« Jean-Jacques Goldman, la bande originale de sa vie »

Malgré son silence médiatique depuis plus de quinze ans, il est toujours présent dans le cœur des Français. Entre témoignages de proches, images d’archives et bandes-sons inédites, « Un jour / un destin » retrace l’immense carrière d’un artiste qui, entre célébrité et normalité, a toujours entretenu avec son public un lien si particulier. Portrait clair-obscur d’une discrète légende vivante, jeudi à 21.05 sur France 3.

Jean-Jacques Goldman © Keystone France

Il a beau avoir quitté le feu des projecteurs, ses mélodies continuent de résonner dans les oreilles et dans les cœurs. Il continue même de figurer parmi les personnalités préférées des Français ! 
Dans les années 2000, au crépuscule de sa carrière, c’est à vélo, bonnet vissé sur la tête, que Goldman arrivait encore incognito à ses derniers concerts. Une anecdote qui en dit long sur celui qui, toute sa vie, s’est toujours méfié de la célébrité. Pour Maxime Le Forestier, « tous les à-côtés du vedettariat le gonflent », si bien que durant toute sa carrière Goldman s’est acharné à cultiver sa normalité. 

Il suffira d’un signe…

La vérité est que l’artiste n’a jamais voulu être dans la lumière. Et, ironie du sort, n’a jamais aspiré à être chanteur ! Compositeur dans l’âme, Goldman a toujours souhaité écrire pour les autres. Et c’est parce que personne ne veut de ses textes qu’il se résigne à les interpréter lui-même. Alors qu’il peine à convaincre et se confronte à l’hostilité des radios, seule la programmatrice Monique Le Marcis, en véritable visionnaire, croit en lui. Après quelques passages radio et, surtout, un premier passage télé chez Drucker, Il suffira d’un signe est un carton. Le premier d’une longue série… Malgré les prémices de son succès, Goldman poursuit sa vie normalement et continue de gérer le magasin de sport familial à Montrouge. Alors que Balavoine et Berger lui prédisent un brillant avenir, l’artiste, bien que la tête dans les étoiles, garde les pieds sur terre. « Je doute que mes chansons passent à la postérité. Mais je suis sûr qu’elles existent aujourd’hui dans la vie des gens. C’est incroyable. Quoi qu’il arrive, j’aurai été un chanteur à la mode pendant trois ans », déclare celui qui se plaît à manier aussi bien l’ironie que les mélodies. 

Jean-Jacques Goldman
Jean-Jacques Goldman
© Archives Filipacchi

Au bout de ses rêves

Avec sa musique pop, ses rythmiques inédites, sa voix haut perchée, ses textes qui parlent à tout le monde, Goldman est dans l’air du temps. En 1983, Au bout de mes rêves saisit les espoirs de la jeunesse mitterrandienne. Quatre ans plus tard, le très moderne Elle a fait un bébé toute seule (inspiré par la vie de son attachée de presse !) révèle à quel point Goldman est un homme de son temps, profondément inscrit dans son époque. Et c’est en restant connecté à son quotidien, dans cette normalité qu’il s’acharne à préserver, qu’il puise d’ailleurs l’inspiration. « À partir du moment où on ne vit pas des choses réelles et authentiques, on est cuit », s’amuse l’artiste.
Après le succès de ses trois premiers albums, Goldman se résout enfin à monter sur scène. Il saute le pas grâce à la présence de son ami guitariste et chanteur Michael Jones et, malgré son trac, explose sur scène. De cette aventure naîtra le tube aux airs d’hymne à la fraternité Je te donne. Caracolant en tête des ventes, et devenu incontournable dans le paysage musical français, Goldman continue pourtant de se questionner : « Toute cette espèce de foire, je me suis posé la question de savoir si ça valait le coup de continuer. » L’artiste trace pourtant sa route, en prenant soin d’éviter les sirènes de la célébrité, bien en marge du star-système, et sans jamais faire apparaître le moindre signe extérieur de richesse. C’est d’ailleurs dans son pavillon de Montrouge qu’il continue de mener une vie simple avec sa femme et ses trois enfants.
Malgré sa discrétion, son public continue de l’aduler pendant que la presse rock, elle, n’hésite pas à le dézinguer en évoquant ses « ritournelles navrantes » ou ses « refrains boiteux »… En riposte, Goldman s’offre alors une double page dans Libé et France-Soir, où il publie le monceau de critiques dont il fait l’objet, avec la mention ironique adressée à son public : « Merci d’être venus quand même. » Un coup de maître qui redéfinit ses rapports avec la presse et le pousse à se faire encore plus discret. 

