Emmanuel Macron interviewé pour la soirée « C dans l’air » spéciale Erdogan, « le sultan qui défie l’Europe »

Emmanuel Macron a accepté l’interview de Caroline Roux pour la soirée spéciale consacrée au président Recep Tayyip Erdogan sur France 5. À quelques jours d’un sommet européen extraordinaire sur la Turquie, « C dans l’air » propose, mardi à 20.50, la diffusion du film « Erdogan, le sultan qui défie l’Europe », où la journaliste s’entretient avec le président, ainsi qu’avec Manuel Valls et Nicolas Sarkozy. Puis un plateau d’experts réagira en direct aux questions des téléspectateurs.

Déploiement militaire turc en Méditerranée © Maximal Productions

Erdogan a ce sens politique qui lui a très tôt fait comprendre que l’adversaire en Europe, c’était Macron.

Guillaume Perrier, grand reporter, spécialiste de la Turquie

La grande difficulté du président Macron avec Erdogan, c’est qu’il ne joue pas avec les mêmes règles. 

Ariane Bonzon, journaliste et auteure de Turquie, l’heure de vérité

L’Europe a sous-traité à la Turquie la gestion de sa frontière.

Jean-Dominique Marchet, journaliste à L’Opinion, spécialiste des questions de défense et diplomatie

« Erdogan, le sultan qui défie l’Europe »

Les tensions entre la France et la Turquie n’ont jamais été aussi fortes que ces derniers mois. Accusations d’islamophobie d’une part et d’ingérence de l’autre, tandis que les provocations militaires en Méditerranée du président turc ne laissent pas de doute sur sa volonté d’expansionnisme. Ce film, réalisé par Marie Lorand et coécrit par Barbara Stec, dévoile les dessous de cette guerre d’influence. Des mosquées de Roubaix aux champs d’oliviers du Kurdistan syrien sous contrôle d’Ankara, en passant par les côtes chypriotes et les chantiers de Dakar, un voyage au cœur des zones d’influence turques. L’actuel chef de l’État français, Emmanuel Macron, suite à son entretien téléphonique avec Erdogan en janvier, a accordé dix minutes d’interview à Caroline Roux. Celle-ci interroge également l’ancien président Nicolas Sarkozy et l’ex-Premier ministre Manuel Valls.

À Roubaix, dans cette association culturelle islamique des Turcs du Nord, l’imam qui officie à la mosquée ne parle pas français. Il été envoyé par la Turquie pour une mission de quatre ans en France. « L’islam turc en France est géré depuis Ankara par des fonctionnaires de Dieu et de l’État, explique ce spécialiste de la Turquie. Les budgets, les prêches, tout est encadré. » Sur les 2 500 mosquées françaises, environ 400 sont gérées par la communauté turque. Pour « réaffirmer le droit et la Constitution de la République », en janvier 2021, Emmanuel Macron soumet la Charte des principes pour l’islam de France à toutes ses composantes. Seules les organisations turques refusent de la signer. Fatih Sarikir, secrétaire général du Conseil français du culte musulman et président de la Confédération islamique Millî Görüs – auquel on suppose un lien avec la mouvance islamiste radicale –, dénonce les pressions politiques : « L’État français n’a pas à s’immiscer à l’intérieur d’un culte. »

Propagande d’État sur le web
Sur le net, les observateurs des « fake news » constatent leur augmentation côté sites d’information turcs, avec en première ligne les agences de presse gouvernementales : autre terrain d’influence. « Il y a une ligne directrice sur l’année 2020 qui était très anti-France et qui voulait la faire passer comme le berceau de l’islamophobie », remarque Guilhem Fouetillou, cofondateur de Linkfluence, un site spécialisé dans l’écoute et l’analyse du web. Erdogan s’est entouré d’une « armée digitale » prête à relayer la propagande du pouvoir auprès de ses sympathisants.

Erdogan et les Loups gris
En octobre 2020, la petite ville de Vienne voit déferler des hordes de jeunes Franco-Turcs ultra-nationalistes, les Loups gris, qui envahissent les rues pour s’attaquer aux Arméniens. « C’est une milice paramilitaire adossée au mouvement ultra-nationaliste turc, le MHP, suprémaciste, raciste », explique Guillaume Perrier, grand reporter, spécialiste de la Turquie. « Depuis 2015, les Loups gris et Erdogan ne font plus qu’un. » À Décines-Charpieu, la petite Arménie de la banlieue lyonnaise, le mémorial du génocide arménien a lui aussi été vandalisé. Pour Laurence Fautra, sa maire, marquée par l’événement, ce sont « des incitations à la haine d’un autre temps… Mais ce sont de jeunes Français ! C’est ce qui est inquiétant : il y a une idéologie de haine qui a germé dans leur esprit. » Pour certains analystes, Erdogan semble ne pas avoir pardonné à Macron l’instauration le 24 avril de la Journée nationale de commémoration du génocide arménien.

