Nucléaire et éolien, est-ce là notre avenir énergétique ?

La question de notre énergie, de sa provenance et de son coût est devenue une source d’inquiétude. Entre les rapports accablants du Giec, les conflits meurtriers qui se succèdent et la difficulté à trouver une source d’énergie fiable et réellement sans danger, notre avenir énergétique a tout du chemin de croix. Pour s’en convaincre, découvrez « Nucléaire, éoliennes : des voisins encombrants ! », le nouvel inédit de « Sur le front », lundi à 21.00 sur France 5.

« Sur le front – Nucléaire, éoliennes : des voisins encombrants ! ». © Winter Productions

Entre la peste et le choléra, nous aurions tendance à refuser l’un et l’autre, quitte à nous isoler pour cela jusqu’à la fin des temps. Seulement peut-on aujourd’hui trouver un remède qui protège à la fois des maux et des conséquences de notre soif constante d’énergie, comme on a su autrefois remédier à ces maladies hautement contagieuses et mortelles ? Car les énergies que nous utilisons au quotidien sont, dans leur grande majorité, polluantes, toxiques, difficiles (voire impossibles) à recycler ou proches de la pénurie. Or, pendant des années, les industriels ont misé essentiellement sur des énergies fossiles, hydrauliques ou nucléaires. Ce sont les mêmes qui aujourd’hui prônent l’utilisation à tout va et sans réelle concertation de l’éolien et du photovoltaïque.

J’ai eu envie de savoir comment l’on vit au pied d’une centrale nucléaire ou d’un parc éolien et quels sont les avantages et les inconvénients de ces deux types de production d’énergie.

Hugo Clément, extrait de son édito

Nos si chères centrales nucléaires...

Pour Sur le front, Hugo Clément a poussé les portes des centrales nucléaires françaises. Parce qu’elles font régulièrement la une de nos médias, sont parfois source d’inquiétude et qu’elles sont à ce jour nos fournisseuses principales d’électricité. Sans elles, nous serions peut-être encore plus dépendants du gaz, originaire de Norvège, Russie et Algérie (plus quelques autres pays). Certes, des alternatives existent mais, au regard du volume consommé en France, il semble impossible de faire sans, du moins en l’état actuel des choses. Alors, autant découvrir comment sont entretenus ces ensembles et où finissent les déchets radioactifs qu’ils produisent. Ne vous attendez pas à trouver des centrales modernes, notre parc nucléaire n’est plus de toute jeunesse. Quant au fameux EPR de Flamanville prévu initialement pour 2012, sa livraison est retardée d’année en année. Et le sera encore, au vu des problèmes rencontrés sur le seul EPR en fonctionnement dans le monde (à Taishan, en Chine), puisque « l’ASN a demandé à EDF de prendre en compte le retour d’expérience de cet événement à l’EPR Taishan 1 en amont de la mise en service du réacteur EPR de Flamanville. EDF devra soit démontrer que l’EPR de Flamanville n’est pas concerné, soit proposer des dispositions pour prévenir la dégradation du combustible », expliquait le directeur général adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Julien Collet, en janvier dernier (source : La Presse de la Manche). Quant aux espaces de refroidissement et de stockage, le mieux est encore de juger par vous-même…

Le problème, c’est qu’on n’a pas de solutions pour nos déchets nucléaires. On ne sait pas les gérer, clairement. Comment imaginer construire d’autres réacteurs alors que finalement on ne sait déjà pas quoi faire de nos déchets ? Pour nous, c’est scandaleux.

Yannick Rousselet, militant emblématique de Greenpeace

Les sites nucléaires en France

« À la suite de la fermeture des deux derniers réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim le 29 juin 2020, la France compte 56 réacteurs actuellement en service. Ils utilisent tous la technologie à eau pressurisée (REP) et ont été mis en service entre la fin des années 1970 et le début des années 2000. Les plus anciens relèvent du palier 900 MW, les plus récents du palier 1 500 MW, les autres du palier 1 300 MW. Certains ont un circuit de refroidissement « ouvert », avec prélèvement et rejet d’eau dans la mer ou la rivière, tandis que les autres ont un circuit « fermé » qui permet des prélèvements réduits. Dans ce dernier cas, la chaleur est évacuée par des tours aéroréfrigérantes dans l’atmosphère sous forme de vapeur. »

Carte des sites nucléaires en France
Les sites nucléaires en France
© DGEC

* REP : réacteur à eau pressurisée.
** EPR : réacteur pressurisé européen. 
Source : Ministère de la Transition écologique

Doit-on se résoudre à implanter des parcs éoliens ?

