« Nos terres inconnues » avec Nicole Ferroni sur l’île d’Ouessant

L’humoriste et chroniqueuse radio Nicole Ferroni embarque avec Raphaël de Casabianca pour un voyage à l’extrême ouest de la Bretagne, au large du Finistère, sur l’île d’Ouessant. Pour la 3e édition de « Nos terres inconnues », ce mardi 7 avril à 21.05, ils sont accueillis par des passionnés amoureux de leur bout du monde, qui se racontent et leur font découvrir leur univers, leurs doutes et leurs espoirs. Une expérience pleine d’émotions que nous raconte Nicole Ferroni.

Nicole Ferroni et Raphaël de Casabianca / Nos terres inconnues
Nicole Ferroni et Raphaël de Casabianca © Jean-Michel Turpin

Après les Cévennes, et le Queyras cet automne, Raphaël de Casabianca part à la découverte de la mer d’Iroise. À une vingtaine de kilomètres du continent, l’île d’Ouessant est la plus grande des îles finistériennes, avec huit kilomètres de long sur quatre kilomètres de large, et la seule marquée par la présence de hautes falaises. Une nature brute où la mer, omniprésente, règne en maître. Où le vent et les embruns façonnent les paysages… et le caractère de ses habitants. Huit cents personnes y vivent à l’année et forment une communauté de passionnés, viscéralement attachés à leur vie insulaire. Isolés du continent, ils tissent un quotidien soudé, dans un lien étroit avec la nature. Raphaël de Casabianca embarque à ses côtés l’humoriste et chroniqueuse radio Nicole Ferroni, qui bouscule chaque semaine les politiques dans la matinale de France Inter. Certaines de ses vidéos sont vues sur Internet par plus de 9 millions de Français. Attachée à sa Méditerranée natale, Nicole Ferroni vit à l’année à Aubagne, et ne connaît pas encore les humeurs tempétueuses de l’Atlantique. Elle rejoint l'animateur globe-trotteur accompagnée de Monique... sa petite chienne carlin ! Ensemble, ils se lancent à la découverte de ces territoires et sont accueillis par des hommes et des femmes amoureux de leur bout du monde, attachés à transmettre leur terroir.

Il faut faire avec soi-même en acceptant qu’on n’aura pas la même vie qu’avant, et aussi mettre en place des choses collectivement pour que ça se passe bien.

Entretien avec Nicole Ferroni
 

Sur le chemin vers Ouessant, l’isolement auquel contraint une île vous inspire des questions qui résonnent maintenant avec l’actualité du confinement… Avez-vous trouvé des réponses ? 
Nicole Ferroni :
Il y a beaucoup de résonances entre ce que, moi, j’ai vécu à Ouessant pendant une semaine et ce que, collectivement, on est en train de traverser en ce moment. En allant là-bas, je redoutais de ne plus être accrochée à mon monde et j’ai eu beaucoup de réponses sur la façon dont eux organisent leur solitude. Aujourd’hui, celle du confinement me renvoie à plein de leçons d’Ouessant. Leur environnement est brut : ils ont des tempêtes et des naufrages. Leur devise est assez dure : le sang, le deuil et l’honneur, et ce ne sont pas que des réminiscences d’un passé lointain. Leur rapport aux épreuves et à la fatalité est plus forte, et ils ont cette façon de « faire avec » le manque, la solitude… Ils sont peu et ont une vigilance les uns vis-à-vis des autres que j’ai rarement vue ailleurs. La solidarité et l’entraide sont très naturelles chez eux, comme ce que l’on est en train de voir émerger maintenant en période de confinement.

Lorsque vous rencontrez vos hôtes, vous dites arriver avec des a priori que vous allez tenter de mettre de côté. Lesquels ont été vraiment mis à mal ?
N. F.
: J’avais les mêmes que ceux qu’on peut avoir parfois avec la ruralité. Je me suis dit qu’en période non estivale, la vie culturelle devait être assez pauvre. En fait, pas du tout : tous les jours, il y avait une conférence, un loto, un concert… Les gens se connaissent très bien et créent beaucoup de choses ensemble. Ils ont souvent deux casquettes : l’instituteur est aussi batteur dans un groupe et sauveteur en mer. Le pizzaiolo dirige la brigade de sauveteurs en mer. La plombière prend le temps de tenir compagnie aux gens. J’ai aussi découvert leur rapport à la nature, qui est plein de bon sens. Ils ont une notion de la pérennité des objets plus aigüe que nous, et consomment moins que sur le continent. J’étais étonnée au début par leurs voitures polluantes. Mais acheminer et se débarrasser de leurs voitures, c’est compliqué. Donc ils préfèrent les réparer et les sur-réparer. Ils réfléchissent à la consommation de façon globale, et pratiquent une écologie très pragmatique.

« La rencontre des gens m’étoffe », dites-vous. De quelle étoffe vous êtes-vous couverte là-bas ?
N. F.
: Plus que « l’île aux femmes », comme on l’appelait, pour moi c’est « l’île aux gens ». C’est ce que j’aime à Ouessant, les gens ont des places fortes mais ne s’auto-labellisent pas. Ingrid, la plombière, a trouvé sur l’île l’opportunité de ce qu’elle veut être. Comme elle le dit à un moment, à Ouessant, il y a la possibilité d’être qui on est. J’aimerais m’inspirer surtout de ce côté pudique qui m’épate beaucoup, moi qui travaille sur la communication politique en chronique radio. Là-bas, les gens sont solidaires mais ne le revendiquent pas. Je les trouve globalement très admirables : ils sont altruistes en étant humbles et forts, pas des surhumains mais des humains en mieux.

