Soirée spéciale : l’affaire Pauline Dubuisson

France 2 consacre une soirée (une fiction suivie d’un documentaire) à un fait divers qui a défrayé la chronique dans les années 1950. Au centre de cette affaire criminelle, une jeune étudiante trop libre et trop indépendante pour son époque : Pauline Dubuisson. L’occasion de s’interroger sur la place des femmes dans la société au fil des dernières décennies. À découvrir lundi 1er février à partir de 21.05.

Lucie Lucas dans le rôle de Pauline Dubuisson. © Sarah Alcalay / JPG Films / FTV

21.05 Fiction : La Petite Femelle

En 1963, au Maroc, elle croit avoir, enfin, droit au bonheur. Attablée devant l’homme dont elle est éprise et qui vient de la demander en mariage, elle décide de se confier, de raconter SA vérité, avant de tourner définitivement la page. Du moins l’espère-t-elle. Pauline Dubuisson, devenue Andrée par nécessité, pour échapper au regard des autres, remonte le temps et revient sur son adolescence sous l’Occupation, à Malo-les-Bains, près de Dunkerque. Entre une mère absente et un père qui, soucieux de continuer à faire des affaires, la pousse à devenir interprète pour les Allemands, Pauline grandit et se lie d’amitié, voire plus, avec l’ennemi, ce qui lui vaut d’être tondue à la Libération. La jeune femme indépendante et libre est aussi une élève brillante. En 1948, c’est à la faculté de médecine de Lille qu’elle rencontre celui qui fera son malheur : Félix Bailly, un étudiant, de bonne famille, plus âgé, et très de son temps. Lui pense déjà au mariage, tandis que Pauline ne songe qu’à terminer ses études… Mais elle tient à lui, et lorsque Félix rompt, cédant à l’injonction de ses parents, elle sombre. Puis, c’est le drame. En novembre 1953, Pauline Dubuisson est accusée d’avoir tué de sang-froid son ancien amant. Mais qui est donc cette jeune femme dont la France entière réclame la tête ? Une arriviste froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché dans le lit de l’Occupant, a été tondue, avant d’assassiner par jalousie un garçon irréprochable ? Ou n’est-elle, au contraire, qu’une jeune fille libre qui revendique avant l’heure son émancipation et questionne la place des femmes au sein de la société ?


L’histoire de Pauline Dubuisson est celle d’une jeune femme qui va affirmer une revendication d’émancipation trop en avance sur son temps. En refusant la place assignée à une jeune femme de son milieu par des conventions largement dominantes à son époque, Pauline va connaître une trajectoire chaotique, qui deviendra le prétexte d’une opprobre générale, dont les raisons sont à chercher bien d’avantage dans la non-conformité de la jeune femme aux règles sociales d’alors…

 

 

Aux yeux de tous, « la petite femelle » est trop libre dans sa vie amoureuse, donc immorale. Trop dans le rejet des hypocrisies sociales de son temps, donc déviante et néfaste. Trop en revendication d’autonomie, donc arrogante et dangereuse. Pour toutes ces raisons, j’ai choisi de participer au réveil de Pauline Dubuisson et d’en faire une héroïne qui va interroger nos temps modernes. Sa volonté d’émancipation questionne la place des femmes au sein de la société. Personne n’a jamais voulu écouter ce qu’elle avait à dire, et je porte l’ambition que notre film puisse la réhabiliter et ouvrir le débat sur un sujet d’une actualité brûlante.

Philippe Faucon
, réalisateur de « La Petite Femelle »

22.40 Documentaire dans Infrarouge : Pauline Dubuisson, l’impossible oubli

Le 17 mars 1951, Pauline Dubuisson tire trois balles de pistolet sur son ancien amant, et le tue. Bien que prétendant qu’il s’agit d’un accident, elle est condamnée aux travaux forcés à perpétuité, et n’échappe à la guillotine que grâce à l’unique femme du jury. Car, au-delà du crime passionnel, c’est d’abord une femme que la justice de l’époque condamne. Une femme trop libre, une étudiante en médecine brillante, une adolescente qui a « couché » avec des Allemands durant la guerre, une « hyène », comme la qualifiera le procureur. En 1961, alors que, bénéficiant d’une remise de peine, elle quitte la prison, La Vérité de Henri-Georges Clouzot sort sur les écrans avec Brigitte Bardot dans le rôle principal. Le film, tiré de l’histoire de Pauline, va précipiter sa fin tragique. Diffusé dans le cadre d’Infrarouge, ce documentaire passionnant, enrichi de magnifiques dessins et séquences animées, et ponctué d’extraits de ses lettres, lui rend enfin justice.


Son histoire est trop bouleversante, et surtout elle incarne trop ce qu’était encore le regard implacable et dominateur des hommes – et de la société de l’après-guerre – sur les femmes. 
Je crois que c’est ce décalage, ce « malgré elle » qui m’a le plus touché dans la vie de Pauline. Lorsque l’on lit ses lettres, que l’on consulte les détails de sa vie de prisonnière modèle et généreuse, on finit par avoir l’impression de la connaître. De ressentir que Pauline était simplement une fille intelligente et sympathique. À mille lieux de la « hyène » décrite par le procureur lors de son procès, ou du portrait de la séductrice maladive qu’en a fait la presse. Voilà ce qu’a si bien compris Philippe Jaenada avec son livre magnifique, « La Petite Femelle ».

 

Les seules images sur lesquelles on s’appuie, encore et toujours, ce sont les photographies de son procès. Hormis cela, il n’existe presque rien. Quelques rares photographies de famille, aucun film, aucun son. Personne ne connaît le son de sa voix. […] 
Comment rendre alors sa présence, son magnétisme ? Pour nous la rendre plus proche, pour lui redonner un corps, et nous permettre d’entendre ses mots, j’ai décidé de l’incarner tout au long du film dans une série de séquences dessinées, parfois animées, qui donnent vie aux moments clés de son existence, en se référant à l’esthétique si particulière des films noirs des années cinquante. 
 

« Pauline Dubuisson, l’impossible oubli » tente, en s’appuyant sur le travail d’enquête et de réflexion de Philippe Jaenada, sur ces rares photographies, sur la mémoire des lieux qu’elle a fréquentés – et celle d’un neveu qui l’a connue dans son enfance –, grâce aussi aux archives de cette époque et aux séquences dessinées, de comprendre pourquoi son destin tragique demeure à ce point inoubliable. 

Vincent Maillard, réalisateur de « Pauline Dubuisson, l’impossible oubli »

La Petite Femelle

Fiction (87 min – 2021) – Réalisation 
Philippe Faucon – Scénario Philippe Faucon et Antoine Lacomblez – D’après le livre éponyme de
 Philippe Jaenada (2016, Éditions Julliard) – Production JPG Films et 13 Productions, avec la participation de France Télévisions 

Distribution
Lucie Lucas Pauline
Lorenzo Lefebvre Félix
Helena Noguerra Mère de Félix
Jean Dell Père de Félix
Florence Thomassin Eva

Pauline Dubuisson, l’impossible oubli

Documentaire
 (52 min – 2021) – Réalisation Vincent Maillard
 – Dessins
 Philippe Chanteloup
 – Production
 France Télévisions
 

Soirée spéciale diffusée lundi 1er février à partir de 21.05 sur France 2
À voir et revoir sur france.tv


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La Petite Femelle
© FTV

 

Publié le 29 janvier 2021
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