Il y a urgence à prendre soin de nos forêts

Nos si chères forêts. On aurait pu les croire à l'abri des pratiques amazoniennes ou indonésiennes, les penser plus résistantes aux maladies ou au changement climatique. De belles croyances douchées par la réalité des scènes filmées par « Sur le front », diffusées dimanche à 20.50 sur France 5.

sur le front des forêts françaises
« Sur le front des forêts françaises » © Winter Productions

J’ai toujours trouvé que les forêts étaient le meilleur endroit pour se ressourcer. J’étais loin d’imaginer que les forêts françaises se trouvaient dans un état aussi préoccupant. (...) Il faut se battre pour convaincre les élus d'interdire les coupes rases. Il est urgent de réapprendre à exploiter les forêts sans détruire l'écosystème. L'industrie doit s'adapter aux ressources et non pas le contraire.

Hugo Clément, journaliste, extrait de son édito

Entre 2004 et 2017, 43 millions d'hectares de forêts ont disparu dans le monde, soit l'équivalent de près de 80 % de la France métropolitaine (source : wwf.fr). Avec nos importations de soja, de cuir, d'huile de palme (pour les carburants), de papier, de café, d'hévéa (pour les pneus essentiellement), de cacao, de bois, et enfin d'huile de palme à des fins alimentaires, nous, Français, participons à cette déforestation collective et planétaire. En 2018, d'après les calculs de l'ONG Envol Vert parus dans La Tribune, « la surface déforestée chaque année pour assouvir les besoins de consommation des Français [était de] 2,4 millions d'hectares, [soit] l'équivalent de la taille de la Bretagne ».
Si, dans le cas présent, on parle de « déforestation importée », qu'en est-il de nos vertes forêts ? Certes, elles ont meilleure mine que leurs homologues d'Amérique latine, d'Afrique sub-saharienne, d'Asie du Sud-Est ou d'Océanie, mais chez nous aussi, on rase des espaces boisés, on éradique la biodiversité, on plante une seule et même essence à des fins purement lucratives. La rentabilité prévalant alors sur la responsabilité engagée. Entre aberrations d'import-export, consumérisme et impact du réchauffement climatique, nos forêts risquent, comme vous le constaterez, d'y laisser plus que des hectares dans les années à venir.

Il y a deux manières de voir le capital qu'on a là : soit c'est un tas de fric, soit c'est un écosystème.

Mathias Bonneau, bûcheron, gestionnaire-forestier et illustrateur (dernier ouvrage : Histoires d'un arbre, depuis sa vie en forêt jusqu'à la fabrication d'un fauteuil, éditions Ulmer)
Hugo Clément et Mathias Bonneau au milieu des bois
Hugo Clément et Mathias Bonneau
© Winter Productions

Si certains agissent en dépit du bon sens, d'autres, au contraire, cherchent à renouer avec des pratiques ancestrales, plus vertueuses et respectueuses de la faune et de la flore. Des forestiers qui préfèrent utiliser la tronçonneuse en lieu et place des abatteuses industrielles, qui ont la fâcheuse tendance de tout supprimer sur leur passage. Hugo Clément est ainsi allé à la rencontre de l'un de ces bûcherons, Mathias Bonneau, qui officie dans la montagne Noire, entre l'Hérault et le Tarn. L'ancien diplômé en architecture a finalement opté pour une autre voie en travaillant dans les bois hérités de son grand-père (il a obtenu un BTS gestion forestière en 2017, ndlr). Dans cet espace de verdure où la nature s'épanouit en toute latitude, chaque arbre abattu est minutieusement choisi, et sa chute savamment calculée. Pas de grande trouée, d'écorchure dans la forêt, comme d'autres s'appliquent à le faire. Ici, chaque arbre tombé permettra à un autre de pousser et de s'étoffer. 
En regardant ce nouveau numéro de Sur le front, on réalise combien l'approche de forestiers comme Mathias Bonneau est primordiale pour le renouveau et l'essor de nos forêts. Quant aux pratiques qui écornent nos poumons, gageons qu'associations et collectifs resteront en alerte jusqu'à ce que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités. Car, ne l'oublions pas, les forêts sont les poumons de notre planète, les supprimer ou refuser de les protéger revient à porter atteinte à notre vie et à celle de millions d'espèces.

Bande-annonce

 

Reportages

Nos chênes partent par bateau en Chine
Nous avons pu filmer l'abattage des chênes et des hêtres français qui finiront comme parquet en Asie après avoir parcouru des milliers de kilomètres. En dix ans, l’exportation du chêne depuis la France a été multipliée par dix. Des expéditions effectuées à contrecœur par les exploitants qui privent les menuisiers français de ces deux essences. Pour se les procurer, ils sont contraints de les importer d’Europe de l’Est. La raison d'une telle aberration est simple : la filière française s’étant spécialisée dans le pin, il est désormais très difficile de trouver des scieries en mesure de débiter les autres variétés.

Le tabou de nos forêts : la coupe rase
La plupart des exploitants forestiers ont recours à des abatteuses industrielles pour couper en quelques heures des parcelles entières. Après le passage de ces impitoyables machines, le sol est comme décapé. De plus en plus souvent, les forêts, riches en biodiversité, laissent la place à des champs d’arbres, d’une seule essence. Dans les campagnes, la résistance s’organise, les habitants ne veulent plus assister impuissants au saccage de notre patrimoine forestier.

Consternant constat dans une usine de granulés de bois
Les membres de l’association Canopée ont pénétré à la dérobée sur le site d’une usine de granulés de bois pour apporter la preuve de pratiques aberrantes. Des arbres issus de coupe rase vont finir en granulés. Or, ce type de produit est vendu sous le label « Développement durable », puisque les granulés sont supposés être des rebuts de scieries industrielles ou de petit bois.

Brûler du bois à la place du charbon pour produire de l’électricité
La centrale électrique à charbon de Gardanne (Bouches-du-Rhône) vient tout juste de fermer ses portes. Malgré tout, elle espère redémarrer prochainement en brûlant cette fois-ci des arbres à la place du charbon. Des riverains révèlent qu’une partie du bois utilisé pour les tests est importé… du Brésil et lancent un cri d’alerte : si le projet voit le jour, il n’y aura pas assez d’arbres en France pour l’alimenter.

Des arbres victimes du changement climatique
Les arbres sont de plus en vulnérables. Ceux en manque d’eau ne sont plus en mesure de résister aux tempêtes. Certaines espèces sont, quant à elles, décimées par la prolifération d’insectes au moment des fortes chaleurs.

Photo d'une coupe rase
« Sur le front des forêts »
© Winter Productions

Sur le front des forêts françaises

Dans ce nouvel épisode de Sur le front (format linéaire et digital), Hugo Clément nous emmène à la rencontre des combattants qui dédient leur vie à la protection de nos forêts.

Magazine (55 min - 2021) – Création Régis Lamanna-Rodat et Hugo Clément – Présentation Hugo Clément – Rédaction en chef Pierre Grange – Journalistes Margaux Beytout, Clara Beaujon, Marie Lecoq et Axel Roux – Réalisation Guillaume Dumant – Compositeur du générique Studio31DB – Compositeur du film Worakls – Production Winter Productions – Avec la participation de France Télévisions

Ce magazine est diffusé dimanche 21 mars à 20.50 sur France 5
Sur le front des forêts françaises est à voir et revoir sur france.tv

Publié le 19 mars 2021
Commentaires
Connectez-vous à votre compte pour laisser un commentaire.