Portrait inédit : « Jean-Michel Basquiat, artiste absolu » sur France 5

Ce documentaire propose une véritable relecture de la vie et de l’œuvre de l’artiste new-yorkais Jean-Michel Basquiat autour de ses origines familiales caribéennes et de son voyage fondateur en Afrique. Il permet de redécouvrir cet artiste majeur du XXe siècle à travers des interviews de ses proches, de spécialistes de son œuvre, et des archives rarement vues. Vendredi 24 juin à 22.40 sur France 5.

« Jean-Michel Basquiat, artiste absolu » © Maripol

Plus que tout, son identité profonde, c’était être noir.

Al Diaz, artiste graffeur

« J’ai grandi dans le grand vide américain, devant la télévision principalement. » Élevé aux États-Unis, Jean-Michel Basquiat est le fils d’un Haïtien et d’une Portoricaine. Il ne cessera tout au long de sa vie d’explorer cette identité qui puise dans l’histoire des origines du peuple noir américain.

« Basquiat était comme une antenne toujours connectéedevant une télé allumée, un livre à la main, écoutant de la musique, tout ça en même temps, se souvient Michael Holman, musicien, historien du hip-hop, cofondateur du groupe Gray. Il pouvait déconstruire toutes sortes d’influences et créer quelque chose de nouveau, de totalement inattendu. » Dans le downtown du New York des années 1980, il devient rapidement une figure du monde de l’art. « C’était une sorte de paradis pour les artistes… tout le monde était là et cela dans un tout petit périmètre. » Andy Warhol deviendra bientôt un guide, un repère et un projecteur pour lui. Al Diaz, artiste graffeur, est son ami depuis l’école : « Il disait : “Je vais devenir un artiste reconnu et je vais mourir jeune…”, et c’est exactement ce qui s’est passé ! »Avec lui, il crée les fameux graffs SAMO – SAMe Old shit – où s’expriment déjà les symboles et les signes intégrés dans son travail conceptuel. « Ces courtes phrases énigmatiques et poétiques te faisaient t’arrêter et réfléchir, explique Michael Holman. C’était pas un graffeur quelconque, c’était un vrai poète. »

« Defacement » de Jean-Michel Basquiat
« Defacement – The Death of Michael Stewart », 1983 (détail)
© DR

Avec Holman, il crée le groupe Gray, qui expérimente toutes sortes de sons. « La musique est partout chez Basquiat, souligne Dieter Buchhart, commissaire d’exposition. Certaines de ses œuvres sont comme des poèmes sonores. » Holman se souvient : « Il écoutait énormément de jazz pendant qu’il peignait mais il aimait tous les genres de musique… il voulait représenter le son. » 
Mais ce qui sous-tend avant tout son œuvre, c’est son identité noire. « Basquiat a toujours été très conscient de sa place en tant que jeune Noir dans un monde de l’art majoritairement blanc », rappelle le musicien producteur Terrace Martin. Le meurtre de son ami noir Michael Stewart, étranglé par la police, dans l’Amérique de Reagan, va le marquer profondément. « Il a dit : “Mon œuvre est constituée à 90 % de colère”, affirme Dieter Buchhart. Mais il y a aussi de la peur après le meurtre de Michael Stewart. » Influencé par l’œuvre de Robert Thompson – « révolutionnaire » –, Basquiat s’immerge dans les origines. « On voit la présence de l’Afrique – ses systèmes religieux, ses histoires, ses questions politiques – se matérialiser dans l’œuvre de Jean-Michel Basquiat », explique Jordana Moore Saggese, professeure d’histoire de l’art américain. Pour Dieter, ses tableaux parlent de l’émancipation de ses personnages et de la sienne. « Il a commencé à tracer des lignes très claires entre le passé, le présent où il subissait le racisme ordinaire et le futur. » Selon le réalisateur Eric Justin Johnson, « il y a l’aspiration de retrouver à l’intérieur de soi cette connexion avec l’Afrique, et ensuite de l’exprimer d’une façon créative. Je crois que Jean a réussi à retrouver cette connexion et à puiser dedans ».
Il réalise son premier voyage en Afrique, en 1986, où il expose en Côte d’Ivoire, et parcourt le pays. Le second, au cours duquel il devait effectuer un rituel de purification pour se libérer de ses addictions, n’aura pas lieu. Il meurt d’une overdose à la veille de son départ…

A-L F.

On ne peut pas dire d’un tableau de Basquiat : c’est joli, c’est mignon, c’est beau. Non ! c’est bouleversant, troublant et révélateur.

Jean-Charles de Castelbajac, créateur de mode, artiste

Jean-Michel Basquiat, artiste absolu

« Jean-Michel Basquiat, artiste absolu »
« Jean-Michel Basquiat, artiste absolu »
© Maripol

Avec la participation de
Dieter Buchhart (commissaire d’exposition), Kevin Bray (réalisateur), Pablo Calogero (musicien), Jean-Charles de Castelbajac (créateur de mode, artiste), Al Diaz (artiste graffeur), Jeffrey Deitch (directeur de galerie), Alvin Fields (chanteur compositeur), Lizzie Himmel (photographe), Michael Holman (musicien, historien du hip-hop, cofondateur du groupe Gray), Eric Justin Johnson (réalisateur), Cathleen McGuigan (journaliste), Maripol (productrice du film Downtown 81), Jordana Moore Saggese (professeure de l’histoire de l’art américain, Maryland), Ed Steinberg (producteur, galériste), Leisa Stroud (amie) et James Noël (poète haïtien)pour le commentaire

Documentaire (2022 - inédit) – Réalisation Pierre-Paul Puljiz – Voix off James Noël– Animation Carlos Rivero – Production Tamara Films, avec la participation de France Télévisions 

Jean-Michel Basquiat, artiste absolu est diffusé dans la case culture Aux arts et caetera vendredi 24 juin à 22.40 sur France 5
Documentaire à voir et revoir sur france.tv

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