« Science grand format » : Philippe Charlier, le médecin des morts

Des catacombes aux laboratoires high-tech, de Paris à Stockholm, l’anthropologue Philippe Charlier conjugue histoire et médecine légale pour reconstituer le carnet de santé de morts célèbres enveloppés de mystère – et même leur redonner un visage : Marat, Robespierre et Descartes. Deux documentaires à suivre comme de véritables enquêtes policières et scientifiques, jeudi 18 février à 20.50 et 21.45 dans « Science grand format » sur France 5.

« Science grand format »
« Marat, Robespierre : les malades de la Révolution ». © Capa / Matcha

Ce sont deux grandes figures de la Révolution française, aussi emblématiques que contestées, qui ouvrent le bal. Quand il meurt poignardé par Charlotte Corday, le 17 juillet 1793, Jean-Paul Marat, le tribun redouté, dont le journal L’Ami du peuple contribue à faire l’opinion, est un homme malade qui ne quitte plus guère le bain où il tente en vain de traiter une terrible maladie de peau. Lorsqu’il meurt sur l’échafaud dressé place de la Concorde, un an plus tard, le 28 juillet 1794, « l’Incorruptible » Maximilien Robespierre est lui aussi un homme épuisé, marqué par la variole et gravement blessé dans des circonstances peu claires lors de son arrestation.
Première question : où sont les restes des deux révolutionnaires ? Et c’est là, déjà, que le bât blesse. Accueillis au Panthéon un an après son assassinat, ceux de Marat n’y sont restés que quelques mois, avant d’être jetés dans le cimetière de l’église Saint-Étienne-du-Mont, aujourd’hui détruit. Ceux de Robespierre, inhumés discrètement au cimetière des Errancis, dans la Plaine-Monceau, afin de les dérober à ses fidèles, ont fini dans les catacombes, où ils se mêlent à… six millions de squelettes, dit-on.

« Science grand format »
« Marat, Robespierre : les malades de la Révolution ».
© Capa / Matcha

Ce sont donc des voies détournées qu’emprunte Philippe Charlier. Et d’abord celles des masques mortuaires des deux hommes – l’un conservé dans le plus vieil atelier de moulage encore en activité, l’autre à la bibliothèque municipale de Lyon –, réalisés dit-on par la fameuse Marie Tussaud. Sont-ils véridiques ? La modélisation numérique en 3D va permettre d’avancer des hypothèses – fort différentes dans les deux cas. Ce sont ensuite des pièces à conviction dignes de véritables « scènes de crime » : la baignoire-sabot dans laquelle Marat (médecin de formation) soulageait son douloureux mal – mais lequel, au fait ? – et où il expira ; des exemplaires de L’Ami du peuple tachés de son sang, conservés à la Bibliothèque nationale ; le bureau où Robespierre, la mâchoire fracassée, fut allongé durant son arrestation à l’Hôtel de Ville… Radiologie, recherche d’ADN, analyse toxicologique, tout est bon pour tenter de faire parler ces objets… avec des succès divers. Mais ce n’est pas le moindre des plaisirs de cette enquête : même ses échecs se révèlent passionnants.

