Sur le front : La vérité sur le saumon

Après avoir été quasiment décimé à l’état sauvage, il fait l’objet d’élevage intensif. Dégusté en toute saison, il est devenu, fumé, un mets incontournable des fêtes de fin d’année. Pour l’obtenir sur nos étals, que de mauvais chemins parcourus. Pourtant, tout n’est pas perdu pour le saumon. La preuve dans ce nouveau numéro de « Sur le front », diffusé dimanche à 20.55 sur France 5.

 « Sur le front : La vérité sur le saumon ». © Winter Productions

On est devant le rayon saumon. Les prix sont accessibles [...]. Derrière ces prix bas, il y a de l’élevage intensif, [...] des résidus de métaux lourds, de pesticides, d’antibiotiques. Il y a une grande dose de souffrance animale. Il y a des colorants de synthèse. C’est tout ça qui se cache derrière ces beaux packagings.

Maude

On aurait tendance à oublier quelles répercussions nos actes peuvent avoir sur le produit de la pêche ou de l’aquaculture. Et pourtant, aussi rares sont les poissons sauvages à ne pas contenir de métaux lourds que leurs « cousins » d’élevage à échapper aux antibiotiques et à la farine de poisson. Et l’un des vertébrés aquatiques à pâtir de cette situation est le saumon. Surpêché pendant des décennies, il est depuis la fin des années 1960 élevé dans des cages flottantes. La Norvège reste, à ce jour, le principal producteur de Salmo salar. « En janvier 2020, les exportations ont atteint 88 millions de tonnes, pour une valeur de 677 millions d’euros. » (Source : Le Monde.) Des exportations qui ont même bondi de 3 % par rapport à 2019. Difficile avec de tels chiffres d’imaginer des salmonicultures autres qu’intensives (même s’il en existe quelques-unes de taille humaine). Pour les plus néophytes d’entre vous : ces méthodes sont comparables aux pratiques de l’agriculture conventionnelle et aux exploitations intensives de bovins, porcins et volailles. Alors qu’en pleine mer ils parcourent des milliers de kilomètres au cours de leur vie, les saumons se retrouvent entassés dans des espaces clos.
En Écosse, sur les rives du loch Carron, Hugo Clément a rejoint Don Staniford, qui dénonce ces pratiques en filmant les conditions d’élevage des saumons pour la Scottish Salmon Watch. « C’est un élevage intensif classique,lui explique-t-il aux abords d’un bassin. Il y a trop de poissons concentrés au même endroit. 50 000, peut-être 100 000 poissons dans chaque cage. Il peut y avoir jusqu’à un million de poissons dans la ferme ou un demi-million. C’est la pire ferme à saumons que je visite et j’en ai déjà vu plus de vingt-cinq. » Non seulement ces salmonidés vivent à l’étroit, mais leur quotidien est peu reluisant. Attaqués vivants par des poux de mer (de minuscules crustacés qui se nourrissent de leur peau et de leur sang), ils sont filmés végétant au milieu de congénères morts, de morceaux de plastique, de leurs excréments et de taches d’essence. Avec la diffusion régulière de ce type d’images auprès du grand public, il entend changer la donne. Comme d’autres alertent pour éviter de voir s’implanter des fermes-usines hors sol de saumons. Ce fut le cas récemment à Boulogne-sur-Mer dans les Hauts-de-France, ça l’est aussi à Plouisy, en Bretagne. À chaque fois, ce sont environ 10 000 tonnes de saumons qui devraient être produites annuellement. Imaginez les ressources en eau et en énergie nécessaires, la quantité de farine de poisson pour les nourrir et le traitement des eaux usées pour éviter toute pollution de nos rivières, déjà largement malmenées. En somme, peut-on craindre de voir se produire en France ce qui arrive en mer ? 

Le saumon a besoin de nous. Il faut changer le mode d’élevage et le sauver dans nos rivières, avant qu’il ne soit trop tard.

Hugo Clément, journaliste, extrait de son édito 

Une lueur d’espoir

Fort heureusement, le saumon peut compter sur le soutien des scientifiques pour espérer rapidement renouer avec une vie plus saine (et aussi moins spartiate). Ces derniers cherchent à remplacer les farines et huiles de poisson par des farines d’insectes et de microalgues. Après tout, dans leur milieu naturel, les salmonidés, truites et saumons, mangent 90 % d’insectes pendant leur premier stade de vie. Cette alternative aurait pour avantage de ne plus piller les ressources en poisson de pays comme ceux de l’Afrique de l’Ouest, qui vivent et subsistent grâce à la pêche. Une plus grande équité pour un plus grand respect de nos ressources. L’idée n’est pas nouvelle mais elle rassemble. Certains ont même opté pour des espaces d’élevage moins peuplés afin de prendre en compte le bien-être animal. 
Enfin, si nous aidons les poissons à frayer plus facilement dans les eaux de leur tendre jeunesse, non seulement nous offrons une chance à leurs descendants de revenir peupler nos rivières (à condition qu’elles soient moins polluées), mais nous permettrons aussi à nos enfants de pouvoir les apercevoir à l’état sauvage. Elle n’est pas belle la vie ! 

