Photographe : nom féminin

Culturebox met la photo à l’honneur à travers une soirée et trois documentaires consacrés à des femmes photographes. Et pour commencer, le beau portrait inédit – entre déambulations et conversations – de l’immense Sabine Weiss, disparue en décembre dernier, réalisé par Franck Landron. Mardi à partir de 21.10 sur Culturebox.


Une vieille femme appuyée contre un mur, dans un couleur de métro ; un petit mineur de 13 ans, le visage noirci ; un cul-de-jatte qui traverse la rue accompagné de son chien ; un cheval qui rue dans un terrain vague enneigé ; un marchand ambulant de balais ; une petite Égyptienne au sourire éblouissant ; le poète André Breton ; des jeux sur une plage de Bombay ; des gamins, des gamins, encore des gamins, qui jouent, qui chahutent, qui rêvassent, qui fixent l’objectif… Les images de Sabine Weiss peuplent notre imaginaire, souvent  plus célèbres qu’elle. Cela ne lui déplaisait pas. Pendant longtemps, la dernière survivante de ce que l’on a appelé – sans doute de façon un peu facile – la « photographie humaniste », trop souvent éclipsée par Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Willy Ronis, Édouard Boubat ou Brassaï, n’éprouva ni besoin ni envie de faire des expositions. Ses photos étaient publiées dans des magazines du monde entier, elles étaient vues, c’était bien suffisant.
Une ironie et modestie sans doute très suisses – elle était née à Saint-Gingolph en 1924 – qui lui faisaient récuser le terme d’art pour désigner son travail – alors qu’au simple coup d’œil ses photos révèlent un sens du cadre et du moment absolument génial. L’art, cela convenait pour son mari, le peintre américain Hugues Weiss (1925-2007), elle, disait-elle, n’avait aucune imagination et témoignait simplement de ce qu’elle voyait. Pourtant, comme le lui fait remarquer la critique d’art russe Olga Sviblova, dans le documentaire de Franck Landron, « aucune de tes images n’existe dans la réalité, c’est ton regard qui invente cela, qui imagine ». C’est bien de cela dont il est question : le regard jamais rassasié et toujours bienveillant de Sabine Weiss qui l’entraînait souvent vers les solitaires, les paumés, les désorientés, les désabusés, sa capacité à les aborder avec douceur et avec respect pour rendre leur dignité à nos existences ordinaires.

Je pensais qu’une photo forte devait nous raconter une particularité de la condition humaine. J’ai toujours senti le besoin de dénoncer avec mes photos les injustices que l’on rencontre... Je n’aime pas les choses très éclatantes mais plutôt la sobriété… Il ne s’agit pas d’aimer bien, il faut être ému. Je photographie pour conserver l’éphémère, fixer le hasard, garder en image ce qui va disparaître : gestes, attitudes, objets qui sont des témoignages de notre passage. L’appareil les ramasse, les fige au moment même où ils disparaissent.

Sabine Weiss

21.10 Sabine Weiss, une vie de photographe

Dans ce documentaire, le réalisateur Franck Landron suit la photographe à travers ses différentes voyages : à Moscou, en Inde, à Marseille. « Je voulais la filmer en train de travailler… Je voulais la filmer simplement, le plus simplement possible, prendre le temps, me faire oublier, m’effacer, la montrer au travail et recueillir sa  parole. » Sabine Weiss photographiait ce qu’elle voyait. Elle cherchait à représenter l’atmosphère, la sensibilité des gens.

Documentaire (52 min – 2012) – Réalisation Franck Landron – Production Les Films en Hiver 

22.05 Jenny de Vasson, le miroir inversé

La photographe française Jenny de Vasson est l’une des premières femmes dans l’histoire de la photographie française à posséder un ensemble d’images aussi important de la vie quotidienne au début du XXe siècle. À la veille de sa mort, elle fait détruire par le feu toute sa production littéraire, qu’elle considère sans valeur. Elle garde les milliers de photographies qu’elle a prises entre 1900 et 1920, année de son décès à l’âge 47 ans. Les plus de 5 000 clichés réalisés par Jenny de Vasson sont restés oubliés jusqu’en 1982 au fond d’une armoire de l’abbaye de Varennes, proche de La Châtre, dans l’Indre, où elle vécut. À cette date, Gilles Wolkowitsch, descendant des héritiers de la photographe, les sort de l’ombre pour les présenter dans une première exposition. Aujourd’hui, elle est considérée comme l’une des premières Françaises à avoir réalisé une œuvre photographique. Plusieurs expositions et l’intérêt de musées réparent cet oubli.

Documentaire (52 min – 2021) – Réalisation Pascal Guilly – Production Thierry GautierTGA Production, France 3 Centre-Val de Loire

23.00 À la recherche de Vivian Maier 

L’incroyable histoire d’une mystérieuse inconnue, photographe reconnue aujourd’hui comme l’une des plus grandes street photographers du XXe siècle. Née à New York, d’une mère française, avant de résider à Chicago, Vivian Maier était inséparable de son Rolleiflex et prit tout au long de son existence plus de 100 000 photographies sans jamais les montrer. Pour être libre d’exercer son art quand elle le voulait, Vivian Maier fut une nounou excentrique toute sa vie. Cachées dans un garde-meuble, c’est par hasard que John Maloof mit la main sur les photos de Vivian Maier en 2007. Depuis, il n’a cessé de chercher à mettre en lumière son travail et les expositions se multiplient partout dans le monde.

Documentaire (80 min – 2013) – Réalisation et scénario John Maloof et Charlie Siskel – Production Dean Medias

Diffusion mardi 7 juin à partir de 21.10 sur Culturebox
À voir et à revoir sur france.tv

Publié le 03 juin 2022
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