Mireille Dumas : 40 ans de télévision, ça se fête ! 

« Vie privée, vie publique », « Bas les masques », « La Vie à l’endroit » : depuis le début des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, on ne compte plus les personnalités de tous horizons, du monde artistique, sportif, politique, médiatique… qui se sont confiées dans ses émissions, sur France Télévisions. Pour ses 40 ans de télé, Mireille Dumas a réuni ses temps forts dans un documentaire entre rire et émotions diffusé vendredi à 21.05 sur France 3.

© Bernard Barbereau / FTV

Interview de Mireille Dumas
« Toujours aussi généreuse au fil des ans » (Kad Merad)

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de rassembler ces temps forts de votre carrière télé ?
Mireille Dumas :
Je me suis aperçue que j’avais fait mon premier documentaire en 1981, il y a quarante ans, autant dire hier, alors que j’ai l’impression de commencer ! Et puis, en réalisant depuis plusieurs années maintenant tous ces portraits d’artistes, j’ai été amenée à revoir leurs entretiens. Le nombre de thèmes abordés, la franchise avec laquelle ils parlent, tous ces éclats de vérité m’ont conduite à proposer d’en faire un grand documentaire. Et l’équipe de France Télévisions m’a tout de suite dit oui. J’ai vécu et vis de tels moments forts grâce à toutes ces rencontres que j’ai eu envie de le partager avec le public.

« Bas les masques » parlait de la fracture sociale avant l’heure et « Vie privée, vie publique », avec l’arrivée de nouveaux médias, questionnait le champ des libertés individuelles et collectives dès 2000.

Vous a-t-il fallu vous battre pour imposer aux chaînes toutes ces émissions ?
M. D. :
Il faut toujours convaincre, c’est pour cela qu’il faut être convaincu(e) soi-même, sinon ça ne fonctionne pas. Le plus difficile a été de persuader les chaînes, à chaque décennie, que de longs échanges en tête à tête pouvaient intéresser le public. Je pense aussi avoir été très attentive aux changements de la société avec des concepts d’émissions qui anticipaient ces mouvements, il fallait donc expliquer cette façon d’appréhender ces émissions qui conjuguaient l’intime et le social par le biais du témoignage. Bas les masques parlait de la fracture sociale avant l’heure et Vie privée, vie publique, avec l’arrivée de nouveaux médias, questionnait le champ des libertés individuelles et collectives dès 2000. Sujet on ne peut plus d’actualité. Mais j’ai eu la chance qu’on me fasse confiance et qu’on me donne beaucoup de liberté sur le service public. Les plus grandes discussions pour convaincre les chaînes ont porté sur les sujets tabous à l’époque, la pédophilie en prime, le transgenre… mais toutes les émissions ont été acceptées et diffusées.  

Le choix de retenir tel passage ou telle personnalité a-t-il été difficile ? 
M. D. :
Très difficile, car vous imaginez le nombre de témoignages sur quarante ans… Ce sont des milliers d’heures, impossibles d’ailleurs à visionner entièrement. Je pourrais faire plusieurs émissions. J’ai pris le parti de fêter cet anniversaire en célébrant les artistes en particulier, dont certains nous ont quittés comme Charles Aznavour, Guy Bedos, Jean Yanne, Michel Galabru ou encore Bernard Giraudeau. D’abord, j’ai cherché les thèmes récurrents et j’ai finalement décidé de raconter à travers une soixantaine de témoignages de personnalités le fil de notre vie à tous : l’enfance qui nous marque tant, les secrets de famille, l’amour, le couple qui a changé de visage, les relations homme-femme, les racines, le rapport au pouvoir, à l’argent… Il y a beaucoup d’émotion et de rire aussi, comme dans la vie.

Sortiez-vous d’un enregistrement parfois déstabilisée par l’intimité de certaines confessions ?
M. D. :
Déstabilisée sur le moment parfois, mais pas sur le fond car, comme a dit Térence, un ancien esclave devenu écrivain près de deux cents avant notre ère, « rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». On est bon et méchant, enfant et vieillard, sublime et pitoyable à la fois, depuis la nuit des temps. Mais j’ai été « secouée » quand Jean Reno ou Mireille Darc parlaient de la relation à leur père, ou supposé père pour Mireille, bouleversée quand Guy Bedos, que je connaissais pourtant bien, m’a dit pour la première fois, lors de notre dernier entretien, qu’il a attendu toute sa vie un mot d’amour de sa mère. Surprise et amusée par les confidences cash d’Enrico Macias ou de Hugues Aufray sur leurs infidélités.  

