« Montand est à nous » : le siècle d’Ivo Livi

À l’occasion du double anniversaire de sa mort  (il y a trente ans) et de sa naissance (il y a cent ans), Yves Jeuland, admirateur inconditionnel, consacre à Yves Montand un documentaire exceptionnel (sélectionné au dernier Festival de Cannes – Cannes Classics), en forme d’inventaire affectif et nostalgique. Music-hall, chanson, cinéma, amours et engagements politiques : une traversée tumultueuse du XXe siècle. Jeudi à 21.05 sur France 3.

« Montand est à nous » © Steve Schapiro / Corbis - Getty Images

Comment raconter la vie de cet homme, Ivo Livi, alias Yves Montand ? Né d’une famille italienne, pauvre, et communiste, ouvrier à 11 ans, vedette de music-hall à 24 ans, compagnon d’Édith Piaf, époux de Simone Signoret, partenaire de Marilyn Monroe, proche du PCF avant de dénoncer les horreurs du communisme et de se faire le chantre du libéralisme, chanteur qui joue la comédie (maladroitement, d’abord, dans Les Portes de la nuit de Marcel Carné en 1946), puis comédien qui chante, figure engagée dans les films de Costa-Gavras, quinquagénaire en crise dans ceux de Claude Sautet, enfin patriarche pathétique chez Claude Berri, et puis interprète inoubliable des chansons de Prévert, Lemarque, Dabadie et de quelques autres.
Longtemps, Yves Jeuland s’est plu à placer subrepticement dans ses films des « bouts » de son héros (il y a quelques mois encore, dans Charlie Chaplin, le génie de la liberté, diffusé sur France 3), une photo, un air, une archive… Cette fois, il s’attaque enfin à son héros dans un portrait écrit avec le journaliste de radio Vincent Josse, autre spécialiste du chanteur et comédien (il lui consacra un mémoire de maîtrise d’histoire au début des années 1980). Et dans ce « Montand est à nous », le « nous », c’est sans doute d’abord eux. Le premier se définit comme un admirateur inconditionnel, le second s’avoue parfois plus critique, ils assument en tout cas un regard personnel, subjectif, désordonné, empathique, nostalgique, amoureux qui n’élude pas les ombres et les contradictions du personnage – « ... les souvenirs et les regrets aussi ».
« Saltimbanque, peut-être, mais pas somnambule », disait Montand dans le documentaire que lui consacrait en 1974 Chris Marker (La Solitude du chanteur de fond). Funambule, aussi, sans doute. Cabotin angoissé et perfectionniste, autodidacte et séducteur poursuivi par le sentiment d’imposture, transfuge de classe écartelé entre ses convictions et ses origines (sa rupture avec le communisme signifia l’éloignement de sa propre famille), amoureux cruel (« Tu es le plus égocentrique des jaloux malheureux et généreux que j’aie jamais rencontrés », lui écrit Simone Signoret dans une lettre déchirante), bonimenteur pris à son propre jeu, artiste odieux et génial que sa fragilité et ses emportements rendent encore plus fascinant.

C.K.G.

VIDÉO. Bande-annonce

 

« Montand est à nous »
« Montand est à nous »
© Walter Carone / Scoop Lagardère

« Montand est à nous »

C’est l’histoire d’Ivi Livi, un petit immigré italien fasciné par l’Amérique, qui rêvait d’être Fred Astaire ou Gary Cooper et qui sera Yves Montand. De l’Alcazar de Marseille au Metropolitan Opera de New York, une incroyable traversée du XXsiècle. Montand est à nous, comme un inventaire à la Prévert. Un inventaire de coups de cœur, de coups de gueule et d’applaudissements. Yves Jeuland et Vincent Josse empoignent le héros de leur vie. 

Documentaire (100 min – 2021 – inédit) Un film d’Yves Jeuland  Écrit par Yves Jeuland et Vincent Josse  Montage Lizi Gelber  Documentation Aude Vassallo  Graphisme et animation Yoann Crez  Musique Éric Slabiak  Production Zadig Productions, avec la participation de France Télévisions

Diffusion jeudi 14 octobre à 21.05 sur France 3
À voir et à revoir sur France.TV

Publié le 11 octobre 2021
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