Manuel Valls répond aux questions de Caroline Roux
Manuel Valls répond aux questions de Caroline Roux.
© Maximal Productions


Manuel Valls, qui n’a pas hésité dans une tribune d’octobre 2020 à qualifier Erdogan de « nouvelle référence des Frères musulmans, chantre de l’islamisme le plus radical », est convaincu qu’«il utilise la France pour flatter le nationalisme des Turcs et d’autre part pour essayer de séparer les Turcs de la communauté nationale en France ». Un projet politique et idéologique dangereux. « Dans cette guerre d’influence, la guerre des mots peut armer des bras. » 

La religion comme arme politique
Le 10 juillet 2020, Erdogan signe le décret qui fait redevenir la basilique Sainte-Sophie une mosquée. « À 14.53 : c’est la date de la prise de Sainte-Sophie de Constantinople ! »souligne cet historien. « Avec la reconversion de Sainte-Sophie, Erdogan nous avertit qu’il est parti pour sortir de ses frontières : le sabre est de retour ! »À l’image de ces clips officiels et de ces séries turques tournées façon hollywoodienne qui ressuscitent les débuts de l’expansion ottomane.
Pour Delphine Minoui, journaliste et correspondante à Istanbul pour Le Figaro, c’est « une façon de se réapproprier le passé, même si c’est un passé reformaté à la sauce Erdogan ». Le président a été élevé dans un quartier populaire par un père autoritaire, et éduqué dans un collège religieux : « Il symbolise la victoire politique du petit peuple opprimé sur la Turquie profonde, conservatrice, élitiste d’Atatürk… C’est la revanche des Turcs noirs contre les Turcs blancs. »
« Manœuvrier hors pair »selon Ariane Bonzon, l’ancien maire d’Istanbul a su utiliser la religion pour élargir son électorat. Mais pour Guillaume Perrier, l’économie qui « pendant dix ans a incité les Turcs à voter pour Erdogan » pourrait maintenant « inciter les Turcs à voter contre lui ». Aujourd’hui, selon une récente étude, 76 % des jeunes Turcs souhaitent quitter le pays.

Erdogan et l’Europe
En 2004, pourtant, l’Europe percevait Erdogan comme l’homme de la démocratisation de la Turquie, qui avait signé le premier accord pour l’adhésion de son pays à l’Europe. Nicolas Sarkozy, qui s’était alors clairement exprimé contre, réaffirme son opposition : « Cette idée folle de faire entrer la Turquie en Europe…  Avec 85 millions de Turcs, la Turquie serait donc devenue le pays qui aurait le plus de voix au Conseil européen : c’était la négation de tout le projet européen ! » Pour lui, Erdogan a plus « une préoccupation politique qu’une préoccupation islamiste. Ce que je lui reproche, c’est de vouloir détruire l’Europe de l’intérieur ». 

L’expansionnisme à l’œuvre

Dans le Kurdistan syrien
Dans le Kurdistan syrien.
© Maximal Productions

Depuis, ses coups de force, en 2020, à Chypre — où Erdogan a réaffirmé la présence turque non reconnue par la communauté internationale — et en Méditerranée — où il a violé à plusieurs reprises les règles de l’Otan — ne laissent aucun doute sur ses désirs expansionnistes. Les ressources en hydrocarbures du sous-sol méditerranéen ont motivé les dernières missions d’exploration de ce pays qui ne dispose que d’une étroite frange maritime. François Clemenceau, rédacteur en chef de l’actualité internationale du JDD, l’affirme : « Il veut que la Turquie soit une puissance maritime. »
Dans le Kurdistan syrien, la présence turque s’étend. « On a vraiment une volonté de recoloniser cet endroit de la part de la Turquie, explique Guillaume Perrier. On voit à l’œuvre l’expansionnisme turc dont on parle tant ! » Dans le Haut-Karabagh, en Afrique de l’Ouest ou en Libye, « Erdogan joue sur tous les tableaux et il le fait de manière extrêmement habile ».

Soirée C dans l’air spéciale

La rédaction de C dans l’air propose une soirée spéciale, présentée par Caroline Roux, avec la diffusion du documentaire Erdogan : le sultan qui défie l’Europe.
 Ce film sera suivi d’une édition spéciale de C dans l’air en direct.

20.50 Documentaire : « Erdogan, le sultan qui défie l’Europe » 
Depuis des mois, la Turquie, membre et deuxième armée en effectifs de l’Otan, multiplie les déclarations martiales et les coups de force militaires, y compris contre les intérêts de ses propres alliés : Syrie, Libye, Méditerranée orientale, Chypre, Haut-Karabagh…
En France, le président turc invite à combattre l’islamophobie et n’hésite plus à s’en prendre personnellement à son homologue français, gardien d’une laïcité qu’il exècre. Son ambition : ressusciter la grandeur de l’Empire ottoman, prendre le leadership du monde musulman sunnite et s’inscrire en bouclier contre l’Occident. Jusqu’où ira le président turc dans l’escalade ? Quel est son véritable pouvoir de nuisance ? Où s’arrêtent ses rêves expansionnistes ? Faut-il avoir peur d’Erdogan ?
L’actuel chef de l’État français, Emmanuel Macron, l’ancien président Nicolas Sarkozy et l’ex-Premier ministre Manuel Valls… À quelques jours d’un sommet européen extraordinaire consacré à la Turquie, Caroline Roux a rencontré des acteurs prestigieux et en première ligne face à Erdogan pour décrypter cette nouvelle menace que ni l’Otan, ni les États-Unis, ni la Russie de Poutine ne semblent pouvoir endiguer. 

Documentaire (90 min - 2021) – Auteures Marie Lorand et Barbara Stec – Réalisation Marie Lorand – Commentaires et interviews Caroline Roux – Production Maximal Productions, avec la participation de France Télévisions
 
22.20 C dans l’air spéciale en direct
La diffusion du documentaire Erdogan, le sultan qui défie l’Europe sera suivie d’un plateau spécial de C dans l’air en direct. Caroline Roux sera entourée d’experts. Tout au long de l’émission, illustrée par un reportage inédit, les invités (noms communiqués ultérieurement) répondront aux questions des téléspectateurs.

Soirée spéciale C dans l’air diffusée mardi 23 mars à partir de 20.50 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv

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