« Voyages à travers le cinéma français » de Bertrand Tavernier

En hommage au cinéaste disparu le 25 mars, france.tv diffuse son indispensable série documentaire consacrée aux films du patrimoine français. Huit épisodes dans lesquels l’infatigable « passeur » partage avec érudition et gourmandise sa passion du 7e art et célèbre les réalisateurs, acteurs et compositeurs qui ont marqué sa cinéphilie et son œuvre. À savourer sans modération jusqu’au 5 mai.

Voyages à travers le cinéma français
© Little Bear

Les multiples hommages qui lui ont été consacrés depuis sa disparition le 25 mars n’ont eu de cesse de le rappeler : Bertrand Tavernier était non seulement l’un des plus importants cinéastes de notre temps mais également un « passeur » érudit, passionné, curieux, gourmand. Son amour et sa connaissance des classiques transparaissent dans tous ses films. En 1974, dès son premier opus, L’Horloger de Saint-Paul, il a ainsi fait appel à Jean Aurenche et Pierre Bost, scénaristes phares du cinéma d’avant-guerre que la Nouvelle Vague avait pourtant voué aux gémonies quinze ans plus tôt. Puis, traversant les genres, de la comédie dramatique (Un dimanche à la campagne, Daddy Nostalgie) au film de guerre (Capitaine Conan, La Vie et rien d’autre), du film historique (Le Juge et l’AssassinQue la fête commence…, La Princesse de Montpensier) à la chronique sociale (L.627, L’Appât, Holy Lola), de la comédie politique (Quai d’Orsay) au polar américain (Dans la brume électrique), en passant par la SF d’anticipation (le méconnu La Mort en direct), il a toujours su faire la part belle à la narration, aux dialogues, aux seconds rôles et à la musique, inscrivant son œuvre dans un héritage cinéphile que sa série documentaire revisite, révèle, explicite, analyse. « Je ne peux, ni ne veux être exhaustif, disait-il, et je privilégie les films que je connais bien et que j’aime particulièrement. Je veux tenter d’éclairer une œuvre avec quelques films, parler à la première personne. » Regarder Voyages à travers le cinéma français, c’est à la fois (re)parcourir tout un pan de notre patrimoine, mais aussi se saisir d’une clé pour (re)découvrir d’un nouvel œil la passionnante filmographie de Bertrand Tavernier.

582 extraits

Voyages à travers le cinéma français (dont le titre est une référence au travail similaire accompli par un autre monstre sacré du 7e art, Un voyage de Martin Scorsese à travers le cinéma américain) a représenté six ans de préparation, 80 semaines de montage, plus de 950 films vus et revus et plus de 700 documents d’actualités visionnés. 582 extraits d’une centaine de films y sont regroupés en huit épisodes thématiques : Mes cinéastes de chevet, Les Chansons, Les Cinéastes étrangers dans la France d’avant-guerre, La nouvelle vague de l’Occupation, Les Oubliés, Les Méconnus, Mes années 1960. De Remorques de Jean Grémillon à La Ronde de Max Ophüls, de La Vérité sur Bébé Donge d’Henri Decoin au Roman d’un tricheur de Sacha Guitry, en passant par les films moins connus de Raymond Bernard, Pierre Chenal ou Maurice Tourneur, Bertrand Tavernier présente chaque œuvre, chaque cinéaste, acteur, compositeur, second rôle, avec une jubilation communicative, une finesse de tous les instants et un humour savoureux. Le résultat est un foisonnement d’images, d’anecdotes, de chansons, de « gueules », de scènes cultes, de répliques savoureuses, de pépites sorties de l’oubli : tout autant un indispensable travail de mémoire pour se repérer dans l’histoire du cinéma français qu’une véritable mine à même de nourrir, d’enrichir ou de susciter une vocation cinéphile. 

Voyages à travers le cinéma français est à (re)voir sur france.tv 

Série documentaire (8 x 52 min – 2016) – Réalisation Bertrand Tavernier – Production Little Bear, Gaumont, Pathé Production, avec la participation de Ciné + et France Télévisions 
Avec Bertrand Tavernier, André Marcon, Thierry Frémaux, François Chalais 