Goldman en quelques chiffres

40 ans de carrière
50 disques d’or
15 albums vendus à des millions d’exemplaires
108 chansons d’auteur-interprète
644 œuvres déposées à la Sacem

Il se donne

Alors que Coluche le sollicite pour écrire en urgence l’hymne des Restos du cœur – le tube qui permettra de servir 8 millions de repas au cœur de l’hiver 1986 –, Goldman débute, sans le savoir, une nouvelle aventure. Après la mort de Coluche, il s’investit artistiquement pour que survivent les Restos : les tournées des Enfoirés se succèdent et c’est en parfait chef de troupe qu’année après année il fédère toujours plus d’artistes autour de lui.
Avec Fredericks Goldman Jones, c’est aussi en trio que l’artiste poursuit son chemin, bien décidé à se renouveler et à retrouver l’esprit de groupe. Ensemble, ils signent notamment l’audacieux Rouge, où le groupe se paye le culot d’introduire les Chœurs de l’ex-Armée rouge dans la pop.
Avec son statut de pilier de la chanson française, Goldman peut enfin revenir à ses premières amours : écrire pour les autres. De Johnny à Florent Pagny, il signe dans l’ombre de nombreux tubes. Et propose ses talents à une jeune chanteuse canadienne dont il a remarqué la voix… Il lui confectionne un album sur mesure. De sa collaboration avec Céline Dion naîtra D’eux, l’album francophone le plus vendu de l’histoire ! De son côté, Goldman signe en 1998 son album solo le plus intimiste, En passant
Et c’est après une dernière tournée à guichets fermés, en plein succès, que Goldman quitte la scène (sur la pointe des pieds) et mettra un terme, quelques années après, à l’aventure des Restos. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui s’interrogent encore sur son éventuel retour… Pour l’instant, Goldman continue de garder le silence et de se consacrer à sa vie de famille en toute discrétion. Une absence qui, pourtant, continue de rimer avec présence. En conjuguant célébrité et normalité, Goldman s’est bâti, en même temps que sa liberté, une imparable popularité. Pour Jean Bender, son ami depuis le lycée, Goldman soupçonnait sans doute que « cette distance, cette rareté allait le rendre mythique ».  

Un jour / un destin : Goldman, la bande originale de sa vie

Quarante ans après son explosion sur la scène musicale, au début des années 1980, les mélodies et les paroles de Jean-Jacques Goldman continuent de résonner dans la mémoire collective. Avec ses chansons cultes et sa voix si singulière, l’auteur-compositeur a marqué plusieurs générations. Après avoir connu tous les succès, en groupe, en solo ou à la direction artistique de la troupe des Enfoirés, il s’est totalement retiré du monde musical et médiatique, entretenant le mystère sur sa nouvelle vie. Malgré son absence, l’attachement des Françaises et des Français est resté intact. Le succès de ses titres sur les plateformes en est la preuve. Comment expliquer ce lien exclusif avec le public ? Où a-t-il puisé l’inspiration pour créer ce répertoire ? Et, enfin, de quelle manière a-t-il su créer la rareté et entretenir sa légende ? Les équipes d’Un jour / un destin sont remontées aux origines. Elles ont retrouvé les témoins proches, collaborateurs, musiciens, amis des débuts, et des bandes totalement inédites.

Documentaire (90 min) – Proposé et présenté par Laurent Delahousse – Rédaction en chef Erwan L’Éléouet
et Fabien Boucheseiche – Direction artistique Serge Khalfon – Réalisation Laurent Allen-Caron – Production Magnéto Presse

Diffusion jeudi 23 septembre à 21.05 sur France 3
À voir et revoir sur france.tv

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