Le Morbihan, une « petite mer » à l'avenir incertain

C'est un paradis menacé par le climat (et l'arrivée massive de nouveaux habitants). Un département breton qui subit de plein fouet les changements météorologiques. Tempêtes, montée des eaux et réchauffement des températures imposent aux Morbihannais de repenser le futur de leur territoire. Nombreux sont ceux à l'avoir compris et accepté. La preuve dans ce nouvel inédit de « Sale temps pour la planète » diffusé mercredi à 20.50 sur France 5.

« Sale temps pour la planète : Morbihan, les défis de la petite mer ». © Elle est pas belle la vie !

L'île d'Er-Lannic, qui est une petite île du centre du golfe du Morbihan, est un témoin de l'histoire de l'homme face au changement du climat. Le golfe du Morbihan s'enfonce progressivement. À peu près de un millimètre par an. Depuis 5 000 ans que les pierres ont été montées, l'eau est montée de cinq mètres. Cinq mètres, c'est toute la Bretagne sud qui s'enfonce progressivement, en même temps que la Bretagne nord et surtout l'Angleterre remontent depuis la fin de la glaciation.

Laurent Labeyrie, ancien membre du Giec, directeur de recherche au CNRS, océanographe et membre fondateur de l’association Clim’Actions Bretagne Sud

Est-il encore temps de vouloir seulement panser les blessures infligées par les tempêtes, les crues, la montée des eaux, les incendies et le réchauffement des températures ? Cette question, nous pouvons nous la poser au regard des derniers soubresauts climatiques survenus sur la côte ouest de l'Amérique du nord, en Europe occidentale et au cœur du continent asiatique.

En Bretagne comme ailleurs, les aléas météorologiques impactent le quotidien de ses habitants et les infrastructures existantes. Sur le littoral et les îles du Morbihan, il ne se passe pas une année sans qu'il faille renforcer les digues, préserver les tombolos, installer des murs de pierre ou de béton pour protéger les maisons construites aux portes de l'eau. Mais, la mer n’a cure de ces installations et continue à chaque tempête ou grande marée de s'infiltrer et de fragiliser ces défenses érigées par l'homme des temps modernes. Au large des côtes, sur les îles, le constat est identique. L'érosion due à la submersion est omniprésente, menaçant végétation, terre, chemins et digues. « Avec le réchauffement climatique actuel, explique l'océanographe Laurent Labeyrie, l'eau va continuer à monter. En plus de cette submersion du golfe [du Morbihan]. Les grandes conséquences de cette montée de l'eau, c'est que l'érosion, du coup, attaque des terres qui jusqu'à présent étaient parfaitement utilisables. » Des parcelles autrefois cultivées ou en zone marécageuse victimes de leur emplacement, et sur lesquelles des lotissements, une succession de demeures ou des campings, ont vu le jour. À l'époque, sans doute, minimisait-on les risques encourus à vouloir ainsi défier la nature en s'installant au plus près de la côte. Le 10 mars 2008, la tempête Johanna a déversé ses larmes sur la presqu'île de Gâvres. Une centaine de maisons et toutes les rues furent inondées. Que faire si la situation se répétait ? Évacuer, comme d'autres l'ont imaginé ? L'ex-conseillère à la mairie de Damgan, Véronique Kedzierski, fut notamment en charge des dossiers liés à l'érosion côtière et à l'adaptation au changement climatique. Durant son mandat, le conseil municipal décida de passer un terrain « en PLU, en zone de repli, si jamais certains quartiers de la commune ne [pouvaient] plus être habités à cause des faits de submersions et de la remontée du niveau de la mer ».

Île du Golf du Morbihan
« Sale temps pour la planète : Morbihan, les défis de la petite mer ».
© Elle est pas belle la vie !

On est tributaire de la nature. Donc tout ce qui est pêche, conchyliculture, mytiliculture, moules ou huîtres, on sera les premiers en mer à être impactés par le changement climatique. L'eau de mer va chauffer. Est-ce que les coquillages vont tenir ? C'est pas sûr.

Joël Métayer, ancien mytiliculteur de Pénestin

Envisager le futur plutôt que de le subir

Et que dire à ceux qui vivent de la mer quand celle-ci affiche des températures plus élevées ?  C'est tout un monde qui doit revoir, modifier, adapter ses habitudes face à un changement irréversible. On pourrait croire qu'entre les algues vertes, l'envasement, l'ensablement et le réchauffement, les défections s'accélèrent. Il n'en est rien pour l'instant, mais si les conditions ne permettent plus de vivre décemment et d'obtenir un salaire digne, alors c'est certain, les bateaux resteront à quai, tandis que les parcs à huîtres et les piquets à moules n'abriteront plus qu'algues et étoiles de mer. À ceux qui pointeraient du doigt la surexploitation des ressources, sachez qu'ils sont rares à rechercher le rendement avant tout. Leur démarche s'inscrit dans le long terme, tant ils sont conscients qu'un tel bien peut à tout moment se tarir.

Je prends ce que la nature nous donne quand elle nous le donne.

Anne-Marie, à la tête de la ferme de Keruzerh, sur la commune de Locoal-Mendon

Sale temps pour la planète : Morbihan, les défis de la petite mer

La légende affirme que le golfe du Morbihan compte autant d’îles qu’une année de jours. Autant de territoires et de paysages sauvages pour un département qui porte le nom de Morbihan (« petite mer », en breton). Attachés à ce pays, ses habitants vivent des richesses de la terre et de l’océan. Un monde qui évolue au rythme du climat et de ses colères… Routes détruites, dolmens qui prennent l’eau, presqu’îles coupées du continent. Pourtant, habituées aux soubresauts de la mer, les populations sont, aujourd’hui, en première ligne des bouleversements climatiques. Nombre d’entre eux font le choix de s’adapter, plutôt que de subir, en prenant le parti de modes de vie alternatifs et durables. Un eldorado qui verrait sa population augmenter de 250 000 habitants d’ici à 2050 (d'après l'INSEE), en raison des changements climatiques dans le sud de la France.

Documentaire (52 min - inédit) – Réalisation Morad Aït Habbouche – Production Elle Est Pas Belle La Vie ! et MAH Production, avec la participation de France Télévisions

Le documentaire est diffusé mercredi 28 juillet à 20.50 sur France 5
Sale temps pour la planète : Morbihan, les défis de la petite mer est à voir et revoir sur france.tv

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