Albert Ier de Monaco, à l’écoute du monde et des océans

Pendant trente ans, il a parcouru les océans par amour des sciences et de la découverte. Féru de nouvelles technologies autant que de sport, il a partagé ses nombreuses passions avec les Monégasques. Humaniste, il n’a pas hésité à prendre position pour Dreyfus et rechercher la paix dans une Europe en crise. Ce lundi à 21.10 sur France 3, Stéphane Bern consacre un « Secrets d’histoire » au prince Albert Ier de Monaco.

« Secrets d’histoire : Albert Ier de Monaco, le prince des océans ». © Société Européenne
 de Production

Le prince Albert Ier, mon trisaïeul, avait souhaité que Monaco se dote d’un institut océanographique avec une feuille de route claire : faire aimer, connaître et protéger les océans. Aujourd’hui, cette vision montre toute sa pertinence, sa modernité et sa force.

S.A.S. le prince Albert II de Monaco

Albert Ier, prince de Monaco, s’est éteint il y a un siècle. Que penserait-il du conflit en Ukraine, lui qui a connu les affres de 1870 et tenté d’éviter la guerre de 1914 ? Et comment celui qui s’était mis au service de la planète (en se passionnant pour l’anthropologie, la paléontologie et l’océanographie) jugerait-il nos comportements face aux changements climatiques, à la fonte des glaciers, au réchauffement et à la hausse du niveau des océans ?
En menant des expéditions scientifiques, le prince n’a pas seulement cherché à décrypter les secrets des fonds et courants marins, il a aussi souhaité partager ses découvertes avec le plus grand nombre pour sensibiliser ses contemporains sur la nécessité de protéger la faune et la flore sous-marines, et de manière plus générale notre environnement. Mais l’histoire de ce monarque ne doit pas se résumer à ses seules campagnes (certes, sa vie maritale a pâti à deux reprises de cette passion pour l’exploration marine). En parcourir la vie, tel que vous invite à le faire Secrets d’histoire, permet d’entrevoir l’homme derrière l’image du prince. De comprendre ses engagements sociétaux et environnementaux en partant sur ses traces au château de Marchais, dans l’Aisne. Un domaine acquis par sa mère qui appartient encore aujourd’hui aux Grimaldi et que Stéphane Bern, avec l’autorisation de la famille princière, vous fait visiter. Dans ce château sera célébré en 1869 son mariage avec lady Mary Victoria Douglas-Hamilton, la petite-fille de la grande-duchesse de Bade Stéphanie de Beauharnais. De cette courte union naîtra le prince Louis en 1870 (la princesse quittera le palais avant la naissance de leur fils et leur mariage sera annulé par la cour de Rome en 1880).

C’est dans cette cour d’honneur, le 3 octobre 1889, que le prince Albert Ier, quelques jours après les funérailles de son père Charles III, a souhaité recueillir le serment de fidélité de ses sujets (...). Ce serment en 1889 peut paraître anachronique. C’est décalé, on est cent ans après la Révolution française, mais il était important pour lui, quarante ans après la sécession de 1848 de Menton et de Roquebrune, de s’assurer du sentiment légitimiste de loyauté, de fidélité de ses sujets.

Thomas Fouilleron, directeur des Archives et de la Bibliothèque du Palais

Offrir une autre image de Monaco

Si l’essor économique de la principauté doit beaucoup à ses parents (avec l’implantation d’un casino, construit en 1863 d’après les plans dessinés par Charles Garnier, puis d’un hôtel), le prince Albert Ier a souhaité offrir une image plus saine et plus noble que celle véhiculée par les jeux d’argent. Sportif lui-même, il a initié différentes compétitions sportives (boxe, tennis, escrime, course de canots à moteur, rallye automobile) auxquelles le gotha et les Monégasques se pressent. « C’est une façon merveilleuse de faire de la publicité pour Monaco », confirme Philippe Séguy.
Le Rocher deviendra aussi la plaque tournante des arts sous l’égide de sa seconde épouse, la princesse Alice. « Elle est passionnée par la danse, la musique, précise Philippe Séguy. Elle va drainer en quelque sorte à la principauté la fine fleur des compositeurs de son époque avec un goût très sûr et très moderne. » L’opéra de Monte-Carlo acquiert alors une renommée internationale. « On cherchait sans doute à divertir les gens, mais néanmoins on ne leur présentait pas n’importe quoi. On leur présentait les plus grandes œuvres, les meilleurs musiciens, les plus grands artistes et surtout les plus grandes audaces scénographiques, précise son directeur,Jean-Louis Grinda. Il y a eu sur cette scène, par exemple, la création de La Damnation de Faust [d’Hector Berlioz], qui depuis fait autorité dans le monde entier. Quand on joue La Damnation de Faust, c’est la version de l’opéra de Monte-Carlo. »

Un prince précurseur dans plus d’un domaine

Son intérêt et sa curiosité ne sont pas seulement maritimes. Féru de nouvelles technologies, il fait ainsi appel en 1902 à Ernest Guglielminetti, un médecin suisse installé dans la principauté, pour inventer un revêtement qui éviterait à la poussière de voler lors du passage des véhicules motorisés. L’essai réalisé sur la piste de terre qui borde le Musée océanographique est concluant. L’avènement du bitume ne fait que commencer.
Pour conclure, sachez que ses études sur les courants marins lui ont permis d’acquérir une connaissance approfondie du Gulf Stream. C’est aussi en mer qu’il observera l’état de son équipage s’aggraver à force d’être piqué par une sorte de méduse, la Physalia physalis. En partageant ses constatations avec Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine de Paris, et Paul Portier, assistant de physiologie à la Sorbonne, il permet aux deux scientifiques de diriger des travaux à bord du Princesse-Alice (avant de les poursuivre à Paris). Travaux qui les amèneront à découvrir l’anaphylaxie. Une découverte qui posera les premières bases de l’allergologie et vaudra à Charles Richet le prix Nobel de physiologie et de médecine en 1913.


