« Quartiers Pop » : le tour des tours de France

Et si on regardait la banlieue autrement ? Pas de clichés mais les quartiers filmés par des jeunes journalistes qui en sont issus ! Proposé par les antennes régionales de France 3, ce nouveau magazine multi-supports propose des reportages variés, étonnants, sociaux ou pop, courts mais toujours à longue portée. Sur france.tv.

 

Raconter des parcours de réussite, visiter des sites architecturaux étonnants, proposer des portraits de personnes qui innovent, s’entraident, échangent, créent, avec bienveillance et respect, voir du pays, découvrir notre territoire et ses habitants d’une façon inédite, inattendue et positive, c’est l’ambition de Quartiers Pop. Issus de diverses formations, les journalistes et techniciens qui collaborent à ce magazine ont grandi et ont été formés dans des territoires où l’accès à l’enseignement du journalisme est marginal. Les jeunes qui y vivent pensent trop souvent que l’audiovisuel « n’est pas pour eux ». Quartiers Pop veut prouver précisément le contraire, images à l’appui : ces parcours et cette approche des sujets créent l’identité du programme, lui donnent sa force et sa singularité. À travers ce nouveau programme, les régions de France 3 pérennisent leur mission d’accès aux médias pour l’ensemble des Français.

Olivier Drouot, producteur (La Belle Télé) : « “Quartiers Pop” veut tendre un miroir plus fidèle aux habitants des banlieues »

Comment est né Quartiers Pop ?
Olivier Drouot : À l’origine de ce magazine, il y a d’une part un projet éducatif porté par Guillaume Villemot au sein de la défunte Agence des quartiers : former des jeunes issus des banlieues françaises aux métiers de l’audiovisuel et de l’information. Et d’autre part l’idée de concrétiser ce projet à travers un programme et une collaboration avec France Télévisions. Nous avons produit fin 2021, avec d’anciens élèves de cette école, un pilote composé de trois sujets qui a enthousiasmé Vincent Robert, délégué à l’antenne et aux programmes, et Thierry Beck, délégué à la communication de France 3 Hauts-de-France. Ils ont été à la fois convaincus et convaincants puisque aujourd’hui 11 antennes régionales de France 3 participent à ce programme.

À quoi ressemble Quartiers Pop ? Comment qualifiez-vous ce format ?
O. D. : C’est un format un peu hybride qui concilie sur la forme Internet et la télévision. C’est lié à une particularité originale de ce programme, celle d’être d’abord éducatif pour ceux qui le font. Les membres de l’équipe n’ont pas eu le parcours jugé classique par le monde de la télévision. Nous les formons à la réalisation, au montage, nous leur offrons des conditions professionnelles, un cadre de production, ensuite, à eux de s’exprimer comme des jeunes gens de leur âge, d’expérimenter, de mélanger caméra et smartphone, d’apporter leur culture digitale, leurs intuitions et une approche cool, spontanée. Dans une époque où YouTube et les réseaux sociaux ont imposé un contenu surabondant et pas toujours cohérent, il s’agit d’utiliser les outils d’aujourd’hui mais en y mettant du sens, sans compromis sur l’éditorial. L’enjeu reste de produire un programme susceptible d’être regardé par des téléspectateurs de tous âges.

Sur le fond, Quartiers Pop obéit également à un parti pris fort et singulier.
O. D. : C’est l’autre grande ambition de ce projet. C’est aujourd’hui pour beaucoup, y compris pour les institutions et les pouvoirs publics, une nécessité impérieuse : réhabiliter, sinon la banlieue, au moins l’image qu’on en a trop souvent. Cela signifie traiter de sujets qui concernent au quotidien près de six millions de Français vivant dans ce qu’on appelle les cités, les quartiers, l’habitat social périphérique, etc., et montrer à ceux qui n’y vivent pas qu’il ne s’y passe pas que des choses négatives, dramatiques dans une atmosphère criminogène et une ambiance d’impasse sociale. Quartiers Pop veut le faire sans naïveté mais avec la conviction qu’on peut tendre un miroir moins déformant, plus fidèle aux habitants des quartiers, à leur vie quotidienne. Pour nous, il n’y a pas de « territoires perdus ». Bien sûr qu’il y a des situations compliquées, des drames, etc., mais il y a aussi des gens formidables, des initiatives, des entreprises collectives. Malheureusement, les équipes de télévision qui tournent en banlieue ne le font souvent que lorsqu’il y a le feu. La singularité de Quartiers Pop, grâce à nos jeunes journalistes, c’est sans doute un regard moins stéréotypé, moins dramatique, plus intime, une approche plus susceptible de faire tomber les barrières de la méfiance, plus attentive aux interstices sociétaux qui échappent souvent aux médias. Le quartier de La Castellane à Marseille ? Trafic de drogue ? Oui, mais nous y avons réalisé un reportage sur une famille qui a monté un club d’équitation au pied des tours. Et ce garage solidaire en Corse ? Et cette association en Normandie qui aide les femmes à passer leur permis de conduire ? Cette autre à Grigny qui apprend la musique classique aux gamins ? Ce gars à Reims qui collecte et archive la mémoire des habitants de son quartier ? Il y a une vitalité, une inventivité dont on parle trop rarement.

Mi-magazine, mi-collection, Quartiers Pop, ce sera combien de numéros ?
O. D.: Pour le moment 30 modules, diffusés à raison d’un par semaine. Ils seront ensuite regroupés par thématiques – architecture, reconversions, environnement, sport, culture, portraits – pour former six films documentaires de 26 minutes. Bien entendu, je rêve que ce programme s’inscrive dans la durée et puisse continuer à proposer encore d’autres histoires, d’autres portraits mais aussi à former encore bien d’autres jeunes journalistes.

Propos recueillis par Christophe Kechroud-Gibassier

L’équipe de « Quartiers Pop » 

  • Aïssatou Faty
  • Ibrahim Benaissa
  • Nassim Boudraa
  • Rokia Dosso

« Quartiers Pop »

Magazine – Produit par les antennes régionales de France 3 & La Belle Télé

Diffusion sur france.tv

Publié par Christophe Kechroud-Gibassier le 04 août 2022
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