« Parlement » : la série politiquement (pas) correcte

Un jeune assistant parlementaire naïf et maladroit part à la découverte des arcanes des institutions européennes au lendemain du Brexit. C’est satirique et jubilatoire. Coproduction européenne entre la France, la Belgique et l’Allemagne, casting international, « Parlement » est la première série inédite de fiction produite pour une diffusion en exclusivité sur france.tv.

À l’heure où le Parlement de Strasbourg est déserté pour cause de pandémie, celui de Bruxelles fantomatique, et où la Communauté européenne est confrontée à une crise sanitaire dramatique, il est plutôt rafraîchissant de voir la flamme de l’Union ravivée par la fiction, même si c’est à travers une comédie pour le moins mordante qui nous ramène un peu en arrière, vers un autre crise : celle qui suivit le vote par le Royaume-Uni de sa sortie de l’Europe.
Parlement commence comme un conte initiatique. Par un beau matin, Samy (Xavier Lacaille, irrésistible), jeune attaché parlementaire débutant, arrive à Bruxelles pour prendre ses fonctions. Assez peu au fait des institutions européennes, Samy ne peut guère compter sur son eurodéputé, Michel Specklin (Philippe Duquesne, génial), aussi branquignol, incompétent et tire-au-flanc qu’il est sympathique. Première mission, donc : comprendre comment ça marche ! Sur sa route, notre candide va croiser une assistante parlementaire anglaise, Rose (Liz Kingsman, hilarante), désabusée et dépassée par sa députée « brexiteuse » et dépressive, un fonctionnaire impassible et mutique (William Nadylam, classe), un assistant parlementaire allemand frappadingue, Torsten (Lucas Englander, borderline), porte-flingue de la terrible et machiavélique Ingeborg (Christiane Paul, flippante), un lobbyiste versatile (Niccolo Senni, séducteur)... Et même Pascal Lamy (ex-directeur général de l’Organisation mondiale du commerce) dans son propre rôle !

« Michel : ça fait trois ans que je suis ici. C’est pas maintenant que je vais demander comment ça marche ! C’est comme ces gamins qui arrivent en sixième sans savoir ni lire ni écrire. Pour eux, c’est trop tard ! »

On l’aura deviné : personne ne se montrera très enclin à aider le débutant et à lui livrer les règles du jeu parlementaire transnational. Et c’est avec pour seules armes la curiosité, la bonne volonté, le bagout (approximatif) que Samy va devoir déjouer les chausse-trappes, les quiproquos et les coups fourrés de ce billard à trois bandes. Pire : à la suite d’un imbroglio, il devra défendre un amendement en faveur de l’un des plus impopulaires des animaux, le requin !
Né de l’imagination du scénariste Noé Debré (qui, malgré sa petite trentaine, affiche déjà une filmographie impressionnante *), Parlement révèle un indéniable sens de la fiction politique, autant qu’une volonté d’en faire évoluer les codes. « La fiction politique contemporaine, confie-t-il, propose un récit récurrent : celui de dirigeants dont le pouvoir décroît inexorablement et qui se démènent pour continuer à exister médiatiquement autour de ses vestiges. Comme dans The Thick of It en Angleterre, Veep aux États-Unis ou L’Exercice de l’État en France, par exemple. Le Parlement européen nous raconte une histoire bien différente. Ici, le pouvoir détenu par les parlementaires a plutôt tendance à s’accroître – de presque rien il y a trente ans à plutôt beaucoup maintenant –, et ceux-ci se débattent pour tenter d’en faire bon usage au cœur d'institutions complexes. La série raconte donc l'histoire de Samy, débarqué sans idéaux et un peu par hasard à Bruxelles, qui va très vite devoir faire l'apprentissage de cette complexité ! Et nous avec lui. »

« Eamon : Vous voyez une saucisse ? Eh bien, moi, humble administrateur, je suis la machine à saucisses. Et c’est vous, les élus, qui décidez de ce que vous mettez dans la machine à saucisses.

Samy : Et qu’est-ce qu'on est censé mettre dans... ?

