« Recherche Merkel désespérément » : portrait d’une énigme devenue icône sur France 5

Comment une femme, spécialiste de la chimie quantique en Allemagne de l’Est, a-t-elle pu accéder à la tête du très masculin parti conservateur allemand et se faire élire quatre fois consécutivement à la tête d’une puissance mondiale ? Pour percer le mystère Merkel, la journaliste Marion Van Renterghem a rencontré ceux qui l’ont côtoyée au plus près, depuis ses amis les plus fidèles jusqu’aux dirigeants étrangers. Un portrait suivi d’un débat dans « Le Monde en face » dimanche 3 octobre à 20.55.

« Recherche Merkel désespérément » © Getty Images

Angela Merkel quitte le pouvoir, après seize années à la tête de l’Allemagne et au sommet de sa popularité. Son style unique, son hostilité aux artifices de la communication et à la moindre mise en scène de sa vie privée la rendent insaisissable. Pour mieux la comprendre, Marion Van Renterghem s’est placée au plus près d’Angela Merkel en rencontrant les proches et les témoins directs de la chancelière.

« J’aimerais m’engager : j’ai l’impression que pour la première fois on peut faire plus que rêver une alternative, on peut penser et agir alternativement. » Ainsi commence la carrière politique d’Angela Merkel qui se présente pour la première fois à Rainer Eppelmann, leader du petit parti Renouveau démocratique. Il est pasteur protestant comme son père, qui quitta l’Allemagne de l’Ouest pour s’installer à l’Est avec sa famille pour découvrir l’expérience socialiste. « Une chose presque inconcevable… Mais chez les protestants, tout est possible ! » s’amuse le cinéaste Volker Schlöndorff, ami de la future chancelière. 
À 35 ans et à l’aube d’une Allemagne réunifiée, la brillante étudiante et chercheuse va, à sa façon discrète mais intelligente et déterminée, gravir les échelons au sein de la CDU jusqu’à devenir celle que l’on n’attendait pas, surtout les hommes. « Ce monde de mecs ne voulait pas que cette femme arrive au pouvoir », s’indigne Alice Schwarzer, figure du féminisme et directrice de la revue Emma. À 51 ans, elle devient la première femme chancelière, ayant toujours en tête la phrase de la Bible que lui répétait son père : « Dans la tranquillité, dans la confiance, sera votre force. » 
La réalisatrice est partie à la rencontre des témoins directs : de ceux qui l’ont côtoyée dans sa jeunesse à ses plus proches collaborateurs, de ses amis les plus fidèles aux dirigeants étrangers, tels que Nicolas Sarkozy, François Hollande, Tony Blair ou encore Ursula von der Leyen. Elle dresse un portrait vivant et « pop » de cette fille de pasteur arrivée en politique comme un ovni, et qui en sort comme une icône mondiale.

Extraits

« Tous les symboles du pouvoir, tous ces clichés de l’exercice du pouvoir, ça ne l’intéresse pas du tout. »
Ulrich Matthes, un ami acteur

« Sa plus grande motivation, c’était son père. »
Hartmut Hohensee, ami d’enfance

« Angela Merkel est très loyale, elle s’attache aux gens très longtemps et ça lui donne du crédit. »
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et ancienne ministre des Femmes du gouvernement d'Angela Merkel

« Elle était tout à fait différente des autres chanceliers que j’ai rencontrés : très calme, beaucoup moins affirmée, mais avec une autorité tranquille. »
Tony Blair

« Elle gère de manière très prudente, elle n’est pas péremptoire mais elle n’a pas beaucoup d’imagination politique… C’est ça Merkel ! Il y a des moments où justement l’Europe avait besoin d’initiatives fortes. » 
Daniel Cohn-Bendit

« Elle accepte de remettre en cause ce qui était un tabou jusque-là mais elle va demander des contreparties. »
François Hollande

« Poutine l’a sous-estimé un peu mais pas après quelque temps, car c’était évident qu’elle était absolument préparée à avancer les intérêts de l’Allemagne et les valeurs de l’Europe. »
Tony Blair

« Un grand leader, c’est aussi un leader qui évolue, qui accepte d’apprendre. De ce point de vue-là, Merkel nous donne quelques leçons. » 
Clément Beaune, secrétaire d’État aux Affaires européennes

« Rien que par son incarnation de l’Europe, elle est une grande Européenne. » 
Nicolas Sarkozy

« Recherche Merkel désespérément »
« Recherche Merkel désespérément »
© AFP Photo / Odd Andersen

Recherche Merkel désespérément

La bande-annonce

« Angela Merkel va nous manquer à tous, et en particulier à moi, qui l’observe et écris sur elle depuis plus de dix ans. La chancelière allemande me fascine parce qu’elle est absolument différente de tous les dirigeants occidentaux : par sa longévité à la tête du gouvernement, par son absence de vanité, par le style de son leadership fait d’une autorité sans charisme. Par le fait, aussi, qu’elle incarne un moment-clé de notre histoire européenne, de l’euphorie née avec la chute du mur de Berlin aux replis nationalistes et aux doutes qui minent les démocraties d’aujourd’hui. Angela Merkel est une dirigeante morale et les clés de son énigme sont à chercher du côté de sa formation en Allemagne de l’Est. C’est cette dirigeante unique et extraordinairement romanesque que j’ai voulu comprendre et raconter. » Marion Van Renterghem

Documentaire
(90 min - 2021) – Réalisation Marion Van Renterghem – Production Magnéto Presse, avec la participation de France Télévisions

Après la diffusion de ce documentaire, Mélanie Taravant propose un débat autour de la thématique « Allemagne, les défis de l’ère post-Merkel » avec ses quatre invités :
Marion Van Renterghem, grand reporter et réalisatrice du documentaire ; Birgit Holzer, correspondante de presse à Paris pour plusieurs médias allemands ; Sylvie Matelly, économiste, directrice adjointe de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) ; et Pierre Haski, journaliste, assure la chronique géopolitique du 7/9, la matinale de France Inter.

Diffusion dans Le Monde en face, présenté par Mélanie Taravant, dimanche 3 octobre à 20.55 sur France 5
Recherche Merkel désespérément est à voir et revoir sur france.tv

En savoir plus sur Marion Van Renterghem

Lauréate du prix Albert-Londres et grand reporter au Monde pendant de longues années, Marion Van Renterghem est maintenant journaliste indépendante et auteure. Elle collabore au quotidien The Guardian et à l’hebdomadaire The New European, et tient une chronique sur l’Europe dans L’Express. Elle vient de publier C’était Merkel, son deuxième livre sur la chancelière allemande, aux éditions Les Arènes, ainsi qu’un long rapport pour l’Institut Montaigne, avec Alexandre Robinet-Borgomano, sur le bilan des années Merkel et les nouveaux enjeux de l’Allemagne : « L’Allemagne après Merkel ». Sa série d’articles parus dans Le Monde sur Angela Merkel lui ont valu de recevoir le prix Louise-Weiss du journalisme européen et le Prix franco-allemand du journalisme. Son premier livre sur la chancelière, L’Ovni politique, a reçu le prix Simone-Veil. 

Commentaires