Sexisme : ceux qui changent les codes dans « Ils font bouger les lignes », présenté par Olivier Delacroix

Mardi 6 avril à 20.50 sur France 5, rencontre avec des femmes et des hommes qui ont échappé au carcan sexiste et trouvé leur voie dans un domaine où personne ne les attendait. Parce qu’ils ont suivi leur passion et leurs objectifs sans se soucier des préjugés liés à leur genre, Sofia, Peterson, Sophie et Deborah prouvent que l’on peut choisir et ne pas subir. Producteur et journaliste pour « Ils font bouger les lignes », Olivier Delacroix répond à nos questions. 

Sofia dans « Ils font bouger les lignes »
Sofia, la boxeuse, dans « Ils font bouger les lignes » © TV Conseil Productions

La bande-annonce

Entretien avec Olivier Delacroix

En quoi Ils font bouger les lignes, qui permet de découvrir des parcours marquants d’hommes et de femmes, de tous les milieux, âges et origines, se différencie-t-il de votre magazine Dans les yeux d’Olivier ?

Olivier Delacroix :
 Leur seul point commun, c’est ma présence incarnée à l’antenne. Le positionnement est complètement différent, et nous sommes très attentifs à ce qu’il le soit. Pour Dans les yeux d’Olivier, je vais recueillir les confidences de personnes qui ont affronté, sur un même thème, des épreuves ou en sont tout juste sorties. Je vais plus les chercher sur les stratégies psychologiques qu’ils ont dû mettre en place pour se sortir de ces épreuves, et on découvre tout ce qui les a enrichis. Dans Ils font bouger les lignes, le choix des sujets est plus militant, car je pense que notre société a besoin d’avancer, de progresser. Comme dans le film Le Parcours des combattantes, qui avait été diffusé sur France 5 en 2018, on a pris le parti avec la productrice Katia Maksym d’aller chercher nos lanceurs d’alerte : des gens qui ont affronté une épreuve mais ne se sont pas arrêtés là. De la force qu’ils en ont tiré, ils ont décidé d’en faire un combat. On les suit dans ce combat quotidien en se plaçant sur le terrain de la transmission.
Pour Dans les yeux d’Olivier, on est plus dans une ambiance intime. Dans Ils font bouger les lignes, on est plus dans le mouvement avec le plan-séquence, et on emmène le téléspectateur au cœur de ce combat.

Olivier Delacroix et Sophie dans « Ils font bouger les lignes »
Olivier Delacroix et Sophie dans « Ils font bouger les lignes »
© TV Conseil Productions

Sofia, Sophie, Peterson et Deborah incarnent celles et ceux qui sont confrontés au sexisme de notre société. Mais ils participent également à son évolution. C’est cette transition que vous souhaitez montrer ? 

O. D. : 
Ces quatre personnes ont voulu et choisi de changer les choses. Je dis souvent que la première étape pour aller au bout d’un rêve, c’est de désirer. Certains l’oublient. Dans notre société, on est nombreux à avoir été baignés par notre éducation judéo-chrétienne dans des stéréotypes de genre, où la femme n’est pas l’égale de l’homme. L’image de l’homme à la tête du foyer qui doit ramener de l’argent est très présente, même chez les jeunes gens. La femme reste la collaboratrice qui seconde, pas celle qui prend les rênes. J’ai une fille de 16 ans et j’ai envie qu’elle évolue dans un monde où elle aura autant de chances qu’un garçon : ce n’est pas le cas pour le moment.
Heureusement, la société bouge parce qu’il y a de plus en plus de relais pour aider à réaliser ses rêves. Et puis, chacun avance à son rythme dans la prise de conscience, selon l’environnement où il vit. Quel que soit le niveau où nous en sommes, il faut faire avancer les choses. Il ne faut pas avoir peur de faire un travail sur soi, d’accepter les choses pour les comprendre, de s’informer… Je pense qu’Ils font bouger les lignes contribue à faire avancer les choses : les stéréotypes de genre, les violences faites aux femmes, le harcèlement numérique… 

Comment choisissez-vous vos thèmes ?

O. D. : 
Je les choisis en fonction de l’actualité, mais surtout là où je crois qu’il faut vraiment se battre pour faire avancer les choses. Mon souhait est d’expliquer aux gens la nature du combat, pour que notre société de demain, celle de nos enfants, soit plus libre, plus libérée. Avec le dernier film de la saison qui sera consacré à la trans-identité, Ils font bouger les lignes aura vraiment traité de sujets dans l’air du temps. 

Comment trouvez-vous les personnes qui témoignent ? 

O. D. : Des personnes qui ont traversé des épreuves difficiles en ont fait un combat et acceptent d’en parler, ce n’est pas évident à trouver. Je souligne d’ailleurs le travail que réalise ma productrice Katia Maksym avec l’équipe de journalistes. C’est une prise de risque et un sacré engagement pour nos profils – que l’on met bien en garde –, car ce sont des sujets difficiles. Mais je vois qu’Ils font bouger les lignes permet de faire avancer les associations dans leurs combats et ce magazine a aussi cette vocation. Ces lanceurs d’alerte sont une source d’inspiration pour nous tous.