Eamon : Je n’ai pas le droit de vous conseiller sur la recette des saucisses. »

Politiquement incorrecte, sarcastique, satirique, Parlement n’en est pas pour autant une série eurosceptique. Ni d’ailleurs eurolâtre. « La série n'a évidemment pas pour objet de promouvoir ou de flétrir les institutions, mais d'en proposer un portrait fidèle et drôle – en tout cas, on l’espère. » Très drôle... et cruel. À cet égard, renvoyons, dans l’épisode 9, à la magnifique scène où Ingeborg, dédoublée face à son miroir, se livre (ou est-ce sa mauvaise conscience ?) à un réjouissant déballage où chacun en prend pour son grade mais qui se révèle in fine un plaidoyer désenchanté et lucide – mais un plaidoyer malgré tout – pour la démocratie parlementaire. Avec son air de ne pas y toucher, Parlement gratte là où cela démange et pose quelques questions bienvenues sur l’engagement politique, le courage et le bien commun à travers une écriture impeccablement efficace qui tire à boulets rouges mais touche à tous les coups. « Pendant longtemps, j'ai cru être le seul à croire au potentiel romanesque du Parlement européen et c’était bien triste. Et puis j'ai rencontré mes futurs coauteurs, Maxime Calligaro et Pierre Dorac, deux purs eurocrates à la plume acerbe, ainsi que Daran Johnson, scénariste britannique et néanmoins attachant, aguerri à la série comique. C’est à l’intérieur des murs du Parlement, à Bruxelles et à Strasbourg, que nous nous sommes retrouvés pour écrire. Émilie Noblet et Jérémie Sein nous y ont rejoints par la suite pour y contribuer avec leur grâce et leur talent immenses. »

* Il a participé notamment à l’écriture de Dheepan de Jacques Audiard (2015), Je compte sur vous de Pascal Elbé (2015), Problemos d’Éric Judor (2017), Le Brio d’Yvan Attal (2017), Le Poulain de Mathieu Sapin (2018), Le Prince oublié de Michel Hazanavicius (2020)...

Parlement

Samy débarque à Bruxelles au lendemain du vote du Brexit. Jeune assistant parlementaire fraîchement engagé, il ne connaît pas grand-chose aux institutions européennes, mais espère s’en tirer grâce à son charme et à son bagout. Par maladresse, il se retrouve chargé de faire adopter un amendement sur la pêche. Il va prendre son destin en main, mais peut-être n’aurait-il pas dû... Comment fait-on adopter un amendement au Parlement européen ? Samy n’en a pas la moindre idée, mais il a six mois pour y parvenir. Il entame un chemin de croix, entre renoncement et apprentissage. Tendre parfois, cruelle souvent, ici la comédie accompagne toujours ce récit initiatique. Parlement est une série sur la jeunesse, mais aussi un récit sur l’engagement. You can make a difference ! qu’ils disaient...

Série (10 x 26 min - 2020) - Idée originale Noé Debré - Scénario Noé Debré, Daran Johnson, Pierre Dorac et Maxime Calligaro - Réalisation Émilie Noblet et Jérémie Sein - Production Cinétévé, Artémis Productions (Belgique), CineCentrum (Allemagne) - Avec la participation de France Télévisions, WDR/One, BE TV - Coproduction Shelter Prod, Taxshelter.Be - Avec le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral de Belgique - Avec la participation de la Région de Bruxelles-Capitale, du Fonds d’Aide Franco-Allemand au codéveloppement de série audiovisuelle de fiction, du Centre national du cinéma et de l’image animée et du MFG Fonds Baden-Württenberg - Avec le soutien de la Région Grand-Est et de Strasbourg Eurométropole en partenariat avec le CNC - En collaboration avec le Bureau d’accueil des tournages / Agence culturelle Grand-Est et le Bureau d’accueil des tournages de l’Eurométropole de Strasbourg - Développé avec le soutien du Programme Europe créative de l’Union européenne et le soutien de la PROCIREP-Société des Producteurs et de l’ANGOA

Distribution 
Xavier Lacaille Samy
Liz Kingsman Rose
Philippe Duquesne Michel
William Nadylam Eamon
Christiane Paul Ingeborg
Lucas Englander Torsten
Jane Turner Sharon
Niccolo Senni Guido
Carole Weyers Janet

Diffusé exclusivement sur france.tv à partir du 9 avril

Publié le 08 avril 2020
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