bicyclette, enjambant une rivière où paressent des barques... Le reste, on l’imagine : un délicieux (et impénétrable) mélange de tradition et de décontraction, d’émulation, de copinage, de frictions sociales et de jalousies, etc. C’est épatant, le cliché, quelques plans et voilà une mise en place rapide et efficace. Quant à Leah (Katherine Kelly) et Adam Dale (Tom Goodman-Hill), on croit les connaître déjà : un couple de professeurs sympathiques (sans excès), bosseurs et un peu satisfaits. Un gros souci : cet enfant qui ne vient pas. En attendant, on corrige des copies sur un canapé moelleux en buvant du thé et en caressant un gros chat.

L’élément déclencheur

Rapidement, il faut un événement. À la fois relativement anodin sur le moment et laissant supposer par la suite qu’il est l’élément déclencheur de tout. Mais, en vérité, le thriller est profondément fataliste et la question de l’origine toujours fuyante (ou bien c’est le pur hasard qui gouverne nos vies ou bien les fils du destin se tressaient depuis longtemps). Donc, une étudiante plutôt médiocre, Rose Vaughan (Molly Windsor), ayant rendu une dissertation géniale, Leah la soupçonne d’avoir triché, l’interroge à ce sujet, puis finalement la sanctionne. Sans le savoir, elle a déclenché une véritable bombe à retardement. Car Rose se défend, se défausse, alternant le visage de l’innocence et celui de la perversité ; Rose la déstabilise, l’obsède, la manipule, peut-être... Mais si Rose était innocente ? Et si Leah était, comme le pense son entourage, un peu à cran ou tout bonnement victime d’une fixation ? Ou bien non : si Rose poursuivait un obscur projet ? Et qui a volé la bague de fiançailles de Leah ? Et où est passé le chat ?

La tromperie, la fraude, la tricherie, le mensonge ou la pose semblent caractériser presque sans exception tous les personnages.

Un bon crescendo, cela se travaille à l’aide de quelques ingrédients : réversibilité, prolifération, dévoilement, exagération… Le cliché, c’est épatant aussi parce que c’est simple à retourner. Les « gentils » (pour le dire vite) ne sont-ils pas un peu crispants, finalement ? Leah nous paraît peu à peu trop sûre de son fait, son mari ennuyeux et fat, leur couple tiédasse... Les « méchants » (pour faire simple), ce n’est plus à prouver, sont le véritable moteur du thriller, non seulement parce qu’ils font naître ou avancer l’intrigue mais encore parce qu’ils assument les mauvaises pensées des auteurs et des téléspectateurs. Ne sont-ils pas plus libres et plus inventifs ? Moins conventionnels et plus vrais ? Ils nous font tomber les écailles des yeux. Ils mettent à l’épreuve, ils révèlent, ils accusent.

Jusqu’à l’explosion

À cet égard, il faut décerner une mention spéciale à Molly Windsor, qui, avec sobriété, fait de Rose un mélange de candeur et d’effronterie, de calcul et de dinguerie (elle est irrésistible, mais personne n’aimerait l’avoir comme fille ou comme petite sœur, voilà qui pourrait résumer toute cette histoire). Autour d’elle, tout se met à vaciller, à se craqueler, à tourner de travers. Leah manque de voir révéler un petit secret gênant (elle se masturbe dans les toilettes de l’université), Adam, échauffé comme un adolescent en pleine puberté, en vient à envoyer à la jeune femme une photo de son sexe… et le grand déballage ne s’arrêtera évidemment pas là. Le titre original anglais, à vrai dire, annonçait davantage la couleur : Cheat. Et, en effet, la tromperie, la fraude, la tricherie, le mensonge ou la pose semblent bien caractériser presque sans exception tous les personnages, chacun à sa façon.
Aussi petite puisse sembler l’étincelle, une fois allumée, la mèche brûlera jusqu’au bout. Jusqu’à l’explosion. Jusqu’à notre sidération devant l’absurde et implacable engrenage qui mène d’une banale affaire de tricherie au meurtre et peut-être bien à la folie...

Obsession, en résumé...

Brillante universitaire, comme son père, Leah Dale se consacre entièrement à son travail d’enseignante. D’une grande probité, elle attend de ses étudiants le même investissement. Aussi, quand Rose Vaughan lui remet une dissertation d’une qualité inhabituelle, elle la soupçonne de ne pas en être l’auteure. Ce cas ordinaire de tricherie va rapidement se transformer en une relation destructrice qui aura des répercussions bien au-delà de l’université.

Série (Grande-Bretagne - 4 x 45 min - 2019) - Réalisation Louise Hooper - Scénario Gaby Hull - Production Two Brothers Pictures avec All3Media international

Distribution
Katherine Kelly Leah Dale
Molly Windsor Rose Vaughan
Lorraine Ashbourne Angela Shadley
Peter Firth Michael Shadley
Burn Gorman Ben Jarvis
Tom Goodman-Hill Adam Dale
Adrian Edmondson William Vaughan

Obsession est diffusé le lundi 29 avril sur France 2.
À voir et revoir sur France.tv

Publié le 26/04/2019
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