À qui était destiné le trésor du Rhône découvert à Arles ?

À quelques encablures du centre historique d’Arles, des archéologues ont mis au jour une nouvelle épave datant de l’époque romaine. Ce jeudi à 20.50, sur France 5, « Science grand format » vous invite à participer aux fouilles et à découvrir le résultat de leurs recherches.

Photo d'Arles
« Science grand format : Le Trésor du Rhône » © Éclectic / 2ASM

Là, on voit l’imbrication des tuiles. Elles sont adossées les unes aux autres. C’est un chargement de tuiles avec du bois dessous. L’archéologue, il voit ça, il ne peut que reconnaître une épave (...). On a un chargement de tuiles, on a le bois du bateau et en plus on a un élément de l’accastillage. Cela fait beaucoup d’éléments qui convergent vers quelque chose de très cohérent, très homogène : un bateau qui a coulé avec tout ce qu’il y avait à bord.

Luc Long, directeur de fouilles DRASSM, à propos des premières images d’Arles-Rhône 24 filmées par vingt mètres de profondeur

Le Rhône. Un fleuve sur lequel les navires n’ont cessé de naviguer. Une route maritime empruntée pour relier la Méditerranée au nord de l’Europe. Sur ses rives furent bâties plusieurs villes, dont Arles, qui jouissait d’un emplacement de choix (proximité avec plusieurs axes de circulations : fluvial, routier, maritime). La cité antique doit son essor à Jules César, avant d’être embellie par l’empereur Constantin Ier au IVe siècle. Prisée des Romains, elle était surnommée la petite Rome des Gaules (arènes, amphithéâtre, théâtre, thermes, palais et remparts témoignent encore aujourd’hui de ce riche passé). Son port de commerce, idéalement situé, était très fréquenté. Est-ce la raison pour laquelle autant d’épaves ont été découvertes sur la rive droite ? Où cela vient-il du Rhône, aussi puissant qu’indomptable ? Quelles qu’en soient les origines, ces vestiges du passé offrent un éclairage sur la vie et l’économie de la cité, sur les us et coutumes de ses habitants.

Arles pendant l'Antiquité
« Science grand format : Le Trésor du Rhône »
© Éclectic / 2ASM

 

En archéologie, on travaille sous une forme de carrés. On a un immense carré divisé en quatre carrés, de deux mètres sur deux. Physiquement, on délimite ce carré sous l’eau pour que les plongeurs puissent se repérer, se situer et surtout faciliter le positionnement des objets. L’avantage de faire une cartographie, c’est d’avoir une vue générale du site, que ne peut pas avoir un plongeur, même avec deux mètres de visibilité. (...) [On dispose aujourd’hui] d’une banque de données la plus aboutie sur le Rhône.

Laurent Masselin, archéologue géomaticien

La barge Arles-Rhône 24

La dernière embarcation mise au jour lors d’une expédition sous-marine, dirigée par le DRASSM (Département des recherches archéologiques sous-marines), est une barge à fond plat, longue de dix-huit mètres, au chargement et à l’emplacement intriguant. À l’inverse du chaland Arles-Rhône 3 (visible au MDAA, le musée départemental Arles antique) découvert rive droite comme une vingtaine d’autres, Arles-Rhône 24 a été retrouvé rive gauche, par vingt mètres de fond. Et c’est la première fois qu’une épave est située de ce côté-ci du fleuve. En constatant que les tuiles présentes sur le bateau avaient été volontairement collées entre elles, et ce afin de le stabiliser, les archéologues émettent l’hypothèse d’un chargement d’une grande valeur. Et le résultat des premières fouilles les conforte en ce sens. Une centaine de pièces de monnaie mises au jour dans l’un des carrés permettent d’estimer l’époque à laquelle l’embarcation a coulé et, surtout, elles attestent l’importance du convoi. Sans pour autant en dévoiler le destinataire. À moins que…
D’hypothèses en découvertes, les archéologues finissent par avoir une idée précise de la destination de ce convoi. Vous dévoiler leurs résultats serait comme révéler le nom du coupable dans une série policière. Impensable.
À vous, donc, de prendre part à ces fouilles et aux travaux de restauration. Vous aurez ainsi l’occasion d’en apprendre plus sur les techniques mises au point par le laboratoire Arc-Nucléart, à Grenoble, pour conserver le bois archéologique. Vous comprendrez pourquoi les barges à fond plat sont une spécificité du bassin rhodanien. Vous mesurerez l’ingéniosité des ingénieurs de l’Antiquité en découvrant le pont de bateaux permanent dont la cité s’était dotée et qui en faisait sa fierté. Même la présence du buste de César dans le Rhône ne sera plus un mystère pour vous.

