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Soutenir les industries créatives face au tsunami numérique

Juste avant l’ouverture du 72e Festival de Cannes, Emmanuel Macron a réuni 130 acteurs des industries créatives et culturelles pour échanger sur les solutions visant à renforcer le secteur face au tsunami numérique. Avec, à la clé, la création d'un fonds d'investissement de 225 millions d'euros.

Soutenir les industries créatives face au tsunami numérique
Soutenir les industries créatives face au tsunami numérique Christophe Russeil - FTV

Réunis à l’Élysée, les professionnels du secteur, au premier rang desquels l’audiovisuel et le cinéma, aux côtés de la presse écrite, des jeux vidéo et du théâtre vivant, étaient invités à dialoguer avec le président de la République afin de trouver des parades aux menaces qui pèsent aujourd'hui sur la création française.

Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité d'élaborer des réponses et des positions communes, en appelant de ses vœux le secteur à s’organiser. Il s'est notamment prononcé en faveur de la création d'un comité stratégique de filière des industries culturelles et créatives pour « structurer les acteurs dans leur diversité », et ce même si les demandes sont nombreuses, complexes et divergentes.

Si nous n'arrivons pas à nous organiser collectivement, nous, Français, cette bataille est perdue.

Emmanuel Macron

Un plan, dont l’enjeu principal est la défense de la souveraineté. « Nous pouvons y arriver si nous nous en donnons les moyens », a-t-il insisté, tout en ajoutant qu’il fallait tenir compte de la dimension forcément européenne, face « aux grands champions américains » et au « modèle chinois surfinancé et statocentré qui peut faire des ravages ».

Pour renforcer les moyens des entreprises du secteur, le président de la République a donc annoncé la création d'un fonds d'investissement de 225 millions d'euros, géré par l'Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles et Bpifrance. Cette initiative fait partie des propositions du récent rapport de Dominique Boutonnat sur les solutions pour favoriser l'investissement privé dans les secteurs du cinéma et de l'audiovisuel. Il suggère plusieurs pistes pour accroître la rentabilité des œuvres, renforcer la transparence de la filière, ou encore la mise en place d'une blockchain pour les industries créatives.

Le chiffre : le secteur des industries créatives représenterait en France 600 000 emplois et 45 milliards d’euros de valeur ajoutée.

Chiffre issu de plusieurs études.

Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a appelé, aux côtés du ministre de la Culture Franck Riester, à « un plan d'action globale pour l'industrie culturelle » qui doit être défini d'ici à la fin de 2019. « On a des créateurs forts et des industries culturelles faibles », a pointé Bruno Le Maire. Des états généraux pourraient être organisés au second semestre. Il a également précisé les contours d’un arsenal de crédits d’impôts destinés à soutenir la localisation des tournage des films en France ou encore les Sociétés pour le financement du cinéma et de l'audiovisuel (Sofica) qui permettent depuis 1985 aux particuliers de défiscaliser une partie de leurs revenus en investissant dans le septième art — une réponse aux interrogations du rapport Boutonnat sur les incitations susceptibles d’attirer de nouveaux financements dans un secteur à la rentabilité incertaine. Avec toujours le même objectif, celui de constituer des champions nationaux capables de faire face à la « crise de financement du cinéma et de l’audiovisuel, qui s’accélère et qui est une crise du système. »

À l’occasion de ce débat, plusieurs responsables de chaînes télévisées ont rappelé à quel point leur secteur allait « être très secoué », comme l’a expliqué le patron de TF1, Gilles Pélisson, avec la multiplication des plateformes de streaming en 2020, Netflix, Amazon Prime, OCS, Hulu, YouTube Premium, Disney, Apple, Warner en tête. Nicolas de Tavernost, le patron de M6, a précisé qu’il ne demande « aucune mesure qui coûte de l'argent, mais plutôt qui garantisse notre capacité à agir ». Avec France Télévisions, les deux chaînes sont associées à la future plateforme de SVOD Salto, la riposte tricolore à Netflix, projet actuellement examiné par l’Autorité de la concurrence.

Notre première bataille, c'est d'être de plus en plus innovants.

Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions.

Une synergie à laquelle France Télévisions tient particulièrement, puisque cette fenêtre payante en SVOD viendra renforcer son ambition d’être une chaîne présente dans tous les secteurs, en linéaire, mais aussi sur le numérique, et avec une distribution en gratuit sur son site France.tv. Sa présidente, Delphine Ernotte Cunci, a regretté que les télévisions aient « perdu la maîtrise du lien avec leur public », sans désespérer de la retrouver. Pascal Rogard, le directeur général de la SACD, en a profité pour rappeler qu’il était indispensable face à Netflix et Disney d’avoir « un service public de l'audiovisuel très fort ».

Kaprisky dans "Un si grand soleil"
Kaprisky dans "Un si grand soleil"
Fabien Malot - FTV

Si la bataille des tuyaux est quasi perdue, comme le considère Pascal Berton, le producteur de Marseille et du Bureau des légendes, pour celle des contenus tout reste jouable à condition de mener une politique unie et innovante, permettant de créer des formes audiovisuelles nouvelles, des récits hybrides, vivants et audacieux. Pour autant que, en France, comme le rappelle une pléiade de professionnels du secteur dans Le Monde du 13 mai, on sache considérer dans les deux sens la célèbre formule d'André Malraux : « Le cinéma est un art ; et par ailleurs, c'est aussi une industrie. »

Nul doute que cette problématique agitera aussi le Festival de Cannes, au cours duquel la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) débattra de l'avenir du cinéma confronté au monde des plateformes. Cette rencontre abordera plus spécialement les relations entre les représentants du cinéma et ceux des chaînes de télévision, les auteurs et les institutions, avec notamment la présence de Valérie Boyer, directrice générale de France 2 Cinéma, et de Cécile Négrier, directrice générale de France 3 Cinéma.

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Publié le 17/05/2019
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