Les personnalités multiples inspirent la fiction

« Kepler(s) », la série événement de France 2 tous les lundis à 20.55

Dans Kepler(s), la performance de Marc Lavoine est absolument époustouflante. Ou plutôt, les performances, puisque l’acteur-chanteur y incarne aussi les divers « passagers » qui habitent ce flic aux personnalités multiples. L’occasion de faire un petit point sur ce qu’est le trouble dissociatif de l’identité. Car, non, ce n’est pas que du cinéma !

Marc Lavoine et Sofia Essaïdi
Marc Lavoine et Sofia Essaïdi © DR

Marc Lavoine joue avec les limites de la raison : dans Kepler(s), son personnage est « habité » par trois « passagers » qui, tour à tour, prennent le contrôle de son corps et guident ses faits et gestes. En un battement de cils, les traits de l’acteur se transforment, retrouvant soudain une fragilité d’enfant ou exprimant une rage hors du commun. « Physiquement, vous ne pouvez pas redevenir un enfant, explique l’acteur. En revanche, vous pouvez pleurer comme un enfant. » (Voir interview vidéo ci-dessous.) Une performance impressionnante de véracité qui rappelle celles d’Anthony Perkins dans Psychose (Alfred Hitchcock, 1960) ou, plus récemment, de James McAvoy dans Split et Glass (M. Night Shyamalan, 2017 et 2019), incarnant eux aussi des personnages rongés par leurs « passagers » – et pas des moindres !

Interview vidéo de Marc Lavoine

Physiquement, vous ne pouvez pas redevenir un enfant. En revanche, vous pouvez pleurer comme un enfant.

Marc Lavoine

Les personnalités multiples au cinéma

La fiction a depuis longtemps saisi le potentiel de ces multiples personnalités. Tout a commencé en 1886, avec la parution de L’Étrange Cas du Dr Jekyll et Mr Hyde de Robert Louis Stevenson, dont le cinéma s’est emparé à de nombreuses reprises (notamment le film signé Victor Flemming en 1946 avec Spencer Tracy ou Le Testament du docteur Cordelier en 1961 de Jean Renoir avec Jean-Louis Barrault). Flirtant avec la folie, ces fictions sont à chaque fois l’occasion d’interroger notre rationalité. Jusqu’où l’homme est-il capable de repousser ses propres frontières ? Où commence et où s’arrête la « normalité » ? Personnages forcément ambivalents, les héros aux personnalités multiples tendent à notre regard un miroir – un miroir brisé. Contempler ce reflet, c’est en fait contempler un abîme : gare au vertige ! C’est la leçon qu’ont retenue, à travers des films à suspense, des cinéastes aussi divers que Brian De Palma (Pulsions, 1980), David Lynch (Lost Highway, 1997), David Fincher (Fight Club, 1999), James Mangold (Identity, 2003) ou Martin Scorsese (Shutter Island, 2010). Leurs films plongent dans les noirceurs de notre inconscient, de nos névroses, de nos pulsions. Dans un registre moins anxiogène, la série United States of Tara (produite par Steven Spielberg en 2010) a pris le parti de la comédie, en mettant en scène Tara (Toni Collette), qui doit apprendre à gérer au quotidien ses deux adolescents et ses... sept personnalités !

Kepler illustre le tiraillement moral qui habite tout être humain, entre instinct primal et quête de l’élévation spirituelle

Jean-Yves Arnaud et Yoann Legave, scénaristes de la série

Avec Kepler(s), retour au polar et au film noir. Mais, pour la première fois, la question des personnalités multiples n’est pas traitée sous l’angle du pathologique. La grande originalité de la série est de réinventer la figure du flic blessé, en explorant et explicitant le labyrinthe de son inconscient. Les « passagers » de Kepler sont autant d’alter ego qui le fragilisent, certes, mais le soutiennent également. « Flic abîmé par son métier, hanté par la vision des cadavres et son incapacité à faire véritablement régner la justice, Kepler illustre le tiraillement moral qui habite tout être humain, entre instinct primal et quête de l’élévation spirituelle », expliquent Jean-Yves Arnaud et Yoann Legave, les deux scénaristes de la série.

Interview vidéo de Sofia Essaïdi

Les personnalités multiples, ce n'est pas que du cinéma

Les personnalités multiples, ce n’est pourtant pas que du cinéma. Le trouble dissociatif de l’identité (TDI) a été diagnostiqué, décrit, analysé et popularisé dans les années 1980 suite au procès de Billy Milligan, Américain de 22 ans dont le corps abritait pas moins de vingt-quatre personnalités, de tout âge, intelligence, aptitude et sexualité. Arrêté en 1977 pour trois viols, il fut jugé irresponsable de ses crimes, en raison de son trouble de la personnalité. Interné pendant dix ans dans des établissements psychiatriques jusqu’à ce qu’il soit diagnostiqué apte à retrouver la vie en société (les experts ayant attesté la « fusions » de ses personnalités), il vécut en ermite jusqu’en 2014, où il mourut des suites d’un cancer. L’écrivain Daniel Keyes (Des fleurs pour Algernon) suivit l’affaire de très près et, rencontrant à plusieurs reprises Billy Milligan ainsi que ses vingt-quatre « habitants », publia en 1981 The Minds of Billy Milligan (traduit l’année suivante par les éditions Balland sous le titre Billy Milligan, l’homme aux 24 personnalités, puis réédité par Calmann-Lévy en 2007 sous le titre Les Mille et une vies de Billy Milligan) qui participa à une meilleure description et compréhension de ce trouble.

Série (France - 6 x 52 min - 2019) - Réalisation Frédéric Schoendoerffer - Scénario YoannLegave et Jean-Yves Arnaud -Production EVS Productions, avec la participation de France 2   

Casting
Marc Lavoine Samuel Kepler
Sofia Essaïdi Alice Hadad
Isabelle Renauld Catherine Hadad
Élodie Navarre Anne Kepler
Serge Riaboukine commissaire Nobre
Cyril Lecomte Batista
Stéphan Guerin-Tillié Antoine Metzger
Alain Figlarz Joab
Hervé Mpampati Nasih
Yasmine Lavoine Marion Kepler
Éric Savin Laurent Martel
Anne Azoulay Élodie Martel
Antoine Basler Stéphane Leroy
Sofian Khammes préfet Mokart
Thomas Silberstein Mathias Leroy
Léon Garel Martin Koltès 

Kepler(s) est diffusé à partir du lundi 4 mars à 20.55 sur France 2
À voir et revoir sur france.tv

Publié le 02/04/2019
Commentaires
Connectez-vous à votre compte pour laisser un commentaire.