Cartographie des principales espèces achetées en frais en 2019
© France AgriMer

Reportages

La guerre du saumon au Pays basque
Chaque année, au printemps, les pêcheurs et les militants se livrent une « guerre du saumon » dans le fleuve Adour. Il n’y a plus que quelques milliers de saumons sauvages, en provenance du Groenland, qui arrivent à Bayonne pour remonter l’Adour et se reproduire dans les rivières des Pyrénées. Bien que menacés d’extinction, ils sont capturés par des filets dès leur entrée dans l’estuaire et vendus comme des produits de luxe : 95 euros le kilo et près de 300 euros une fois fumés ! Un saumon sauvage sur trois est ainsi piégé dans un filet alors que l’espèce est protégée !

Mobilisation contre la plus grosse ferme à saumons d’Europe en projet à Boulogne-sur-Mer
Des militants de la cause animale se battent sans relâche depuis un an contre le projet d’installation de la plus vaste ferme à saumons d’Europe à Boulogne-sur-Mer. Elle devrait produire près de 2 millions de saumons chaque année. Une aberration pour les écologistes. Nous les avons suivis dans leur lutte. 

La face cachée d’un élevage de saumons en Écosse
Il est très difficile de s’infiltrer dans un élevage de saumons d’Écosse, mais l’équipe de Sur le front a pu le faire avec la complicité d’un militant très engagé. Ces poissons migrateurs à l’origine vivent dans des cages exiguës, ils sont infestés de poux de mer et gorgés d’antibiotiques. Malgré ces déplorables conditions d’élevage, ces saumons se retrouvent sur nos tables. 

Les usines de farine de poisson au Sénégal vident l’océan
Des bateaux de pêche industrielle pêchent la sardinelle (un petit poisson local que les saumons ne rencontrent jamais dans l’océan) pour la transformer en farine et alimenter les fermes à saumons d’Europe. La population locale ne trouve plus suffisamment de sardinelles pour se nourrir !

Les saumons du futur seront peut-être végétariens
Ce serait une solution pour nourrir les poissons d’élevage sans endommager le milieu marin : rendre les saumons végétariens et les nourrir avec des protéines végétales. Des scientifiques français de l’Inrae mettent tout en œuvre pour atteindre cet objectif. Ils réalisent depuis dix ans des expériences sur les truites, en les nourrissant avec de la farine végétale. Les résultats sont très prometteurs.

Un barrage hydraulique transformé pour sauver les saumons dans l’Allier
Le Conservatoire national du saumon sauvage a remporté une bataille : convaincre EDF de transformer le barrage hydraulique de Poutès. Les travaux ont commencé. Le barrage sera totalement ouvert trois mois par an, à la période cruciale où les derniers saumons viennent frayer dans la rivière. 

Sur le front : La vérité sur le saumon

Que choisir ? Saumon d’élevage ou saumon sauvage ? Hugo Clément révèle la face cachée des fermes à saumons en Europe et part à la rencontre de celles et ceux qui se battent pour sauver les tout derniers saumons sauvages des rivières françaises.

Magazine (55 min - 2021) – Création Régis Lamanna-Rodat et Hugo Clément – Présentation Hugo Clément – Rédaction en chef Pierre Grange – Réalisation Félix Séger – Compositeur du générique Studio31DB – Compositeur du film Worakls – Production Winter Productions – Avec la participation de France Télévisions 

Ce magazine est diffusé dimanche 21 novembre à 20.55 sur France 5
Sur le front : La vérité sur le saumon est à voir et revoir sur france.tv 

Saumons d’élevage et saumons sauvages

Le saumon frais consommé en Europe de l’Ouest est principalement issu d’élevages de saumon d’Atlantique Salmo salar.
Cent fermes de saumon d’élevage Salmo salar sont certifiées ASC dans le monde : en Norvège, en Écosse, en Pologne, dans les îles Féroé, en Irlande, au Chili, au Canada et en Australie.

Les espèces de saumon sauvage du Pacifique Nord (Alaska) font l’objet d’échanges au niveau international. Ils sont communément cités par leur nom anglais :
– Oncorhynchus gorbuscha : saumon rose (Pink),
– Oncorhynchus keta : saumon kéta (Chum),
– Oncorhynchus kisutch : saumon argenté (Coho),
– Oncorhynchus nerka : saumon rouge (Sockeye),
– Oncorhynchus tshawytscha : saumon royal (Chinook),
– Oncorhynchus masou : saumon japonais.
Six pêcheries de saumon sauvage (Oncorhynchus spp.) du Pacifique sont certifiées MSC (Alaska, île Iturup, île Annette, delta du Kamtchatka et Colombie-Britannique).

(Source : Guide des espèces

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