Est-ce que nous vivons le début de la fin ? Il faut voir « Le Monde en face »

Regarder le monde tel qu’il est et la possibilité de son effondrement peut effrayer, surtout en cette période de pandémie. Le documentaire « Effondrement ? Sauve qui peut le monde » présenté dans « Le Monde en face » nous propose de découvrir les différentes manières, choisies par certains, pour se préparer à la fin supposée de notre civilisation. Il sera suivi par un débat mené par Marina Carrère d’Encausse. Mardi à 20.50 sur France 5.

Pablo Servigne, ingénieur agronome
Pablo Servigne a popularisé le concept de collapsologie. © Electron Libre / Match Prod

L’histoire regorge de théories apocalyptiques aussi farfelues que métaphysiques ou pseudo-scientifiques. Pourtant, ne faut-il pas se rendre à l’évidence ? Notre écosystème ne pourra pas supporter plus longtemps le mode de vie de nos pays développés. De la surpopulation, la surconsommation, l’industrialisation, nous connaissons les causes, mais ne mesurons pas encore bien les conséquences. Cependant, la pandémie actuelle, les incendies catastrophiques en Australie, les îles submergées du Pacifique donnent déjà une idée édulcorée de ce que pourrait être le XXIe siècle si on ne réagit pas. 
Le grand reporter Alfred de Montesquiou (prix Albert-Londres 2012) et le journaliste, auteur de plusieurs romans et essais Julien Blanc-Gras sont allés à la rencontre de ceux qui pensent anticiper et se protéger d’un cataclysme. Ces solutions peuvent séduire, selon la philosophie de chacun…

I will survive*
Pour commencer, au Kansas, le survivaliste Larry Hall a construit un bunker ultra-luxe en copropriété. Hyper-sécurisée, sa pyramide des temps modernes possède tout l’équipement pour répondre à une attaque de zombies ou à un caprice de star hollywoodienne pendant mille ans. Un comportement que le psychologue Pierre-Éric Sutter explique : « Le survivaliste est un Occidental angoissé n’ayant pas de problème au présent. Alors il projette ses angoisses sur l’avenir. » En Suisse, où les théories survivalistes ont été importées par la mouvance d’extrême droite, son homologue Piero San Giorgio préfère le grand air de sa base autonome durable (B.A.D.), ou « ferme », version équipée de fusils de l’armée suisse.  
À New York, les réalisateurs ont ouvert le sac à dos du pompier Jason Charles, toujours prêt à fuir à la campagne en mode Rambo des bois. Fondateur des preppers urbains, il brandit son cran d’arrêt de 30 centimètres censé le protéger si jamais « ça chie dans le ventilo ! » – comprenez si le chaos le force à quitter la ville. Le sociologue Bertrand Vidal explique que cette typologie de personnes fantasme l’arrivée du cataclysme, qui leur donnerait enfin raison et ainsi les valoriserait face aux crédules. Mais, on le sait, la peur n’évite pas le danger, alors certains visiteurs du Salon du survivalisme de Paris cherchent à tester leurs limites en s’inscrivant à des stages de survie genre Koh-Lanta… les varans carnivores en plus. Dans son ensemble, le survivalisme ne dépasse pas la peur d’un effondrement mais essaye de préserver son mode de vie. 

Nous sommes un mouvement de légitime défense. Nous sommes le système immunitaire de Gaïa qui se réveille. 

Pablo Servigne, théoricien de l’effondrement

Dans les pommes
En revanche, les collapsologues se servent de cette peur comme d’un moteur pour agir et tenter de contrer la catastrophe (théorie de Hans Jonas sur l’heuristique de la peur). Dans les Cévennes, on apprend à dompter la permaculture et le low tech avec Boris Aubligine, fondateur d’Etika Mondo : « L’abattement n’a pas de place, des solutions existent. Et si ça ne marche pas, on aura eu la dignité de le faire », explique-t-il depuis son potager. Recréer une nouvelle société, un nouveau système de valeurs implique pour certains un engagement plus actif. Pablo Servigne, ingénieur agronome de formation, à qui on attribue le terme de « collapsologie », pense qu’« il y a une incompatibilité radicale entre notre système économique et politique et la biosphère. L’un des deux doit mourir ». Toute une génération se reconnaît dans ce mouvement, mais Sixtine Dano y a même rallié sa mère et ses sœurs. À l’instar de nombreux jeunes, elle éduque ses parents. Ces actions militantes qui fleurissent, Virginie Raisson, géopolitologue, les explique : « Le système politique est très compliqué, d’où la nécessité d’une importante mobilisation citoyenne universelle. »

Avant la pandémie de Covid-19, six Français sur dix croyaient déjà à l’effondrement et on dénombrait sur Internet plus de 11 millions de vidéos consacrées à l’Apocalypse. Alors, devons-nous tous nous y préparer ? Comment ? Les nombreux intervenants** de ce documentaire offrent différentes pistes de réflexion. Parmi elles, celle de Bertrand Vidal, sociologue : « Nous sommes dans un monde fini, mais on peut créer de la collaboration infinie. » À méditer. 

* Je survivrai, chanson interprétée par Gloria Gaynor.
** Pierre-Éric Sutter, psychologue, spécialiste de l’effondrement. Virginie Raisson, géopolitologue. Bertrand Vidal, sociologue, spécialiste du survivalisme. Yves Cochet, ministre de l’Écologie du gouvernement Jospin. Jean Jouzel, climatologue, vice-président du Giec (2002-2015). Anne-Catherine Prevot, biologiste au CNRS. Pablo Servigne, ingénieur agronome, théoricien de l’effondrement. 

Effondrement ? Sauve qui peut le monde 

Notre monde est-il périssable ? À l’heure où la crise sanitaire révèle la fragilité de notre modèle de société, la crainte d’un effondrement de notre civilisation gagne du terrain. Longtemps marginale, l’inquiétude effondriste est, aujourd’hui, portée par le changement climatique, le saccage de la planète et les nouvelles pandémies. Ils sont survivalistes, preppers, collapsologues ou éco-activistes. Certains avaient prévu la situation actuelle, d’autres voient dans ce basculement une opportunité pour rebâtir un système plus sain. Cette enquête, réalisée par l’écrivain Julien Blanc-Gras et le grand reporter Alfred de Montesquiou, nous emmène sur trois continents pour comprendre comment se développe ce mouvement et comment il est devenu un acteur incontournable de notre époque. Face à un futur incertain, ces effondristes peuvent-ils passer de la peur à l’action constructive ? Peuvent-ils proposer des solutions pour le monde qui vient ?

Documentaire (70 min - 2020) - Réalisation Alfred de Montesquiou et Julien Blanc-Gras - Production Electron Libre et Match Prod, avec la participation de France Télévisions 

Après la diffusion du documentaire, Marina Carrère d’Encausse propose un débat avec quatre invités.


Effondrement ? Sauve qui peut le monde est diffusé mardi 12 mai à 20.50 sur France 5
À voir et à revoir sur france.tv

#LMEF  |  @lemondeenface 

Publié par Diane Ermel le 11 mai 2020
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