« Summer of Revolution » : plongée dans les seventies

À travers les aventures d’une jeune militante française dans les États-Unis du début des années 1970, ce documentaire raconté à la première personne nous fait vivre de l’intérieur, entre road movie et journal intime, le fourmillement joyeux d’une époque mythique, mais aussi les combats de toute une génération pour changer le monde. Dimanche 26 juin à 22.30 sur France 5, dans « La Case du siècle ».

Women's Movement 1977 © AP Archives/ Greg Smith

Grisée par les événements de Mai 68, militante du MLF (Mouvement de libération des femmes) à la création duquel elle a contribué, Annette décide de partir avec quelques copines de la fac de Nanterre à la rencontre de leurs « sisters » du Women’s Lib. Histoire de voir comment se déroule la lutte de l’autre côté de l’Atlantique, dans un pays où les femmes, plus pragmatiques et radicales que les Françaises, insistent pour que l’égalité des droits (le fameux Equal Rights Amendment) soit inscrite dans la Constitution. Et la voilà en mai 1971, à 25 ans, laissant derrière elle famille et petit ami gauchiste pour une virée aux États-Unis qui va se révéler riche en surprises et bien plus longue que prévu. Cette aventure, racontée à la première personne et bâtie sur des images d’archives, est celle de la journaliste et romancière Annette Lévy-Willard, coauteure du documentaire. Mais elle est aussi un condensé des espoirs, des combats et des déceptions d’une génération prête à toutes les rébellions pour changer le monde.
Pour la jeune femme, le choc est de taille dès son atterrissage à Washington. Alors qu’avec son amie Marielle, elles sont censées embarquer à bord d’un très typique « yellow bus », pour un circuit d’est en ouest jusqu’à San Francisco « à la découverte des expériences féministes les plus innovantes », elles découvrent la capitale fédérale en ébullition : de très nombreux jeunes gens y protestent contre la guerre du Vietnam. Au QG du collectif May Day, où elles se réfugient, Annette s’aperçoit qu’à tous les étages, garçons et filles suivent à la lettre le mot d’ordre de 68 « Jouissez sans entrave » : « Sauvage et primitif pour une Parisienne en décalage horaire. » Mais pas assez pour la déstabiliser. Le lendemain, le véritable voyage peut enfin commencer. Après une dizaine d’heures de route, le bus des féministes fait une première escale dans le Vermont, près de la frontière canadienne, où d’anciens citadins essayent un retour à la terre. Accueillies pendant quelques jours dans une commune célèbre, la Red Clover, les deux Françaises sont séduites par  l’ambiance qui y règne, les mœurs libres et le fait que les hommes s’adonnent sans rechigner aux tâches ménagères ! Étape suivante dans une communauté de lesbiennes, mais le bus jaune ne peut plus repartir à cause de problèmes mécaniques. Annette reprend la route seule en direction de Chicago, symbole de la révolte des Noirs. On la suit ensuite, avec toujours la Californie comme objectif, à l’arrière d’une moto pilotée par un bel Italien, en compagnie d’autres aventuriers, à travers l’Amérique « de toutes les contestations » ; celle aussi des petites villes traditionalistes et religieuses. San Francisco lui ouvre enfin ses portes, et « c’est tout de suite le coup de foudre pour la baie, le soleil et le brouillard, la musique et l’agitation ». Incapable de s’imaginer de retour en France, elle décide de s’installer et se met à la recherche de l’un de ces collectifs qui accueillent alors « des révolutionnaires venus de tout le pays ». En résumé, une commune urbaine où chacun contribue à la hauteur de ses moyens. La voilà à Berkeley, entourée de colocataires qui « font de la politique et de la musique » et « fabriquent l’un des journaux les plus importants de la contre-culture : le Berkeley Tribe ». L’expérience américaine va se poursuivre jusqu’en 1975 : « J’étais partie pour un road trip féministe le temps d’un été, je reviens quatre ans plus tard différente, avec de nouvelles idées politiques ; j’ai appris en Amérique que l’action compte plus que la théorie, y compris que les femmes doivent surmonter leur peur et occuper tous les terrains, même ceux réservés aux hommes ». Rentrée à Paris, Annette rencontre Simone de Beauvoir qui lui propose d’écrire dans la revue Les Temps modernes et devient journaliste.
Cinquante ans plus tard, la lutte continue…

 

Summer of Revolution

Documentaire (52 min – 2022) – Un film d’Annette Lévy-Willard et Anne Richard – Réalisation Anne Richard – Production Cinétévé, avec la participation de France Télévisions et de TV5Monde – Conseillère historique Françoise Picq
Avec l’aimable autorisation de Country Joe McDonald

Summer of Revolution est diffusé dans La Case du siècle, dimanche 26 juin à 22.30 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv

Publié le 23 juin 2022
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