Balltrap sanglant : « Sur le front – Le monde opaque des enclos de chasse »

Dans ce nouvel épisode de « Sur le front », Hugo Clément est allé à la rencontre de militantes et militants, du Vercors au Texas, qui se mobilisent contre les « parcs à gibier », leur business et les pratiques de chasse contestables qui s’y déroulent. Dimanche à 20.50 sur France 5.

« Sur le front : le monde opaque des enclos de chasse »
« Sur le front : le monde opaque des enclos de chasse » © Winter Productions

Si la chasse évoque pour vous les départs à l’aube en compagnie du chien Miro, l’affût dans la brume du matin, le casse-croûte au bord de la rivière, l’odeur du civet ou les retours bredouille, vous n’y êtes pas. Ces enclos sont des propriétés privées ceinturées de murs ou de hautes clôtures grillagées où le gibier est maintenu prisonnier sans possibilité de s’échapper. Ici, il n’y a guère de risque de revenir sans son trophée. Une fois ses proies choisies sur catalogue et contre quelques centaines d’euros, tout est prévu – miradors, plateformes de tirs, mangeoires pour appâter les bêtes – afin que le « chasseur » touche sa cible à tout coup. D’autant que les animaux, souvent issus de l’élevage, se montrent peu farouches. Si on aime la difficulté, mieux vaut encore choisir le balltrap à la fête foraine.
Relativement massive – il existe près de 500 enclos de chasse en France, selon l’Office national de la chasse et de faune sauvage –, cette pratique de plus en plus contestée, interdite en Belgique, reste fort discrète en France. Les seules images dont on dispose sont celles qui ont été filmées en caméra cachée par des militants de la protection des animaux infiltrés parmi les chasseurs. Ce qu’on y découvre est d’autant plus accablant que, dans ces espaces privés et fermés, les règles en vigueur s’appliquent de façon fort souples : pas de plan de chasse à respecter, ni ouverture ni fermeture de la saison, aucun contrôle. On apprend notamment qu’abattre une laie (une femelle sanglier) gestante de 130 kg, « ça s’arrose ! »

Les combats menés en France et à l’étranger redonnent de l’espoir. J’espère qu’ils aboutiront, à terme, à l’interdiction de la chasse en enclos.

Hugo Clément

Prenons n’importe quelle réalité : il en existe une version plus folle et plus extrême aux États-Unis. Dans le seul Texas, où le business des enclos de chasse rapporte l’équivalent d’un milliard d’euros par an, il est possible, moyennant 5 000 euros, et en à peine deux heures, d’abattre… un zèbre. Pour une magnifique antilope cheval ou un oryx, ce sera plus cher. L’engouement exponentiel pour les trophées est tel que les taxidermistes ont une liste d’attente de deux ans ! Pour satisfaire la demande, des ventes aux enchères font défiler des heures durant des gnous, des bisons, des gazelles…, et des élevages gigantesques et très rentables proposent des espèces menacées (la gracieuse gazelle dama) ou classées disparues à l’état sauvage (le cerf du père David)… Ici, la chasse a peut-être trouvé sa dimension postmoderne, quelque part entre l’industrie du divertissement, la grande distribution et la restauration rapide.

C.K.G.

Les témoins

Lauren Loney, juriste
« Ils considèrent ces animaux uniquement par rapport à l’argent que ça leur rapporte et non pas parce que ce sont des créatures vivantes qu’il faut préserver. »
Juriste pour la Humane Society of the United States, Lauren est devenue une spécialiste du marché des animaux exotiques au Texas. Par son intermédiaire, il a été possible de s’infiltrer dans une vente aux enchères où des zèbres et des antilopes sont vendus comme des objets.  

Madline Rubin, fondatrice de l’Aspas
« Cette chasse n’a aucun mérite : tu payes et tu sais que tu vas repartir avec ton trophée. »
Depuis des années, Madeline rêve d’un monde sans chasse en enclos. Grâce à une levée de fonds, elle a pu racheter un ancien parc de chasse dans le Vercors pour abattre les grillages, les miradors et rendre aux animaux leur liberté. Elle révèle un mode opératoire très rodé, depuis l’importation des animaux jusqu’à l’organisation très précise de la partie de chasse. Régulièrement, Madeline organise l’infiltration de militants parmi des chasseurs pour obtenir des preuves de ces déplorables agissements.

Philippe Agulhon, maire de Millançay (771 habitants) dans le Loir-et-Cher
« J’ai eu l’occasion d’être en présence d’un animal qu’on m’a invité à tirer alors qu’il se trouvait le long d’une clôture. Pour moi, ce n’est plus de la chasse, c’est du meurtre. »
Il est lui-même chasseur, mais le principe de la chasse en enclos le révulse. Il est le premier maire de France à avoir empêché la construction d’un parc de chasse dans sa commune. Désormais, il se bat pour la suppression de tous les enclos de sa communauté de communes. Il considère qu’ils dénaturent non seulement les paysages de Sologne, mais surtout qu’ils deviennent une menace pour la vie sauvage.

Pierre Rigaux, naturaliste
« La plupart des chasseurs sont contre ce système. La chasse était justifiée pour se nourrir, là ça n’a aucune justification. C’est un business de la mort. »
Ce naturaliste, farouche défenseur de la cause animale, enquête depuis des années sur la chasse en enclos et tout le business qu’il génère en France. Il dévoile le fonctionnement de ces immenses élevages de sangliers uniquement destinés à ce type de chasse. 


« Sur le front : le monde opaque des enclos de chasse »
« Sur le front : le monde opaque des enclos de chasse ».
© Winter Production

« Sur le front : le monde opaque des enclos de chasse »

Magazine (52 min) – Présentation Hugo Clément – Rédaction en chef Pierre Grange – Réalisation Guillaume Dumant – Production Winter Productions, avec la participation de France Télévisions

Diffusion dimanche 23 mai à 20.50 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv

Publié le 20 mai 2021
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