« Un fil à la patte » à la Comédie-Française : « Bouzin signifie désordre en wallon »

Portés par la mise en scène ébouriffante de Jérôme Deschamps, les comédiens du Français s’en donnaient à cœur joie en 2011 dans le vaudeville de Georges Feydeau. Christian Hecq, comédien atypique entré dans la troupe en 2008 – et devenu en 2013 son 525e sociétaire –, nous parlait de Bouzin, clerc de notaire et compositeur raté. Dimanche 12 avril à 20.50 sur France 5.

Comment avez-vous « créé » ce rôle ? Vous vous êtes inspiré de qui, de quoi ?
Christian Hecq : Plusieurs choses sont entrées en compte : l’univers de Jérôme Deschamps, dont je me sens proche, qui est du burlesque pur. Il détient le rire du mouvement, du cinéma muet. Toutes ces choses-là me correspondent. La rencontre avec ce metteur en scène, d’une part, et celle avec Bouzin, d’autre part, m’ont poussé à composer un personnage très gestuel. J’ai toujours été passionné par le mouvement et c’est par ce biais que j’ai abordé ce rôle. Je me demande d’abord comment il bouge avant de me demander comment il parle. Et puis, j’aime l’univers des marionnettes, de la danse, de la bande dessinée. Ce sont mes influences, c’est ma culture.

Bouzin est bien particulier dans son caractère et dans son aspect…
C. H. : Il s’agit du plus névrosé des protagonistes du Fil à la patte : étriqué dans sa tête, vraiment en marge de la société. Bouzin n’est pas méchant mais il est quand même à côté de la réalité : il se prend pour un auteur extraordinaire alors qu’il écrit des choses absolument abominables ! Il peut également être perçu comme un clown, il est aussi naïf que prétentieux.

Mais c’est lui qui provoque un quiproquo dans lequel il va être embarqué en mettant sa carte de visite dans le bouquet de fleurs offert à Lucette…
C. H. : C’est vrai, il est l’élément perturbateur. Il déclenche toujours les catastrophes, il fout le bordel ! Vous savez, je suis belge et dans le patois wallon de mon village, bouzin veut dire désordre ! Voilà, tout est dit !

On s’attend à du théâtre de boulevard classique mais on remarque un élément décalé : Bouzin…
C. H. : Certes, je n’ai pas le même code de jeu que les autres, mais je n’existerais pas non plus sans le regard des autres. Si je n’avais pas Dominique Constanza (la baronne), qui me regarde comme si j’étais une météorite, Bouzin existerait beaucoup moins. Le jeu semble peut-être différent mais tous les comédiens jouent dans la même cour. Nous sommes tous en contact les uns avec les autres et la troupe est très soudée : c’est une des raisons de la réussite de ce spectacle... enfin, c’est ce que les spectateurs disent...

On a tellement l’impression que vous allez vous casser en deux sur scène qu’on en a mal pour vous. Comment faites-vous ? Quel est votre secret ?
C. H. : Je ne sais pas, j’ai la chance d’avoir un corps bizarre ! Je ne fais pas d’effort particulier, un peu de sport peut-être. J’ai un corps qui ne me fait pas mal.

Comment en êtes-vous arrivé à entrer à la Comédie-Française ?
C. H. : Je vis à Paris depuis une dizaine d’années, c’est Daniel Mesguich qui m’a un peu dégoté à Bruxelles, c’est lui qui m’a fait passer la frontière. J’ai travaillé dans plusieurs théâtres en province, puis j’ai commencé à me produire de plus en plus à Paris. Une de mes grandes rencontres fut Benno Besson, j’ai joué sous sa direction. J’ai également travaillé pour la télévision, France 2 notamment*. Ensuite, je suis entré dans la compagnie de Philippe Genty pour un spectacle qui a fait le tour du monde, Boliloc. J’ai aussi fait du cirque, j’ai été clown. On ne décide pas d’entrer au Français, c’est-à-dire qu’on ne fait pas une demande, c’est l’administrateur qui invite des comédiens à intégrer la maison. Et pour tout vous dire, je ne m’attendais pas à cette proposition parce que je me considère davantage comme un gymnaste que comme un comédien de paroles. La Comédie-Française ne faisait pas partie de mes plans mais, le jour où j’y ai mis les pieds, j’en suis tombé amoureux.

Propos recueillis par Mona Guerre

* Crimes en série (11 épisodes réalisés par Patrick Dewolf entre 1998 et 2003) avec Pascal Légitimus et Yvon Back ; La Parure, réalisé par Claude Chabrol en 2007 pour la collection « Chez Maupassant ».


Voir aussi : Tous les dimanches soir, sur France 5, la Comédie-Française s’invite dans « Au théâtre chez soi ».

Un fil à la patte

Pièce de Georges Feydeau - Mise en scène Jérôme Deschamps - Réalisation Dominique Thiel - Production la Comédie-Française et la Compagnie des Indes, avec la participation de France Télévisions (2011)
Avec Dominique Constanza (la Baronne), Claude Mathieu (Marceline), Thierry Hancisse (le Général), Florence Viala (Lucette), Céline Samie (Nini), Jérôme Pouly (Jean), Guillaume Gallienne (Chenneviette et Miss Betting), Christian Gonon (Firmin), Serge Bagdassarian (Fontanet), Hervé Pierre (Bois d’Enghien), Gilles David (Antonio), Christian Hecq (Bouzin), Georgia Scalliet (Viviane), Pierre Niney (Émile et l’homme en retard), Jérémy Lopez (le concierge et le militaire) et les élèves de la promotion 2010-2011 de l’académie de la Comédie-Française : Antoine Formica (musicien 1, invité 1 et le prêtre), Marion Lambert (la femme aux enfants et la musicienne), Ariane Pawin (la mariée et invitée 2), François Praud (musicien 2 et le marié) et Sandrine Attard (la femme du couple et la servante), Agnès Aubé (la mère de la mariée, une musicienne et invitée 3), Patrice Bertrand (Lantery et le père de la mariée), Arthur Deschamps (le fleuriste, laquais 2 et agent 2), Ludovic Le Lez (l’homme du couple, laquais 1 et agent 1).

Comment se débarrasser d’une maîtresse lorsqu’on prévoit de se marier le jour même avec une riche héritière ? Voici ce à quoi s’emploie Bois d’Enghien, amant de Lucette Gautier, chanteuse de café-concert, artiste réclamée par la baronne Duverger pour la signature du contrat de mariage de sa fille avec… Bois d’Enghien lui-même. L’amant ménage Lucette et déjoue la cascade d’événements et de quiproquos qui pourraient dévoiler son projet. Pour compléter le tableau : Bouzin, minable clerc de notaire et compositeur raté, le furieux général Irrigua, amoureux de Lucette prêt à tout pour conquérir la belle, et Viviane, la future mariée qui trouve son fiancé trop sage et rêve d'un séducteur expérimenté, ainsi que quelques valets, rouages indispensables du vaudeville.

« Au théâtre chez soi » est diffusé le dimanche à 20.50 sur France 5
À voir et à revoir sur france.tv
 

Publié le 10 avril 2020
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