Gay Pride : 50 ans de fêtes... et de luttes

Cinquante ans après la première Marche des fiertés, où en sont les droits des homosexuels ? Quel chemin ont-ils parcouru ? La liberté est-elle vraiment là ? Des affrontements de Stonewall à aujourd’hui, ce film revient, témoignages à l’appui, sur l’histoire de la Gay Pride et un demi-siècle de combats. Dimanche 28 juin à 23.30 sur France 5. 

Gay Pride
« Stonewall, aux origines de la Gay Pride ». © Zadig Productions

Stonewall, ça vous rappelle quelque chose ? Non ? Et pourtant… Le bien nommé bar new-yorkais (mur de pierre) est justement la pierre angulaire du militantisme gay. Considérés dans les années 1960 comme des hors-la-loi, méprisés, invectivés, voire régulièrement agressés, les homosexuels, sans cesse sur le qui-vive, essaient le plus souvent de passer inaperçus. Quand on est né au fin fond de la Georgie ou du Michigan, impossible alors d’envisager de faire son « coming out » et de s’afficher avec un amoureux du même sexe à son bras. Le besoin intrinsèque de « vivre normalement », d’être enfin « soi-même » conduit à l’époque nombre d’entre eux, comme Perry Brass ou Philip Bockman, à s’installer dans des villes réputées plus « tolérantes ».
À New York, les homos se retrouvent dans le quartier de Greenwich Village pour boire un verre ou faire la fête dans des établissements tenus par… la Mafia, seul propriétaire assez puissant pour outrepasser la loi et régler les affaires à coups de dollars lorsque les forces de l’ordre débarquent. Bien que « froid et humide », le Stonewall est un lieu en vogue, fréquenté par une clientèle plutôt jeune, car on peut y danser. Là non plus, on n’échappe pas aux contrôles inopinés, aux humiliations et aux arrestations. Selon Richard Goldstein, alors rédacteur en chef du Village Voice, « il ne se passait pas un mois sans qu’il y ait de l’agitation et qu’une révolte n’éclate dans cette partie de la ville ». Mais, le 27 juin 1969, c’est la descente de police en trop. Malmenés, jetés dehors sans ménagement, les clients, au lieu de se disperser, ripostent. Les policiers, débordés, appellent des renforts et très vite ça tourne à l’affrontement.
Présent au moment des faits, Donald Arrington résume : « On s’était enfin élevés contre la répression dont nous étions victimes depuis des années. » Pour Perry Brass, « c’est comme si on avait conquis un territoire autour de Sheridan square (au bout de la rue). Les événements ont permis à beaucoup de s’affirmer. Toute la colère, toute la frustration, toute la douleur qu’on refoulait à cause du carcan social ont subitement explosé ». Philip Bockman, lui, a « eu l’impression de (se) lâcher pour la première fois » et est « retourné là-bas tous les jours pendant près d’une semaine ». De son côté, Ellen Broidy explique : « Ce qui fait la spécificité de Stonewall, ce n’est pas ce qui s’est passé sur le coup, mais ce qui s’est passé après. Ce moment a donné naissance à un mouvement. On s’est demandés ce qu’il fallait en faire et le Gay Liberation Front (GLF) a émergé quasiment dans les nanosecondes qui ont suivi. » 
Galvanisés par ce premier succès, gays et lesbiennes se découvrent une âme de militants en s’inspirant, d’après Richard Goldstein, « des mouvements de libération des Noirs, des femmes, etc. ». D’autres organisations voient le jour, à l’instar des Radical Lesbians ou de la Gay Activists Alliance (GAA), qui se battent contre toutes les discriminations ou se concentrent sur les droits des homosexuels. Pour tous ceux qui l’ont vécue, la rébellion de Stonewall constitue un tournant majeur à partir duquel le mouvement pour les droits LGBTQ se fédère et s’organise politiquement. Il donnera naissance, en 1970, à la première Marche des fiertés, la Gay Pride.


Morceaux choisis

Philip Bockman: « J’ai grandi dans les années 1950 dans le Midwest, une région très arriérée […] ; là-bas, le mot gay voulait simplement dire joyeux ; au lycée, je ne pensais pas qu’il existait d’autres personnes comme moi ; je ne savais pas que j’étais “gay”, je ne connaissais même pas le mot. »

Perry Brass : « Je dis toujours que j’appartenais à quatre minorités normalement incompatibles : je venais du Sud, j’étais juif, gay et pauvre. L’année de mes 15 ans a été la pire de ma vie ; j’étais en rébellion contre ma mère et je savais déjà que j’étais homo […], j’ai fait une tentative de suicide ; on m’a conduit à l’hosto et, quand je suis sorti, j’ai décidé, premièrement, que je ne laisserais plus jamais personne me pousser au suicide et, deuxièmement, que je serais moi-même quoi qu’il arrive. »

Donald Arrington : « Après Stonewall, on a vécu une brève période de libération sexuelle comme on n’en avait jamais connue, et puis subitement la mort nous a rattrapés… »

Karla Jay : « On est passé de 10 000 personnes, en juin 1970, à 6 millions rien qu’à New York, cinquante ans plus tard (pour la Gay Pride) ; c’est la plus belle preuve de réussite en tant qu’organisateur de la première marche […] ; je ne pensais pas que je verrais ça de mon vivant ; mais en même temps l’homosexualité reste illégale dans soixante-dix pays, des gays et lesbiennes se font lapider… »

Ellen Broidy : « Le combat est encore plus important aujourd’hui. L’administration Trump est une menace non seulement pour la communauté LGBT, mais pour toutes les minorités ; tout est remis en cause. […] Je ne suis pas simplement lesbienne, je suis une femme, d’un certain âge, je suis juive : toutes ces composantes de mon identité sont attaquées à l’heure actuelle. »

Stonewall, aux origines de la Gay Pride  

1969. La police new-yorkaise fait une énième descente dans un bar gay de Greenwich Village. Le raid de trop. Lassés d’être persécutés, les clients du Stonewall ne se laissent pas faire. Ils se rassemblent dans le square d’en face, en nombre toujours croissant, des nuits durant, pour manifester contre l’injustice récurrente qu’ils subissent. Dans la continuité de l’effervescence des années 1960 aux États-Unis, cette rébellion constitue un moment fondateur du mouvement pour les droits LGBTQ.

Documentaire (52 min - 2020) - Réalisation Mathilde Fassin - Production Zadig Productions, avec la participation de France Télévisions 

Stonewall, aux origines de la Gay Pride est diffusé dimanche 28 juin à 23.30 sur France 5 
À voir et revoir sur france.tv

Publié le 25 juin 2020
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