Le récit photographique de la Commune dans « La Case du siècle » sur France 5

C’est une autre histoire de la Commune que propose « La Case du siècle » dimanche 2 mai à 22.40. Lors de ces 72 jours où l’utopie s’est transformée en tragédie, seuls quelques photographes ont immortalisé des scènes rares. Puis les clichés sont devenus pièces à conviction, et certains n’ont pas hésité pas à les manipuler. Ce film permet de découvrir ce moment unique d’une révolution brisée à travers l’objectif forcément subjectif de l’appareil photographique.

« 1871 - La Commune, portraits d’une révolution »
« 1871 - La Commune, portraits d’une révolution » © Kilaohm Productions

Il a longtemps été un photographe de l’érotisme : corps dénudés de femmes qu’il savait mettre en valeur sur ses plaques de verre. Le Normand Bruno Braquehais était sourd-muet, il travaillait dans son studio parisien et sortait rarement. Mais, en ce mois de février 1871, quelques jours après l’armistice qui signe la défaite de la IIIe République face à l’Allemagne, Paris et ses faubourgs se relèvent douloureusement du siège qui lui a été infligé. Alors, Braquehais embarque son matériel et va photographier les ruines. Il utilise des plaques de verre sèches qui exigent un temps de pause de presque quarante secondes. Tout ce qui n’est pas immobile s’efface. 
Alors, quelques jours après le déclenchement de l’insurrection en mars 1871, sur les barricades élevées gaiement, les communards prennent fièrement la pose. Ils affichent des regards et une attitude déterminés. Ce sont ceux qui refusent de céder au « capitulard » Adolphe Thiers et veulent construire une nouvelle république démocratique et sociale. Le 28 mars, la Commune est proclamée.
Puis commence le second siège de Paris, assailli à l’est par les Allemands et à l’ouest par l’armée du camp des Versaillais au pouvoir. Cette fois, les barricades sont érigées avec plus de méthode et d’organisation, et on pose devant l’objectif.
Le 16 mai, Bruno Braquehais – qui est reconnu comme sympathisant des insurgés – est le seul photographe présent place Vendôme, transformée en forteresse, lorsque la colonne impériale est déboulonnée. Une idée du peintre Gustave Courbet... Là aussi, les regards des gardes nationaux avec femmes et enfants sont fiers et joyeux, sur les décombres de la statue de Napoléon. Trois clichés de Braquehais immortalisent ensuite la destruction totale de l’hôtel particulier de Thiers qui a ordonné l’assaut de la capitale.
Mais, quelques jours plus tard, les visages des communards défendant la ville sont beaucoup plus durs et graves, et l’image est plus floue. Le 21 mai, l’armée versaillaise est entrée dans Paris par la porte de Saint-Cloud et avance inexorablement, broyant tous ceux qui se trouvent sur son passage...
Après la Semaine sanglante, Braquehais redescend dans la rue et fixe sur ses plaques de verre les images de la cité meurtrie dont le sol conservera longtemps la couleur du sang. L’un des plus grands massacres de civils de l’histoire de France a bien eu lieu.

« 1871 - La Commune, portraits d’une révolution »
« 1871 - La Commune, portraits d’une révolution »
© Kilaohm Productions

Les photographes du camp du pouvoir monarchique qui s’étaient réfugiés à Versailles ressortent après le bain de sang. Ils viennent photographier la ville dévastée par ces barbares violents que décrit la propagande. André Disdéri est de ceux-là. Ernest Appert, photographe des royalistes, lui, n’hésite pas à trafiquer ses photos : ses montages mettent en scène l’assassinat de deux généraux par les communards. Il déclare : « Peu importe que mon travail soit vrai ou faux puisque c’est la vérité que j’ai recréée. » Puis il entreprend de photographier, un à un, dans les prisons, hommes et femmes, chefs de l’insurrection fiers de montrer leurs visages, dans le but de les inclure dans des photomontages les montrant comme des êtres dépravés. Mais il ne sait pas qu’il est en train de constituer un mémorial photographique pour les martyrs de la Commune...
Braquehais s’empresse de cacher ses photos et de détruire ses tirages, car ils sont autant de pièces à conviction contre les insurgés. Gustave Courbet, qui apparaît le jour de la destruction de la colonne Vendôme, en fera les frais et sera emprisonné.
Aujourd’hui, se plonger dans ces archives photographiques, pour certaines inédites, permet de revivre au plus près des regards de ceux qui ont vécu la Commune, au cœur de ses espoirs et de ses drames.

La Case du siècle : « 1871 - La Commune, portraits d’une révolution » 

Pour la première fois, voici le récit photographique de la Commune, le portrait d’une révolution vue à travers l’œil des photographes. La Commune de Paris, un événement si lointain et si étonnamment proche, achevé dans les flammes et dans le sang, retracé grâce à des archives photographiques, dont certaines sont inédites.
En mars 1871, lorsque la Commune de Paris est proclamée, les photographes sortent pour la première fois de leurs ateliers et descendent dans la rue pour immortaliser l’histoire en marche. Parmi eux, le sourd-muet Bruno Braquehais qui, malgré la lourdeur des appareils, la fragilité des plaques de verre et la longueur du temps de pause, réalise une centaine de clichés. Considéré comme le premier photo-reporter de l’histoire, Braquehais fait montre d’empathie, sinon de connivence, avec les communards qu’il magnifie par ses compositions. En juin, une fois la révolution terrassée, ses clichés seront pour beaucoup censurés et interdits à la vente. Ils serviront même de pièces à conviction pour identifier et traquer les insurgés. Ceux qui posaient fièrement sur les barricades sont arrêtés, poursuivis, condamnés. Les photographes anti-communards, tels André Disdéri et Ernest Appert, s’imposent alors. Ils se consacrent aux portraits des ruines pour dénoncer la barbarie des communards qui ont défiguré Paris. Appert va plus loin en reconstituant des scènes avec figurants et photomontages, se servant de l’impression du réel de la photographie pour bâtir une série d’images falsifiées baptisée « les crimes de la Commune ». Cette bataille des images communardes et versaillaises nous rappellent qu’un témoignage n’est pas neutre. La photographie exalte ou dénonce, grandit les insurgés ou les rabaissent, défend la révolution ou soutient la répression. Un éclairage sur les soixante et onze jours d’insurrection au plus près de la période historique de la Semaine sanglante.

Documentaire (2021 - 52 min) – Auteur Jean-Yves Le Naour – Réalisateur Cédric Condon – Voix Fany Mary – Conseiller historique Catherine Valenti – Production Kilaohm Productions, avec la participation de France Télévisions

Comédiens Fabrice Pierre (Bruno Braquehais) et Emmanuel Audibert (Ernest Appert)

1871 - La Commune, portraits d’une révolution est diffusé dans La Case du siècle le dimanche 2 mai à 22.40 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv

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