L’éolien est devenu la nouvelle marotte des industriels. On installe des parcs là où le vent porte. Seulement les éoliennes ont des durées de vie encore plus courtes que nos centrales. Et leurs nuisances sont grandissantes. Il n’est pas là question d’esthétisme mais des perturbations qu’elles engendrent auprès des animaux. Comme Didier, en Loire-Atlantique, des agriculteurs en ont la certitude. Son exploitation est située à 700 mètres d’un parc éolien. « Là, on est autour des 420 animaux morts depuis 2012, explique-t-il, depuis linstallation du site éolien » (et sa mise sous tension). Lui a choisi de porter l’affaire en justice. D’autres se battent pour empêcher d’immenses parcs offshore de voir le jour. Comme celui en cours de construction au large de la baie de Saint-Brieuc. Soixante-deux éoliennes doivent être installées à un peu plus de seize kilomètres des côtes. Quatre fois plus puissantes que leurs homologues terrestres, elles seront aussi hautes que la tour Montparnasse, à Paris. Pour autant, ce parc produira moins d’électricité qu’une centrale nucléaire. Une soixantaine d’espèces protégées vivent dans cette baie, mais l’exploitant du site a obtenu une dérogation pour dégrader partiellement leur habitat naturel, quitte à mettre en péril la survie de certaines espèces. On dénombre sept projets offshore à ce jour (Dunkerque, Dieppe, Fécamp, Courseulles, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire et Yeu-Noirmoutier) et la France en prévoit cinquante en 2050. Imaginez les conséquences irréversibles en mer, sur la faune et la flore, alors même qu’elles subissent déjà le réchauffement climatique et la pollution. Et qu’adviendra-t-il des pêcheurs ou des agriculteurs affectés par ces éoliennes et leurs lignes souterraines à très haute tension ?

Nous, on n’est pas pour ou contre les éoliennes. On est des garde-fous. Tout ce qu’on veut, surtout, c’est qu’il y ait un projet qui ne détruise pas la biodiversité sous couvert d’énergie verte.

Un membre de l’ONG Sea Shepherd

L’espoir réside-t-il en ITER, le réacteur thermonucléaire expérimental international ?

L’âge d’or de l’énergie, telle que nous la consommons, touche à sa fin. Plutôt que de devoir s’appuyer sur des centrales nucléaires en fin de vie, dont les déchets radioactifs restent dangereux pendant 100 000 ans, d’avoir recours à des centrales à charbon (comme certains pays le font) ou de miser sur l’importation de gaz pour compenser la hausse des coûts du pétrole (ce qui est actuellement impossible), pourquoi ne pas chercher des alternatives fiables ? Fiables, recyclables et en osmose avec notre environnement. Un vœu pieu irréalisable ? Pas totalement. Sachez que des scientifiques, des physiciens et des ingénieurs sont en quête de ce Graal énergétique viable et durable. En témoigne le projet ITER (pour « réacteur thermonucléaire expérimental international », en français) auquel trente-cinq pays participent et dont le centre de recherche, unique au monde, est implanté dans les Bouches-du-Rhône. « Le grand intérêt, c’est que ce type de fonctionnement est intrinsèquement sûr, précise Bernard Bigot, directeur général du projet. Pas de risque de perte de contrôle. » Pour autant, n’allez pas croire qu’il soit aisé de recréer sur Terre un soleil, « ça nécessite effectivement une créativité, une imagination de la part des physiciens, de la part des ingénieurs ». Un défi de taille, certes, mais hautement réalisable.