Dates clés de la principauté pendant la vie et le règne du prince Albert Ier (1848-1922)

20 mars 1848 : Menton et Roquebrune se proclament villes libres et se placent sous la protection des Sardes.
1856 : Charles III accède au trône.
2 février 1861 : Le prince renonce au profit de la France aux villes de Menton et Roquebrune. La principauté perd plus de 80 % de son territoire, mais son indépendance est enfin reconnue. La France s’engage à relier Nice à Monaco par une route littorale, ainsi qu’à faire arrêter en principauté la liaison ferroviaire créée entre Nice et Gênes. Une union douanière entre la France et Monaco (il n’y a pas de frontière entre les deux pays).
1863 : La Société des bains de mer et du cercle des étrangers est concédée à François Blanc pour cinquante ans avec monopole sur les jeux.
1865 : Émission du premier timbre-poste monégasque.
1er juin 1866 : Le plateau des Spélugues est appelé Monte-Carlo en l’honneur du prince Charles III.
1869 : Toute forme d’imposition directe est supprimée.
1879 : Inauguration de l’opéra de Monte-Carlo.
1881 : Création du pavillon monégasque rouge et blanc.
15 mars 1887 : Le diocèse de Monaco est créé.
1889 : Décès de Charles III. Albert Ier, son fils, accède au trône. Passionné par les sciences, il s’intéresse particulièrement à l’océanographie et aux recherches sur la préhistoire. Il crée l’Institut de la paix.
1891 : Création de l’Automobile Club de Monaco.
1902 : Création du musée d’Anthropologie préhistorique.
1906 : Fondation de l’Institut océanographique.
29 mars 1910 : Inauguration du Musée océanographique, qui fait partie de l’Institut océanographique.
5 janvier 1911 : La principauté de Monaco devient une monarchie constitutionnelle.
1911 : Organisation du premier rallye automobile de Monte-Carlo.
1922 : Louis II succède à son père.
Source : Monte-Carlo

J’ai voulu conserver un souvenir particulièrement intime de ma campagne de 1899 au Spitzberg et j’ai prié chacun de mes vaillants compagnons de signer avec sa propre voix le souvenir qu’il en aura conservé lui-même.

Albert Ier (la restitution en 2014 de certains cylindres enregistrés à l’aide d’un phonographe, mis au point par Thomas Edison, a permis d’entendre la voix du prince)

Il y a 100 ans le prince Albert Ier recevait la médaille Vega 

 

La Société suédoise d’anthropologie et de géographie a remis en avril 1922 la prestigieuse médaille Vega au prince Albert Ier. Créée en 1880 en mémoire de l’expédition Vega d’Adolf Erik Nordenskiöld, cette distinction rend hommage au concours apporté par le prince à l’avancement des sciences géographiques.

Source : Centenaire Albert 1er2022 Monaco


Les intervenants

Albert II de Monaco
Jacqueline Carpine-Lancre, historienne
Stéphane Lamotte, historien
Yvan Gastaut, historien
Thomas Fouilleron, directeur des Archives et de la Bibliothèque du Palais de Monaco
Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique
Alain Quella-Villéger, historien
Philippe Séguy, écrivain
Chloé Raymond, attachée de conservation du patrimoine (Musée océanographique)
Vincent Vatrican, directeur de l’Institut audiovisuel de Monaco

Secrets d’histoire : Albert Ier de Monaco, le prince des océans

Arrière-arrière-grand-père de l’actuel souverain Albert II, il passe près de trente ans de son existence à parcourir les mers du globe, des Açores aux Caraïbes en passant par le Cap-Vert et les régions polaires de l’Arctique. Initiant les principales campagnes océanographiques de la fin du XIXe siècle, pionnier dans de nombreux domaines, il fait aussi du Rocher le lieu de toutes les innovations. Avec son épouse la princesse Alice, Albert Ier donne à la principauté un rayonnement artistique inédit. Fervent pacifiste, il n’hésite pas à intervenir personnellement auprès de l’empereur Guillaume II pour tenter d’éviter le premier conflit mondial. Prince humaniste, moderne et visionnaire, il est l’un des tout premiers à alerter sur la nécessité de préserver l’environnement et en particulier les océans.

À découvrir également une interview exceptionnelle du prince Albert II de Monaco.

Magazine culturel
 (109 min - inédit) – Présentation Stéphane Bern – Réalisation (plateaux) David Jankowski – Réalisation (évocations) Benjamin Lehrer – Rédactrice en chef Marie-Laurence Rincé – Production Société Européenne
 de Production, 
avec la participation de France Télévisions – Avec le soutien du Centre National du Cinéma et de l’Image animée

Cet inédit est diffusé lundi 13 juin à 21.10 sur France 3
Secrets d’histoire : Albert Ier de Monaco, le prince des océans est à voir et revoir sur france.tv

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