Quand j’ai perdu mon beau-fils dont j’étais très proche, j’ai souvent repensé aux paroles de Jean-Louis Trintignant, pourtant pétri de douleur, au sujet de la disparition de sa fille Marie : « Il faut essayer de vivre parce qu’on peut encore avoir des moments de bonheur. »

Est-il arrivé que ces échanges résonnent en vous, vous aident dans votre parcours personnel ?
M. D. :
Tout entre en résonance et en même temps toute expérience par essence est singulière. Et c’est ce que j’aime dans mon métier, faire l’expérience de ma différence dans ce tronc commun qu’est l’humanité et l’universalité des sentiments. Quand j’ai perdu mon beau-fils dont j’étais très proche, j’ai souvent repensé aux paroles de Jean-Louis Trintignant, pourtant pétri de douleur, au sujet de la disparition de sa fille Marie : « Il faut essayer de vivre parce qu’on peut encore avoir des moments de bonheur. » Et je pense avoir aussi aidé les autres en puisant dans ma propre expérience.

Quel est le plus beau compliment qu’un invité ait pu vous faire ? 
M. D. :
C’est gênant car cela pourrait passer pour de la vantardise. Mais Kad Merad m’a remerciée en me disant que j’étais « toujours aussi généreuse au fil des ans. Et toujours aussi attentive, à l’écoute ». Il a ajouté qu’il comprenait pourquoi il avait tenu à faire l’émission. Ça m’a touchée. Valéry Giscard d’Estaing m’avait aussi surprise à la fin de l’entretien : « Vous avez parlé à quelqu’un à qui on parle, pas quelqu’un qu’on piège ou qu’on interroge. Vous me parlez comme je vous parle… » C’est important qu’il n’y ait pas de position de pouvoir de l’intervieweur sur l’interviewé et c’est amusant que ce soit justement un ancien président de la République qui le dise. L’échange plus que l’entretien traditionnel. Sinon, de manière générale, ce qui revient de la part des invités et qui me plaît beaucoup est que j’ai le même comportement dans la vie et à l’écran, que je ne triche pas.

À ma façon, j’ai participé à lever des tabous, à faire accepter des différences, à libérer la parole sur certains traumatismes et injustices, bref, à changer le regard parfois.

Êtes-vous fière de ce que vous avez accompli ? 
M. D. :
Ce n’est pas de la fierté, car tout est éphémère, surtout à la télévision. Mais je suis heureuse d’avoir donné et de donner la parole à toutes ces personnes venues de tous les milieux et de toutes les professions, de l’éboueur à l’artiste jusqu’au président de la République. À ma façon, j’ai participé à lever des tabous, à faire accepter des différences, à libérer la parole sur certains traumatismes et injustices, bref, à changer le regard parfois. Mon travail consiste à bousculer aussi les a priori, et les images toutes faites sur les personnalités. Mettre en perspective leur parcours, car, comme dit Yannick Noah, pour expliquer ses motivations intimes pour devenir numéro un dans le sport : « Si on n’a pas morflé, une petite brisure, une grosse cassure à l’intérieur, on n’y arrive pas. » J’ai semé quelques petits cailloux au fil des ans qui contribuent à former des chemins. Il faut rester humble car il reste tellement à faire et à refaire en permanence.

Propos recueillis par Béatrice Cantet

Les Années télé de Mireille Dumas
« Les Années télé de Mireille Dumas ».
© MD Productions

Les Années télé de Mireille Dumas – Quand les célébrités se confient

Documentaire (130 min) – Réalisation Mireille Dumas – Production MD Productions

Diffusion vendredi 26 novembre à 21.05 sur France 3
À voir et à revoir sur france.tv

Publié par Béatrice Cantet le 22 novembre 2021
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