france.tv

Claude Lelouch : « Il nous faut une politique culturelle forte, capable d’asseoir notre souveraineté créatrice »

L’évocation du 60e anniversaire du ministère de la Culture est l'occasion pour Claude Lelouch et une vingtaine de cinéastes d’interpeller Emmanuel Macron sur la future loi audiovisuelle.

Claude LELOUCH
Claude Lelouch. © Nathalie Guyon / FTV

« (…) La France (doit) affirmer avec force son identité, sa souveraineté et son rayonnement international à travers la culture, face aux Américains qui (projettent) de nous convertir à leur façon de penser et de consommer, nous rendant dépendants de leur puissance économique. » Cette position, qui semble s’appliquer comme un gant aux enjeux audiovisuels d’aujourd’hui, est celle qui avait poussé Charles de Gaulle et André Malraux à fonder le ministère de la Culture il y a soixante ans. Ce n’est donc pas un hasard si les réalisateurs Claude Lelouch et Radu Mihaileanu y ont fait référence dans leur tribune au JDD du 6 avril dernier pour défendre une politique culturelle forte et indépendante en France.

L’histoire semble donc se répéter avec, en point d’orgue, la révolution numérique qui offre aux ­États-Unis l’occasion de pousser leurs géants et d’accentuer leur hégémonie que nous étions parvenus jusqu'ici à limiter grâce à l'exception culturelle. « Netflix, Amazon, Apple, Facebook, expliquent les réalisateurs dans leur tribune, déploient de véritables stratégies de prédation économique, ébranlant les écosystèmes vertueux que nous avons mis tant d’années à construire. » Un appel à parler le plus possible de culture en politique et de faire en sorte, par un vrai débat, que la « prochaine loi audiovisuelle ne soit pas “le fossoyeur” du cinéma et de l’audiovisuel français. »

Notre modèle ne peut être sacrifié sur l’autel d’un ultralibéralisme.

Tribune de Claude Lelouch et Radu Mihaileanu dans le « JDD » du 6 avril 2019
Annie Girardot
Annie Girardot dans « Vivre pour vivre » de Claude Lelouch.
© Films 13 Film de Claude Lelouch

Les signataires de la tribune veulent rappeler qu’on ne parle que dérégulation et réductions de budget sans jamais s’intéresser au sens politique de nos actions, au rôle civilisationnel de cette loi. Bertrand Tavernier disait : « On énonce souvent le coût de la culture, jamais le coût de l’inculture ! » Avec les autres signataires, dont Pierre Jolivet, Costa Gavras ou Camille de Casabianca, le message rappelle à quel point « la culture et l’éducation sont les deux piliers fondamentaux de la démocratie et du vivre-ensemble. En nous renvoyant à chacun une image complexe et singulière, le cinéma et l’audiovisuel participent à cet enjeu vital qui nous permet d’exprimer à la fois notre identité et notre liberté ».

Pour aller au-delà de la simple invitation auprès du président de la République à ne pas oublier ce domaine, la vingtaine d'artistes lance un cercle de réflexion, intitulé « Une loi audiovisuelle au service des citoyens », associant une trentaine de personnalités de leur secteur, pour dessiner les contours du cinéma et de l’audiovisuel de demain, au-delà des intérêts particuliers.

Claude Lelouch est président d'honneur des Cinéastes de la Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs (ARP), Radu Mihaileanu en est président.

Qu’est-ce que la loi sur l’audiovisuel ?

En France, la réglementation et la régulation de l’audiovisuel sont effectuées par les pouvoirs publics et concernent les services de radio et télévision, et, depuis 2009, les services de médias audiovisuels à la demande. C’est le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), autorité administrative indépendante créée en 1989, qui garantit en France l’exercice de la liberté de communication audiovisuelle dans les conditions définies par la loi du 30 septembre 1986. Toutefois, le CSA ne veille pas seulement au contenu de l’information, il doit aussi contrôler la pluralité de l’actionnariat des chaînes, délivrer les autorisations d’émettre, nommer les dirigeants des entreprises du secteur public de l’audiovisuel... On peut diviser schématiquement la régulation de l’audiovisuel en deux branches : le contrôle du respect des règles économiques d’une part et le contrôle du respect de règles déontologiques d’autre part. Si la régulation est confiée à une autorité administrative indépendante, la réglementation est du ressort exclusif de l’État. Ce sont les ministres de la Culture et de la Communication qui sont en charge des dossiers relatifs à l’audiovisuel et qui définissent la cadre et les obligations des différents acteurs.

Les enjeux de la future loi 2019

En 2018, Emmanuel Macron a souhaité lancer une réforme de la loi sur l'audiovisuel afin d’inventer la télévision du futur, rappelant à l’occasion en ce qui concerne l'audiovisuel public « qu’il est au service de la cohésion nationale, qu’il est un miroir tendu à la Nation et qu’il doit être pensé pour tous les publics, pour toutes les pratiques et viser l'excellence pour tous ».

Début février dernier, le ministre de la Culture, Franck Riester, a précisé qu’il présenterait à l’été cette nouvelle loi audiovisuelle. Une nécessité, afin de « nous adapter à la concurrence que font peser les nouveaux acteurs du numérique en les intégrant à notre système ». Son objectif, dans les grandes lignes, est de premièrement faire contribuer les services de vidéo à la demande au financement de la création, deuxièmement d’imposer aux plateformes de partage vidéo « une juste rémunération pour les contenus qu’elles diffusent, et un partage équilibré avec les auteurs » et, troisièmement, de rééquilibrer la fiscalité affectée au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) « entre acteurs traditionnels et nouveaux entrants ». Le ministre souhaite aussi que cette loi mette les grandes plateformes face à leurs responsabilités devant la diffusion sans contrôle sur Internet de propos haineux, racistes, antisémites, homophobes et la circulation des infox. Enfin, il veut un audiovisuel public « plus numérique, plus proche des Français, qui donne voix à la jeunesse, à la culture, aux Outre-mer et qui contribue au rayonnement de la France dans le monde ».

Publié le 12/04/2019