  • Mes cinéastes de chevet, 1re partie(1/8)
    (Jean  Grémillon, Max Ophüls, Henri Decoin)
    Quand Bertrand Tavernier voit pour la première fois un film de Jean Grémillon, c’est dans un ciné-club universitaire. Avec Le ciel est à vous, le cinéaste entre à jamais dans son univers de cinéphile. Comme Becker ou Ophüls, il va devenir pour Bertrand Tavernier un « compagnon de vie ». C’est ainsi qu’il qualifie ses cinéastes de chevet, « compagnons des bonnes et des mauvaises heures auprès de qui on retourne dès qu’il s’agit de se réchauffer le cœur ».
  • Mes cinéastes de chevet, 2e partie (2/8) 
    (Marcel Pagnol, Sacha Guitry, Jacques Tati, Robert Bresson)
    Bertrand Tavernier poursuit l’évocation de ses cinéastes de référence. Alors que la critique de l’époque méprisait Guitry et Pagnol, les propos de François Truffaut vantant leur modernité poussèrent Bertrand Tavernier à vouloir les découvrir. Il s’enthousiasma pour leur travail de réalisateur, mais aussi pour les talents d’acteur de Guitry. Aussi différents soient-ils, Bresson et Tati sont quant à eux liés dans l’esprit de Tavernier, car il découvrit la même années Les Vacances de Monsieur Hulot et Le Journal d’un curé de campagne.
  • Les Chansons, Julien Duvivier(3/8) 
    Bertrand Tavernier porte un intérêt particulier aux chansons dans les films. Il date cet intérêt du jour où il vit La Grande Illusion au cinéma. Bertrand Tavernier explique, outre l’aspect plaisant qu’elles peuvent présenter, comment les chansons peuvent servir le propos du metteur en scène, planter un décor, introduire et cerner le thème de tout un film, constituer un contrepoint dramatique ou évoquer un souvenir. Ce troisième volet glisse vers l’œuvre de Julien Duvivier.
  • Les Cinéastes étrangers dans la France d’après-guerre (4/8)
    (Viktor Tourjanski, Robert Siodmak, Albert Valentin, Jean-Paul Le Chanois) 
    Tout au long de son histoire, le cinéma français a été enrichi par des cinéastes et des techniciens venus de l’étranger, souvent contraints de quitter leur pays pour des raisons politiques, fuyant la révolution russe dans les années 1920, puis la montée du nazisme dans les années 1930.
  • La nouvelle vague  de l’Occupation (5/8)
    (Claude Autant-Lara, René Clément, Henri-Georges Clouzot)
    Bertrand Tavernier met en lumière les contradictions qui existent entre les déclarations du cinéaste Claude Autant-Lara, qui avait adopté sur le tard les thèses du Front National, et l’ouverture d’esprit dont il avait fait preuve sur des sujets difficiles comme l’objection de conscience (Tu ne tueras point) ou l’avortement (Journal d’une femme en blanc). Il se penche sur ce cinéaste et son œuvre à forte personnalité. Bertrand Tavernier évoque ensuite le brio du cinéma de René Clément et son inventivité visuelle, puis l’âpreté des films de Clouzot. 
  • Les Oubliés (6/8)
    (Raymond Bernard, Maurice Tourneur, Anatole Litvak, René Clair, Georges Van Parys, Jean Boyer)
    Certains cinéastes, bien qu’ayant connu d’importants succès, ont sombré ensuite dans les oubliettes de la mémoire du cinéma. Bertrand Tavernier s’est beaucoup intéressé au travail de certains de ces oubliés, comme Maurice Tourneur, Anatole Litvak ou Raymond Bernard. 
  • Les Méconnus (7/8)
    (Louis Valray, Pierre Chenal, Henri Calef, Gilles Grangier)
    Auteur des deux premiers films français en couleurs, Jeune Fille à marier et La Terre qui meurt, Jean Vallée est aujourd’hui largement méconnu. Pierre Chenal, Henri Calef, Gilles Grangier mériteraient eux aussi une meilleure place dans la mémoire des cinéphiles. Bertrand Tavernier évoque également dans ce volet les très rares réalisatrices du cinéma français avant Varda. 
  • Mes années 60 (8/8)
    (Pierre Granier-Deferre, Jacques Deray, Alain Resnais, Michel Deville, Jacques Rouffio, José Giovanni, Yves Boisset, Éric Rohmer)
    Devenu attaché de presse indépendant avec Pierre Rissient, Bertrand Tavernier pratique ce métier avec un engagement inédit. Ils défendent tous deux de nombreux cinéastes américains – Walsh, Ford, Hawks –, mais aussi beaucoup de Français – Chabrol, Rohmer ou Deray. Bertrand Tavernier évoque les nombreuses rencontres qu’il a faites au cours de ces années, les films qu’il a défendus et les anecdotes qui l’ont marqué. 
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