Pour savoir ce que cachent nos bouquets, Hugo Clément a enquêté

Saviez-vous qu’une fleur sur deux vendue en France est une rose ? Une rose traitée et importée. Comme la majorité des bouquets que vous achetez et offrez. Certains fleuristes, pourtant, ont opté pour des circuits courts, en se fournissant auprès d’horticulteurs français ou exerçant à moins de 1 000 kilomètres de chez eux. Preuve qu’il est possible d’agir autrement. Pour tout comprendre de ce marché florissant, « Sur le front » vous donne rendez-vous lundi à 21.00 sur France 5.

« Sur le front – Saint-Valentin : que cachent nos bouquets ? » © Winter Productions

Je me suis demandé s’il y avait des produits chimiques dans les roses que nous trouvons chez le fleuriste. Nous avons donc acheté des fleurs au hasard pour lancer des analyses et je me suis aperçu que nous nous attaquions à un tabou.

Hugo Clément, extrait de son édito

Vous êtes-vous déjà demandé en entrant chez un fleuriste d’où provenaient ses fleurs et dans quelles conditions elles étaient cultivées ? Rarement, avouez-le. Pourtant, vous lisez attentivement l’étiquette de vos vêtements ou scrutez l’origine des produits alimentaires que vous consommez. Si vous faisiez cette même démarche pour les bouquets que vous achetez, vous seriez sûrement aussi surpris qu’Hugo Clément lorsqu’il a mené son enquête. La majorité des fleurs provient de pays étrangers où elles sont cultivées de manière intensive et conventionnelle. Ces pratiques industrielles vous permettent d’offrir des roses même en hiver. Il suffit de disposer d’immenses serres hermétiques, comme celles utilisées pour les tomates hors sol, pour cultiver jour et nuit des fleurs fraîches. Des espaces nullement écologiques. Aux Pays-Bas, ces fleurs bénéficient d’un ensoleillement artificiel d’une vingtaine d’heures par jour. Une véritable aberration écologique puisque, pour annuler la saisonnalité et répondre à une demande toujours croissante, ces usines consomment à outrance de l’électricité et nuisent à la faune sauvage en usant d’éclairages nocturnes. Et ce ne sont pas les seules aberrations dénoncées par Sur le front.
Prenez ainsi le temps de découvrir l’histoire des hortensias bretons, cultivés en plein champ pour être exportés vers le plus grand marché de fleurs, à Aalsmeer, aux Pays-Bas, avant de se retrouver, pour certains bouquets, en vente chez des fleuristes français. À l’heure où le prix des carburants explose, où nos déplacements se mesurent en CO2, ce système économique paraît au mieux obsolète, au pire totalement déconnecté de la réalité. Et que penser de ces produits pulvérisés sur les roses éthiopiennes à longueur de semaine pour leur offrir une qualité et une durée recherchées par les consommateurs, parmi lesquels des pesticides interdits en Europe (tout en y étant pour certains fabriqués) qui polluent le sol et les nappes phréatiques. Des fleurs contaminées manipulées par des dizaines de mains avant d’atteindre les vôtres (et l’eau de vos vases).

C’est la législation, le problème, elle ne protège pas les travailleurs. Il laisse faire et je pense que les consommateurs ne savent pas qu’ils achètent un produit rempli de produits toxiques.

Margriet Mantingh, chercheuse hollandaise, à la tête de l’association Pesticide Action Network (PAN) aux Pays-Bas

Recréer une filière économique française

Pourtant, il existe des solutions plus saines, moins énergivores et aussi performantes. Bernard est un horticulteur bio. Il arrive à fournir des roses odorantes en s’appuyant sur des techniques ancestrales. Dans ses serres, les parasites ne meurent pas sous l’effet des pesticides mais grâce à ses « auxiliaires de production, qui participent au maintien d’une bonne santé des végétaux », ou en arrosant par le haut pour éviter aux thrips de s’introduire dans les boutons. « L’agriculture bio n’est pas un savoir-faire mais un savoir-être. En ce moment, ce n’est pas l’époque de telle fleur, tout comme on devrait dire ce n’est pas l’époque des fraises. » Comme lui, d’autres s’affairent à prouver qu’il est possible d’agir autrement. Des fleuristes comme Marie, au Mans, ont ainsi opté pour la saisonnalité et les circuits courts. Hortense Harang (avec l’aide de Chloé Rossignol) a décidé de recréer une filière économique française en mettant en relation des horticulteurs et des fleuristes afin de promouvoir la vente de fleurs locales et de saison. Si d’aventure, après ce magazine, vous choisissiez de ne plus craquer pour des roses, sachez que d’autres bouquets, de saison, n’attendent que vous pour être offerts.