Dans la tête de René Descartes

La seconde enquête nous emmène vers une époque plus reculée encore. Stockholm, 1650, René Descartes est l’hôte de la reine Christine et le prisonnier malheureux de l’hiver suédois… qui finira par l’emporter. En effet, le 11 février, le fondateur de la philosophie moderne meurt à 54 ans d’une pneumonie, semble-t-il. Si ses écrits ont fait couler depuis beaucoup d’encre, les circonstances de sa mort et le destin rocambolesque de ses restes – en particulier de sa tête… bien faite et bien pleine, on s’en doute – ont suscité également de nombreuses interrogations et quelques doutes.
Tout cela, c’est un peu la faute de Louis XIV, qui ordonne en 1566 que les restes du philosophe soient rapatriés en France. Le crâne disparaît en route, pour passer de main en main pendant deux siècles et atterrir un beau jour au Muséum d’histoire naturelle à Paris, plutôt bien conservé mais recouvert d’inscriptions à la plume, et notamment d’un poème en latin célébrant « le petit crâne – c’est vrai qu’il est modeste – du grand Descartes ». Le squelette, lui, déplacé à de nombreuses reprises, « allégé » régulièrement par des collectionneurs particulièrement fétichistes, termine, dit-on, pour ce qu’il en reste, dans une chapelle de Saint-Germain-des-Prés… Charlier va tenter de reconstituer le puzzle, si l’on peut dire, à l’aide des techniques les plus pointues : scanner, reconstitution faciale, imprimante 3D, recherche géomagnétique, toxicologie… Le crâne est-il vraiment celui du philosophe du « cogito » ? Est-il si petit que cela ? Que peut-on savoir du cerveau qu’il renfermait ? Qu’y a-t-il vraiment sous les dalles de Saint-Germain ? Et au fait, Descartes est-il vraiment mort d’une pneumonie ou a-t-il été empoisonné, comme le prétendent certains historiens depuis quelques décennies ?

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« Marat, Robespierre : les malades de la Révolution ».
© Capa / Matcha

20.50 Marat, Robespierre : les malades de la Révolution

Philippe Charlier, médecin et anthropologue, s’attaque aux deux figures les plus célèbres de la Révolution française : Jean-Paul Marat, surnommé l’Ami du peuple, et Maximilien Robespierre, l’Incorruptible. Tous deux présentaient avant de mourir des signes de maladie. Mais qu’en est-il vraiment ? Son enquête l’emmène au cœur du vieux Paris révolutionnaire, jusque dans les catacombes. Pour les faire revivre, il retrouve leurs masques mortuaires respectifs conservés depuis des siècles dans des musées. L’occasion de découvrir les moulages mortuaires, une étrange pratique très en vogue à la fin du XVIIIe siècle et rendue célèbre par Marie Tussaud. Des masques que Philippe Charlier entend bien utiliser pour faire revivre ces deux grands noms de l’histoire grâce à des reconstitutions faciales.
Pour déterminer les pathologies qui les rongeaient, Philippe Charlier a eu accès à de véritables pièces à conviction des scènes de crime de l’époque : la baignoire dans laquelle Marat a été assassiné et le bureau sur lequel Robespierre blessé a été allongé avant de partir à l’échafaud. Plus de deux cents ans plus tard, l’ADN prélevé va-t-il parler ? Grâce aux dernières techniques scientifiques utilisées par notre « médecin des morts », ce documentaire est un véritable polar à la découverte des derniers secrets de ces deux personnages clés de l’histoire.

21.45 Descartes, autopsie d’un génie

Dans l’une des vitrines du musée de l’Homme, un crâne étrange recouvert d’inscriptions latines repose depuis le XIXe siècle. Il s’agirait du crâne de René Descartes. Mais, depuis des siècles, la question demeure… S’agit-il réellement du crâne du fondateur de la philosophie moderne ? Séparé et conservé à part à la mort du philosophe français, ce crâne, devenu une relique, va au cours des siècles passer de main en main, disparaissant lors de la crue de la Seine en 1910… pour mieux réapparaître. Notre médecin des morts parviendra-t-il à authentifier ce crâne ? Son étude lui permettra-t-elle d’en comprendre davantage sur le génie du philosophe ? L’enquête se poursuit en Suède, où René Descartes meurt en 1650, officiellement victime d’une pneumonie. Mais après avoir été rapatriés en France à la demande de Louis XIV, que sont devenus les précieux ossements du philosophe ? Sont-ils bien dans l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris ?

Documentaires (2 x 52 min - 2021) - Inédit - Sur une idée de Philippe Charlier - Réalisation Dominique Adt - Production Capa et Matcha, avec la participation de France Télévisions

Diffusés dans Science grand format jeudi 18 février à partir de 20.50 sur France 5
À voir et à revoir sur france.tv

Publié le 17 février 2021
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