L’énergie française en quelques chiffres

« En 2020, le secteur de l’énergie représente 2 % de la valeur ajoutée en France. L’énergie pèse à hauteur de 25 Md€ dans le déficit commercial de la France en 2020 et représente, pour les ménages, une dépense égale à 8,9 % de leur budget en 2019. La production nationale primaire représente un peu plus de la moitié de l’approvisionnement en énergie du territoire. Si la France importe désormais la quasi-totalité des énergies fossiles qu’elle consomme et en a progressivement diversifié la provenance géographique, la mise en place du programme nucléaire lui a permis d’être exportatrice d’électricité depuis une quarantaine d’années. L’électricité et le gaz naturel, moins émetteurs de gaz à effet de serre que le pétrole et le charbon, se sont progressivement substitués à ces derniers dans les principaux secteurs d’activité économique, même si le pétrole demeure prépondérant dans les transports. Les énergies renouvelables occupent une part croissante dans le mix énergétique national, soit 19,1 % de la consommation finale brute d’énergie en France en 2020.
Les ménages, les entreprises et les administrations ont dépensé 168 Md€ en 2019 pour satisfaire leurs besoins en énergie. Un ménage a dépensé en moyenne 1 602 € en énergie pour son logement, dont un peu moins d’un tiers de taxes, et 1 542 € en carburants, dont 59 % de taxes. »
Source : Ministère de la Transition écologique


 

Séquences exceptionnelles

Des camions remplis de déchets radioactifs traversent nos villages
Des camions remplis de combustible usagé traversent les villages sans que les habitants en soient informés. Ces déchets nucléaires radioactifs sont aussi transportés par train, empruntant les mêmes voies que les TGV et TER.

Où va-t-on mettre nos déchets radioactifs en 2030 ?
Les combustibles usés de toute la France terminent dans d’immenses piscines à La Hague pour être refroidis pendant plus de dix ans. Mais cet espace sera bientôt saturé. Où seront-ils alors refroidis si d’autres espaces ne peuvent pas être construits dans les temps ?

Sous ces collines verdoyantes se cachent des déchets radioactifs
Dans l’Aube, on enterre tous les outils et vêtements utilisés dans les centrales nucléaires. Une fois stocké, ce matériel est recouvert de terre et forme de petites collines verdoyantes. L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) souhaite que ces espaces verts puissent dans quelques années servir de lieu de « mémoire » ou de lieu « culturel ».

Exclusivité : l’entraînement de la Force d’action rapide du nucléaire (FARN) créée par EDF après Fukushima
Après l’accident nucléaire au Japon, la France a amélioré les conditions de sécurité de ses centrales et créé, entre autres, une force d’intervention rapide, capable d’intervenir à n’importe quel moment avec des robots et des moyens exceptionnels.

Hugo Clément au cœur du réacteur de la centrale de Civaux
Comme Hugo Clément va le découvrir, pour les centrales nucléaires françaises datant d’avant 2000, il n’y a pas de dispositif en dessous des réacteurs qui permettrait de récupérer le combustible en cas d’accident, alors que c’est désormais le cas dans les centrales de toute dernière génération.

Sea Sheperd mesure au large les impacts des éoliennes offshore sur la vie marine
Dans la baie de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), l’équipe de Sur le front embarque avec l’ONG Sea Shepherd pour enregistrer les nuisances sonores sous-marines du futur parc éolien en mer, qui est actuellement en construction. Résultat, un bruit assourdissant et insupportable pour les espèces présentes dans ces eaux bretonnes.

On creuse un trou, un gros trou, on referme et basta, ça y est on a géré nos déchets. C’est faux. C’est juste une dissimulation aux générations futures.

 

Angélique Huguin, membre du collectif Stop Bure

Sur le front – Nucléaire, éoliennes : des voisins encombrants !

Où finissent réellement nos déchets nucléaires ? Nos centrales vieillissantes sont-elles encore sûres ? Et quel est le vrai problème des éoliennes ? Hugo Clément a mené l’enquête.

Magazine (55 min – inédit) – Création Régis Lamanna-Rodat et Hugo Clément – Présentation Hugo Clément – Rédaction en chef Pierre Grange – Réalisation Jean-Marc Philibert – Compositeur du générique Studio31DB –Compositeur du film Worakls – Production Winter Productions – Coproduction France Télévisions 

Ce magazine est diffusé lundi 21 mars à 21.00 sur France 5
Sur le front – Nucléaire, éoliennes : des voisins encombrants !est à voir et revoir sur france.tv 

Bonus vidéo

Des centaines de milliers de mètres cubes de gaz rejetés volontairement dans l’atmosphère par une filiale d’Engie


1 jour, 1 question : D’où vient l’électricité ?

Capture d'écran du programme, cliquez dessus pour y accéder

Cliquez sur l’image pour accéder à la vidéo.

Commentaires