Théâtre pour tous : soirée spéciale Festival d’Avignon

Pour saluer la fin de sa 75e édition et le 50e anniversaire de la mort de son fondateur, France tv consacre une soirée au Festival d’Avignon. Avant le beau documentaire de Sandra Paugam consacré à Jean Vilar et à son rêve d’un théâtre populaire et exigeant, l’irrésistible opérette « L’Amour vainqueur », inspirée d'un conte des frères Grimm, écrite, composée et mise en scène par Olivier Py en 2019, prouve que ce rêve est toujours bien vivant.

« L'Amour vainqueur » © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Une princesse et un prince, héritiers de royaumes voisins qu’une guerre oppose ; un amour qui pourrait tout sauver mais qui se voit interdit par des pères cyniques, par la raison d’État et surtout par un général à l’âme damnée... La princesse est enfermée pendant sept ans dans une tour, le prince est défiguré dans une guerre qui ravage le monde. L’une et l’autre errent parmi les ruines. Elle le cherche, il la croit morte... Pourtant, l’amour triomphera, grâce notamment à un jardinier candide et à une servante laide.
En 2019, Olivier Py adaptait une nouvelle fois (la quatrième) les frères Jacob et Wilhelm Grimm dans un spectacle « pour les enfants et les gens intelligents » – inspiré par le conte Mademoiselle Méline (Jungfrau Maleen) –, dont il signait à la fois le texte, la musique et la mise en scène, conviant en une forme quasi miniature l’opérette française, le cabaret allemand, le récit initiatique, l’art des tréteaux, le goût des machineries théâtrales bricolées (décors peints, jeux de rideaux, masques et travestissements), la fantaisie et l’anachronisme, la cruauté et la poésie.
Sur scène,  les formidables Clémentine Bourgoin (la princesse), Pierre Lebon (le prince et « la fille de vaisselle »), Flannan Obé (le jardinier) et Antoni Sykopoulos (le général et les arrangements musicaux), visages grimés, chantent, dansent, jouent du piano, de l’accordéon, du violoncelle, des percussions, alternent chansons et scènes parlées, clins d’œil (« Nous traversons la rue pour trouver du travail »), grandes envolées et duos comiques. C’est sombre, rapide, allusif, impertinent, drôle et diablement intelligent. Si « on n’a pas le droit de désespérer les enfants » (Olivier Py), on ne doit pas non plus les tromper sur la dureté du monde, encore moins les prendre pour des nigauds.

Moi je préfère cueillir des fleurs
Que de mourir au champ d’honneur.

Moi j’aime mieux cueillir des roses
Que de finir en apothéose.

Pour faire pousser des violettes
Il ne faut pas de mitraillette.

Pour cultiver des anémones
Il ne faut trucider personne.

C’est évidemment sans surprise que l’on retrouve le metteur en scène de cet Amour vainqueur et désormais futur ancien directeur du Festival d’Avignon (le Portugais Tiago Rodrigues lui succèdera en 2022) parmi les intervenants venus honorer leur dette à l’égard de Jean Vilar devant la caméra de Sandra Paugam et évoquer avec justesse le parcours de celui qui incarne depuis trois quarts de siècle et sans doute davantage qu’aucun autre la grande figure de l’homme-de-théâtre à la française.
Des débuts modestes de la « Semaine d’art dramatique » à Avignon en 1947 aux mythiques et solaires années 50, qui voient réunis autour de Vilar dans la Cité des papes Maria Casarès, Silvia Montfort, Michel Bouquet, George Wilson, Philippe Noiret, Jeanne Moreau et tant d’autres encore, rejoints – coup de génie – par Gérard Philipe, alors une immense vedette populaire, et immortalisés par la photographe Agnès Varda, mais aussi jusqu’à la blessure mortelle du Festival de 1968, où Vilar n’échappe pas à la contestation et à la remise en question la plus cruelle et la plus injuste, c’est une vie au service d’une certaine idée d’un théâtre égalitaire, démocratique, fraternel, éducatif. C’est aussi, de 1951 à 1963, la reprise du Théâtre national populaire (créé par Firmin Gémier dans les années 20) au Palais de Chaillot à Paris, un véritable laboratoire où s’invente et se pratique une politique culturelle moderne : horaires adaptés aux salariés, restauration sur place, carte d’abonnement, débats, programme et vestiaire gratuits, pourboires interdits, partenariats avec les comités d’entreprise..., en somme une volonté de « désintimidation » destinée à faire sortir l’art dramatique du loisir élitiste et bourgeois. Et c’est fort à propos qu’Éric Ruf, administrateur de la Comédie-Française, rappelle ce contre quoi il fallait alors aller, notamment dans la maison qu’il dirige : horaires impossibles, tenues de soirée de rigueur, « places aveugles » où l’on vient se faire voir et observer ceux qui en font autant, etc. « C’est comme s’il avait avancé un pion sur l’échiquier en disant : “Ça, il faut vraiment le faire”, et il l’a fait d’une façon tellement manifeste, tellement réussie que, depuis, tout le monde se situe par rapport à ça. »

