Si les murs du palais de Madrid pouvaient parler

Après la Cité interdite, la collection documentaire de France 2 consacrée aux lieux de pouvoir légendaires se poursuit avec une visite guidée du palais de Madrid. Le siège du pouvoir espagnol révèle ses secrets les plus insoupçonnés au cours d’une soirée présentée par Stéphane Bern. Mardi à 21.05.

Stéphane Bern nous dévoile les coulisses du palais de Madrid.

Si les murs du palais royal de Madrid pouvaient parler, ils en diraient long sur trois siècles d’histoire où se sont succédé les Bourbons d’Espagne, héritiers des Habsbourg, dans les quelque 3 400 pièces de ce bâtiment, le plus grand palais d’Europe occidentale. 

Ce palais construit par ordre du roi Philippe V, qui a résisté aux guerres civiles et aux bombardements, est le lieu où s’exercent la diplomatie espagnole et le pouvoir monarchique, désormais incarnés tous les deux par le roi Felipe VI. Il contient des œuvres d’art et un mobilier d’une qualité extraordinaire : tapisseries flamandes, bustes en marbre, ensemble de fresques... Dans la salle des colonnes se trouve notamment la table des sphinx, sur laquelle le roi Juan Carlos Ier signa son abdication en faveur de son fils, le 2 juin 2014. Mais ce sont aussi des œuvres du Caravage, de Velázquez, de Francisco de Goya, ainsi que des fresques de Corrado Giaquinto, Giovanni Battista Tiepolo et Anton Raphaël Mengs qu’abrite ce palais. D’autres collections remarquables y sont conservées, comme celles de l’Armurerie royale, de la porcelaine, de l’horlogerie, du mobilier et de l’argenterie.

L’incendie de 1734

Agrémenté des explications d’historiens, de reconstitutions et d’animations 3D, ce film nous propose une visite approfondie de ce lieu magnifique, né des ruines du grand incendie de 1734. Après la salle du Trône (appelée aussi « salon du baise-main », car c’est ici que se déroulaient les cérémonies d’allégeance au roi) et la splendide chapelle royale, la salle des Couronnes est l’occasion de revisiter l’histoire de l’Espagne, depuis l’époque de l’Alcázar arabe jusqu’au XXe siècle. On y découvre les aménagements successifs entrepris par les souverains qui succédèrent à Charles Quint, et notamment Philippe V, duc d’Anjou. Sous l’influence de son épouse Élisabeth Farnèse, le palais se pare de marbre rose, d’une galerie des portraits et d’un incroyable salon de musique. Des musiciens italiens, à commencer par Farinelli, s’y produisent fréquemment. Ce, jusqu’à l’incendie de 1734.

La construction du nouveau palais commence en 1738. L’objectif de Philippe V est de créer le plus grand palais d’Europe. Sous l’égide de l’architecte Juan Bautista Sachetti, un palais entièrement en pierre est construit, rappelant  l’ancien Alcázar et la forme traditionnelle des palais espagnols. Les travaux se poursuivront, avec force modifications, sous le règne de Charles III, successeur de Philippe V. Outre de majestueuses cuisines, le palais abrite également la salle des miroirs, ainsi que celle des tapis, qui rappelle que Madrid accueilla la Fabrique royale de tapisserie en 1721. Goya, le futur génie de la peinture espagnole, y fit ses débuts, avant d’être remarqué par la Cour puis d’être nommé, en1789, « peintre de la chambre du roi ». 

Alphonse XIII, dernier monarque du palais

La Révolution française entraîne l’abdication de Charles IV et l’arrivée au pouvoir de Joseph Bonaparte (mal-aimé des Espagnols), qui crée notamment au fond du palais un passage secret… avant de devoir fuir le pays. Avec l’arrivée du Bourbon Ferdinand VII, fils de Charles IV, le palais retrouve une vie flamboyante. Le style étrusque néoclassique est introduit, ainsi que du mobilier de style Empire. À la mort en 1833 de Ferdinand VII, sa fille aînée Isabelle II hérite de la Couronne ; à sa majorité, elle y organise des fêtes somptueuses et décore ses appartements avec des meubles de style néobaroque et néorococo. Las… Face à la grogne suscitée par les frasques de la Cour, la reine contrainte à l’exil laissera la place à Alphonse XII en 1875, auquel succédera Alphonse XIII, qui sera le dernier monarque à vivre dans le palais. 

Le début du XXe siècle voit en effet l’avènement de la république espagnole : le roi doit quitter précipitamment le pouvoir. En mars 1939, après trois ans de guerre civile, les troupes du général Franco entrent dans Madrid. Le pays est ruiné, la capitale bombardée et le palais royal n’est pas épargné. Sa construction en forme de grande forteresse le protège cependant, et c’est avant tout sa façade qui subit des dégâts. Franco, qui décide de ne pas vivre dans le palais, mais au Pardo (à six kilomètres de Madrid), y entame des réparations dès juillet 1939, pour y lancer les grandes opérations de propagande de son régime. Il faudra attendre 1975 pour que le dictateur fasse son apparition remarquée au palais, lieu où seront organisées ses obsèques, quelques mois plus tard. 

Le roi Juan Carlos Ier, qui donne une impulsion nouvelle au pays en faisant voter une constitution, s’installe pour sa part dans le palais de la Zarzuela et non au palais royal. « La vie y était trop compliquée », expliquera-t-il plus tard dans une interview, arguant en souriant qu’il était, par exemple, impossible d’y manger chaud, « les cuisines se situant à 20 minutes de la salle à manger ». Sous son règne, le palais deviendra en tout cas le symbole d’une nouvelle Espagne démocratique. Ainsi est-ce depuis la salle des colonnes que le pays marque son entrée dans l’Union européenne en 1986. En 1991, des dirigeants du monde entier y assistent à la conférence pour la paix au Moyen-Orient, en présence de George Bush et Mikhaïl Gorbatchev… Cette utilisation du palais royal pour des fonctions protocolaires se poursuit depuis l’arrivée au pouvoir de Felipe VI en 2014. Un roi qui désormais prépare sa fille Leonor à sa future charge. Ainsi se poursuit la monarchie parlementaire espagnole, sous le regard de l’imposant palais madrilène. 

Documentaire – Présentation Stéphane Bern – Production Société européenne de production – Collection proposée par Jean-Louis Rémilleux, en coproduction avec France Télévisions – Producteur exécutif Julien Poinot.

Prochains volets : le palais du Luxembourg (qui abrite le Sénat) le 3 août ; le Quirinal de Rome le 10 août. 

« Si les murs du palais de Madrid pouvaient parler » est diffusé le mardi 27 juillet à 21.05 sur France 2. À voir et revoir sur France.tv


 

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