On est passé de la rive droite, avec un groupe de sculptures magnifiques du IVe siècle, vers la rive gauche, où on est encore dans le IVe siècle, l’époque de la prospérité de la ville sous Constantin, avec ce trésor qui nous renvoie à la richesse de la cité, à son économie marine, à sa batellerie. Je crois que le Rhône a encore beaucoup de choses à nous raconter sur la postérité de cette cité. C’est lui qui décide de nous livrer certains de ses trésors. C’est lui qui les reprend. C’est lui qui coule dans les veines de la cité.

Luc Long, directeur de fouilles DRASSM

Aux origines du DRASSM

Dotée d’une législation sur les épaves maritimes dont les principes, fondés sur le droit romain, ont été définitivement consolidés par des ordonnances promulguées sous François Ier, en 1543, puis par Colbert, en 1681, la France a été le premier pays à se structurer en matière de protection du patrimoine immergé.
En créant, dès 1966, la Direction des recherches archéologiques sous-marines, André Malraux a définitivement acté la naissance de cette discipline scientifique jusqu’alors balbutiante.
Devenu Département des recherches archéologiques sous-marines en 1991 et basé jusqu’au 20 décembre 2008 au fort Saint-Jean, à Marseille, ce service a connu une évolution majeure le 4 janvier 1996 en fusionnant avec le Centre national de la recherche archéologique subaquatique (CNRAS). Celui-ci avait été créé le 23 janvier 1980 à Annecy pour assurer la gestion du patrimoine culturel des eaux intérieures (lacs, fleuves, rivières, grottes ennoyées, résurgences karstiques…).
Avec le DRASSM, implanté depuis 2009 sur le port de l’Estaque, à Marseille, la France reste aujourd’hui encore l’un des très rares pays à disposer d’un service doté d’un personnel spécialisé apte à gérer administrativement et scientifiquement les biens culturels gisant sous les eaux.
(Source : ministère de la Culture)

Des plongeurs remontent l'une de leurs découvertes
Luc Long
© Éclectic / 2ASM

Science grand format : Le Trésor du Rhône

Près du centre historique d’Arles, les archéologues du DRASSM s’apprêtent à explorer le lit du Rhône dans le plus grand secret. Par vingt mètres de fond, ces plongeurs émérites font une découverte exceptionnelle : une épave romaine et son précieux chargement. De quoi est composé ce trésor ? À qui était-il destiné ? Comment le bateau s’est-il échoué au fond du fleuve ? C’est une enquête archéologique passionnante que Luc Long et son équipe vont devoir mener.

Intervenants
Luc Long, directeur de fouilles (DRASSM)
Laurent Masselin, archéologue géomaticien
Laure Meunier, restauratrice (Arc-Nucléart)
Marc Guyon, archéologue (INRAP)
Jean-Claude Thiry, numismate
Jean-Claude Golvin, archéologue, architecte
Gérald Savon, chef d’opération Hyperbare
Giorgio Spada, archéologue plongeur
Philippe de Viviès, conservateur (laboratoire A-Corros)
Florian Tereygeol, archéologue (CNRS)
Éric Teyssier, professeur d’histoire
Marc Heijmans, archéologue (Aix-Marseille université)
Jean Guyon, historien
Xavier Delestre, DRAC-PACA

Magazine – Présentation Mathieu Vidard
Documentaire (90 min - 2020) – Auteure et réalisatrice Saléha Gherdane – Conseiller scientifique Luc Long – Images sous-marines Giorgio Spada, Pierre Blanchard et Chrystelle Chary – Images 3D Charles Cochet – Compositeurs David Caroll, David Gana et Laurent Cabrillat (édition Éclectic) –  Production Éclectic et 2ASM, avec la participation de France Télévisions et de Planète +– En partenariat et avec la participation du Centre national du cinéma et de l’image animée – Avec le soutien de la Région Île-de-France

Ce documentaire est diffusé jeudi 25 mars à 20.50 sur France 5
Science grand format : Le Trésor du Rhône est à voir et revoir sur france.tv

Publié le 23 mars 2021
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