C.KG.

Le théâtre doit rester un divertissement. Mais s’il n’était qu’un divertissement, fût-il le plus beau, le plus agréable, le plus intelligent, il faut aussi qu’il soit enseignant. C’est la leçon des très grands dramaturges des siècles passés. Ils ne sont pas que des grands poètes, ils sont aussi des gens qui apprennent à une société ce qu’est la justice, ce que peut être l’amour ou le danger de l’amour, ce qu’est la loyauté, ce qu’est l’amitié, etc.

Jean Vilar

Vidéo — « L’Amour vainqueur » : extraits

 

 

Vidéo — Olivier Py : à propos de « L’Amour vainqueur »

 

 

 

Soirée spéciale Festival d’Avignon

« L’Amour vainqueur »
« L’Amour vainqueur »
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

20.50 — L’Amour vainqueur

Dans un monde en guerre, une jeune fille peut-elle écouter ses désirs ? Réponse en chansons dans une opérette inspirée d’un conte des frères Grimm. Olivier Py crée un théâtre musical fantaisiste dans lequel une jeune fille éprise de  liberté parcourt un monde en proie au chaos, à la recherche de son prince et où l’amour sort vainqueur. 

Opérette (2019) – 60 minutes – Texte, mise en scène et musique Olivier Py – D’après Jacob et Wilhelm Grimm – Scénographie, costumes et maquillages Pierre-André Weitz – Lumière Bertrand Killy – Arrangements musicaux Antoni Sykopoulos – Réalisation Stéphane Pinot – Captation La Compagnie des Indes – Production Festival d’Avignon – Coproduction Opéra de Limoges, Opéra de Lausanne, Scène nationale du Sud-Aquitain (Bayonne), Théâtre Georges-Leygues (Villeneuve-sur-Lot) – Avec l’aide de Odéon-Théâtre de l’Europe – Résidence La FabricA du Festival d’Avignon

Avec Clémentine Bourgoin, Pierre Lebon, Flannan Obé, Antoni Sykopoulos

« Jean Vilar, le rêve du théâtre pour tous »
« Jean Vilar, le rêve du théâtre pour tous »
© Cinétévé

21.50 — Jean Vilar, le rêve du théâtre pour tous

« Pour qui est-ce que je joue ? » À partir de cette question essentielle posée par Jean Vilar à l’attention de tous les hommes ou femmes de théâtre, le documentaire retrace son parcours et interroge l’héritage du créateur du Festival d’Avignon et directeur du Théâtre national populaire, disparu il y a cinquante ans. Grâce à de nombreuses images d’archives et aux interventions de Jean Bellorini, Emmanuelle Loyer, Olivier Py, Robin Renucci et Éric Ruf, le film retrace l'engagement de Jean Vilar pour le « théâtre populaire » et montre comment il a révolutionné l’accueil du public et posé les prémices de notre politique culturelle. En contrepoint, les expériences du Nouveau Théâtre Populaire ou de la compagnie éphémère du TNP de Villeurbanne permettent de mesurer la modernité et la persistance de la pensée de Jean Vilar tout en amenant vie et poésie au film.

Documentaire (2021 - inédit) – 52 minutes – Écrit et réalisé par Sandra Paugam – Production Cinétévé, avec la participation de la Maison Jean Vilar

L’Amour vainqueur et Jean Vilar, le rêve du théâtre pour tous sont diffusés vendredi 23 juillet à 20.50 et 21.50 sur France 5
À  voir et à revoir sur france.tv

 

Publié le 21 juillet 2021
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