Je ne faisais pas de roses parce que ce n’était pas vendu assez cher. Les gens commencent à vouloir payer un peu plus cher pour une rose locale et qui est fraîche.

On reprend le pouvoir en tant qu’horticulteur. On va refaire des fleurs et on va les revendre chez nous. On redonne du sens à notre travail.

Jean-Michel, horticulteur à Paimpol

Séquences exceptionnelles

Nous avons retrouvé dans des bouquets des pesticides interdits dans l’Union européenne
Un laboratoire d’analyse a relevé les traces de plus de quarante pesticides différents dans un seul bouquet de fleurs acheté en France. Certains sont même interdits dans l’Union européenne depuis de nombreuses années. L’Union européenne interdit l’épandage de ces produits en Europe mais pas leur fabrication. Des produits fabriqués au sein de l’Europe seront ainsi utilisés en Afrique pour la culture des roses. Des fleurs qui inonderont le marché européen sans avoir à subir le moindre contrôle sanitaire.

Des hortensias cultivés en Bretagne partent aux Pays-Bas pour revenir en France !
Hugo Clément a posé un GPS dans un bouquet d’hortensias cultivé en Bretagne. Après un passage par le gigantesque marché aux fleurs d’Aalsmeer aux Pays-Bas, le bouquet français revient chez un fleuriste de la région parisienne. Mille cinq cents kilomètres en quelques jours avant que le bouquet fane. Un voyage absurde et polluant : le marché de la fleur est centralisé, industrialisé et mondialisé.

Tournage exceptionnel dans une ferme à roses destinées au marché français en Éthiopie
Hugo Clément a découvert l’envers du décor de la fleur la plus vendue en France en se rendant en Éthiopie. La production y est intensive. Des pesticides interdits en Europe sont utilisés chaque semaine. Un lac vital pour la région s’est retrouvé totalement pollué à cause de ces gigantesques fermes à roses.

Des roses arrivent en France non pas par avion cargo… mais avec des avions de ligne
La compagnie nationale éthiopienne retire les sièges des passagers pour y mettre des cartons de roses fraîchement coupées et les acheminer en Europe le plus vite possible. Des fleurs transportées à des températures trop élevées.

Une seule serre consomme autant d’électricité que tous les habitants de la ville de Lens
Dans la ferme à roses Marjoland, aux Pays-Bas, les serres sont allumées même le jour pour activer la photosynthèse. La nuit, les fleurs ne dorment que quatre heures, pour favoriser leur croissance. Pour éclairer toutes ces allées, Marjoland consomme autant d’énergie que 30 000 habitants (l’équivalent de la ville de Lens).

Sur le front – Saint-Valentin : que cachent nos bouquets ?

Savez-vous pourquoi les fleuristes n’indiquent jamais la provenance des fleurs ? Parce que 85 % d’entre elles proviennent de l’étranger. Dans une enquête édifiante, Hugo Clément révèle la face cachée des roses de la Saint-Valentin et nous explique comment choisir des fleurs locales et de saison. 

Magazine (55 min - 2021) – Création Régis Lamanna-Rodat et Hugo Clément – Présentation Hugo Clément –Rédaction en chef Pierre Grange – Réalisation Guillaume Dumant – Compositeur du générique Studio31DB –Compositeur du film Worakls – Production Winter Productions, avec la participation de France Télévisions 

Ce magazine est diffusé dimanche 7 février à 21.00 sur France 5
Sur le front – Saint-Valentin : que cachent nos bouquets ? est à voir et revoir sur france.tv 

 

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