Votre émotion s’exprime pleinement à deux reprises. Pourquoi ce lieu et ces gens ont-ils ouvert les vannes ?
N. F.
: Ça n’arrive pas souvent ! À la pointe de Pern, c’était le premier jour et je n’ai pas compris pourquoi j’ai pleuré. J’ai dit à Raphaël : « Il ne faut pas garder cette séquence, les gens vont croire que je suis droguée ! » Après avoir vu les personnalités pleurer dans Rendez-vous en terre inconnue, je pensais que ça ne risquait pas de m’arriver en allant en Bretagne ! Malo, le sauveteur en mer, m’a émue parce qu’il fait partie des gens qui font et ne disent pas qu’ils font. Quand il m’a raconté la façon dont il s’était engagé pour sauver les réfugiés en mer, j’ai trouvé ça très noble. Car il a une façon très simple de dire : « Moi, je ne laisse pas des gens – des humains – à l’eau ! », loin de la politique, ou du militantisme. Dans mes chroniques, j’ai abordé ces sujets au travers des lois ou des articles de journaux, mais rencontrer quelqu’un qui vit ce qu’il se passe réellement m’a beaucoup touchée.

Quelles ont été les personnes qui vous ont le plus marquée ? 
N. F.
: Véro et Olivier m’ont beaucoup plu car ils sont très contrastés dans leur façon d’être. Derrière leur froideur apparente, il y a une très grande sensibilité. J’ai beaucoup aimé les deux ingénieurs reconvertis, Étienne et Amélie, sur l’île de Quéménès. Ils ont un côté très marginal, mais plus je discutais avec eux, plus je me rendais compte qu’ils ont juste un cran d’avance. Dans cette période de confinement, on sait maintenant quel ingénieur est utile : entre celui qui est devant son ordinateur et celui qui fait pousser des pommes de terre… Malo, bien sûr, m’a beaucoup interpellée. Ingrid aussi, qui est issue d’une reconversion. Remettre au centre les travaux manuels me plaît bien également dans cette société où le travail mental est très valorisé : « Je suis plus utile quand je viens réparer ta plomberie que si je t’envoie un PDF ! »

Aujourd’hui, dans votre confinement quotidien, comment vous souvenez-vous de ce petit bout de terre et de ses habitants ?
N. F.
: Ils ont d’abord une notion de l’acceptation de l’épreuve qui est très forte. Et puis l’hostilité naturelle de l’environnement fait qu’ils ont une plus grande faculté à penser les uns aux autres. Par exemple, Véro me racontait que lorsque quelqu’un a des problèmes d’argent, autour de lui on constitue sans le lui dire une cagnotte. C’est une entraide silencieuse. J’utilise cela aujourd’hui. Je suis quelqu’un d’assez grégaire et vois normalement beaucoup ma famille. Comme mes parents sont assez âgés, on ne peut pas se voir, alors on se laisse des colis de nourriture. Quelle que soit la durée du confinement, il faut faire avec soi-même en acceptant qu’on n’aura pas la même vie qu’avant, et aussi mettre en place des choses collectivement pour que ça se passe bien.

Qu’avez-vous envie qu’on retienne de cette aventure ?
N. F.: Le confinement met en lumière les métiers essentiels et les effets de la réduction de notre consommation sur les émissions de CO2. C’est aussi ce que j’ai ramené d’Ouessant et ce que j’aimerais que les gens retiennent : le bon sens par rapport à la terre, le respect et l’humilité face à la nature. L’homme n’en est pas maître. À la pointe de Pern, je crois que c’est pour ça que j’ai pleuré : je me suis sentie vraiment petite là-bas comme nulle part ailleurs. J’espère aussi que le public sera touché autant que moi par ces gens et leurs valeurs d’entraide.

Les personnages

Timothée, l’instituteur de l’unique école de l’île, et sa compagne, Inès, une enfant du pays revenue vivre au côté des siens. Ses parents, Véronique et Tif (Olivier), et sa sœur Rose, prêts à tout pour préserver leur « Caillou ». Ingrid, la plombière ; Émilie, la professeure de breton ; Ludovic et Malo, les sauveteurs, anges gardiens de ces mers capricieuses ; et enfin Amélie et Étienne, gardiens en solitaire de l’île voisine, Quéménès. Des visages comme autant de facettes de la Bretagne, des personnalités marquantes qui accueillent Nicole et Raphaël dans leur univers. Elles se racontent et leur font découvrir leur quotidiens, leurs espoirs et leurs doutes. 

Nos terres inconnues

Magazine - Présentation Raphaël de Casabianca - Production Adenium TV France et France Télévisions
Film écrit par Frédéric Lopez et Lisa Delahais -Réalisation Pierre Stine - Production Frédéric Lopez 

Nos terres inconnues est diffusé mardi 7 avril à 21.05 sur France 2
À voir et revoir sur france.tv

  

Publié le 06 avril 2020
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