Vous passez beaucoup de temps avec les personnes que vous rencontrez. Est-ce le secret, ainsi que votre sensibilité particulière, pour écouter les autres ?

O. D. : Je suis également producteur de cette émission, et il me paraît essentiel d’investir financièrement pour avoir du temps. Sinon, on ne peut pas demander aux personnes qu’on filme de se raconter de la même façon. Il y a des étapes dans les témoignages, la confiance qu’on se porte… L’une de mes recettes est de poser une même question à des moments différents, et je n’aurai pas du tout la même réponse ! C’est très important d’avoir du temps.

Que souhaitez-vous que les téléspectateurs retiennent de ces rencontres ? 

O. D. : On voit bien à travers les combats d’aujourd’hui qu’on est dans une société en plein mouvement, qui est en train de changer et qui, en même temps, se cherche. Ma seule peur est que je perçois, ici ou là, de jeunes ayatollahs intellectuels et extrêmes dans la non-acceptation de l’autre, qui veulent monter les uns contre les autres sur ces sujets-là. La violence sur les réseaux sociaux prend l’aspect d’un tribunal populaire qui me déplaît beaucoup. Mais comme le plus grand nombre a l’instinct de modérer les choses, je trouve que tous ces sujets avancent depuis un certain temps. 
Je dirais aux téléspectateurs de regarder leurs enfants et d’imaginer le monde dont ils rêvent pour eux d’ici quelques années. Ces combats qu’on met en lumière doivent donner l’envie de faire évoluer cette société pour qu’elle accueille nos enfants et leur donne les moyens de la faire grandir et de la protéger. Ces films vont peut-être allumer quelques flammes : ils sont là pour inspirer et donner des idées à ceux qui ont des velléités de se battre et ont envie de faire bouger les lignes.

Propos recueillis par Anne-Laure Fournier

Ils font bouger les lignes
« Sexisme : ils ont cassé les codes » – Inédit

Dans notre société, les stéréotypes sexistes ont la vie dure. Ancrés dans les mentalités depuis des siècles, ils renforcent les inégalités entre les femmes et les hommes, favorisent les discriminations. Parmi les clichés les plus courants, la grâce et la douceur associées aux filles, la force et la puissance aux garçons. Les préjugés enferment chacun dans des cases et conduisent aux inégalités salariales, au plafond de verre. Leur omniprésence maintient le patriarcat et la domination masculine.

Olivier Delacroix interroge des femmes et des hommes qui, avec force et détermination, éveillent les consciences et bousculent l’ordre établi.

Sofia baigne dans le monde de la boxe depuis son enfance. Son père, entraîneur, lui a appris à se défendre sur un ring. Pourtant, quand Sofia prend son envol à 20 ans pour devenir boxeuse professionnelle, elle se heurte aux discriminations. Aucune salle ne veut l’intégrer, et quand enfin elle trouve un club, elle doit s’entraîner après les hommes. Après des mois d’acharnement, Sofia prouve à tous qu’elle a sa place. Elle intègre l’équipe de France féminine de boxe et entraîne en parallèle des enfants. Une manière pour elle de les sensibiliser dès le plus jeune âge à la mixité dans le sport.
Depuis qu’elle est en politique, Sophie doit lutter contre les constantes remarques machistes. Impossible d’être écoutée et respectée par ses confrères lorsqu’elle prend la parole dans les meetings ou à l’Assemblée nationale. Pour trouver sa place, la députée a travaillé deux fois plus que les autres et a appris à cacher sa féminité. Face à cette injustice, elle a créé en 2009 « Femmes au centre » pour briser le plafond de verre. Une association qui lutte pour les droits des femmes et contribue à leur intégration dans la vie politique.
Peterson a lui aussi été victime de cette représentation genrée dans le sport. À 8 ans, il découvre la gymnastique rythmique et, très vite, il excelle dans le maniement du ruban. Pourtant, le jeune homme a beau être un athlète de haut niveau, il n’a pas les mêmes droits que les femmes dans sa discipline. En effet, la gymnastique rythmique ne propose pas, en France, de compétition masculine, et c’est l’une des seules disciplines olympiques uniquement réservées aux femmes. Peterson doit donc faire face à des railleries quotidiennes et l’impossibilité de concourir à l’international pour son sport.
Deborah a repris, il y a quatre ans, l’entreprise familiale créée par son père quarante-cinq ans plus tôt. Un défi pour cette jeune femme de 34 ans qui a dû s’imposer dans un milieu très masculin. Si aujourd’hui Déborah assume ce statut de cheffe d’entreprise, elle a eu beaucoup de mal à se sentir légitime dans ce rôle. Elle fait désormais partie du réseau « Femmes et challenge » et encourage l’entrepreneuriat féminin. 

Film (90 min) – Auteur Olivier Delacroix – Réalisation Olivier Delacroix et Arthur Hennequet – Production france.tv studio et Tesséo Prod, avec la participation de France Télévisions 

Diffusion mardi 6 avril à 20.50 sur France 5 
Sexisme : ils ont cassé les codes est à voir et revoir sur france.tv 

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