Une princesse humaniste : « Marguerite d’Angoulême, la perle de François Ier »

Sœur de François Ier, grand-mère d'Henri IV, reine de Navarre, femme politique, femme de lettres, protectrice des poètes... D'Amboise à Saint-Germain-en-Laye et de la Charente aux Pyrénées, Stéphane Bern raconte la vie de celle qui fut l’une des lumières de la Renaissance française et nous ouvre dans « Secrets d'histoire » les portes de ses demeures. Lundi à 21.10 sur France 3.


Que n’exige pas l’amour d’une mère ? Louise de Savoie, veuve à dix-neuf ans de Charles d’Orléans, duc d’Angoulême, rêva d’un destin exceptionnel pour ses deux enfants adorés : Marguerite (« perle » en latin), née en 1492, et François, né deux ans plus tard, que Louise appelait « mon roi, mon petit César », ce qui était déjà tout un programme... Une solide éducation de princes, et la meilleure de leur époque, puisque fondée sur les principes de l’humanisme qui se répandait alors depuis l’Italie (latin, français, italien, espagnol, lectures des classiques, éducation artistique, connaissances pratiques, bonnes manières...), et une sacrée part de chance firent le reste. Les enfants n’étaient pas n’importe qui non plus : descendants de rois et si proches du trône que François en était même l’héritier potentiel, le couple formé par Louis XII et Anne de Bretagne demeurant désespérément – mais pour la plus grande satisfaction de Louise – sans enfant. Quant à Marguerite, elle était programmée à devenir le principal soutien de son frère, au cas où...
Et c’est chose faite en janvier 1515. Louise a enfin réussi à amener ses deux champions au sommet : l’un devient à vingt ans le bouillant François Ier, l’autre occupe presque la place d’une reine, la place en tout cas que lui abandonne sa belle-sœur, la chétive et effacée Claude de France, à qui on ne demande rien d’autre que de faire des enfants, une pauvre reine miniature qui louche et qui boite mais qui laissera tout de même son nom à un fruit... la reine-claude. Marguerite, elle, en tout cas, ne compte pas pour des prunes, même après son mariage avec le peu spirituel duc d’Alençon, Charles de Valois – un butor auprès de qui, on peut l’imaginer, elle s’ennuie à mourir. En 1525, la capture de François Ier par son grand ennemi l’empereur Charles de Habsbourg, alias Charles Quint, au cours du « désastre de Pavie » est un drame national, et c’est Marguerite qui s’en va négocier elle-même en Espagne la libération de son frère auprès de l’homme le plus puissant du monde.

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« Marguerite d’Angoulême, la perle de François Ier »
© SEP

Femme politique, elle est aussi une femme de convictions que ses idées progressistes et peu orthodoxes amènent à braver l’Église elle-même. Protectrice d’écrivains ou d’imprimeurs soupçonnés – à tort ou à raison – d’hérésie par la faculté de théologie de Paris, elle se rapproche sur le plan spirituel du « cénacle de Meaux », un groupe religieux rassemblé autour de l’évêque Pierre Briçonnet et qui défend le retour à la foi originelle, la traduction en français des Écritures et une réforme au sein de l’Église romaine. Le mystique et un peu perché Miroir de l’âme pécheresse, qu’elle publie d’abord anonymement, puis sous son nom, sent tout bonnement le fagot. Mais la sœur du roi reste intouchable. Et François Ier lui-même, du reste, n’est pas si mal disposé à l’égard des disciples de Luther. Surtout s’ils peuvent embarrasser le Saint Empire romain germanique.
Mais des affiches insultant l’Église, placardées partout et jusque sur la porte de la chambre du roi, à Amboise, durant la nuit du 17 au 18 octobre 1534, vont mettre un terme à la fois à la tolérance royale et à la « belle Renaissance » française, et briser pour un moment le lien entre Marguerite et son frère. Les bûchers s’allument, et on n’y jettent pas que des livres. L’imprimeur de Marguerite et de son Miroir, Antoine Augereau, est exécuté.
Retirée en Navarre, dont elle est reine depuis son mariage avec Henri d’Albret (âgé de dix ans de moins qu’elle), Marguerite va s’employer à faire de son domaine un refuge pour ses amis persécutés, entamer des travaux colossaux pour transformer son château de Pau en demeure de la Renaissance et se consacrer à l’écriture. L’Heptaméron, un recueil de nouvelles qu’elle laisse inachevé et qui sera publié dix ans après sa mort, la fait entrer au panthéon de la littérature française.

C.K.G.

Intervenants

Virginie Girod, historienne • Sylvie Le Clech, inspectrice générale des patrimoines • Didier Le Fur, historien • Pascal Brioist historien • Marc Metay, directeur du château royal d’Amboise • Claudie Martin-Ulrich, historienne • François Saint-Bris, directeur du Clos Lucé • Stéphane Sausin, consultant en cuisine historique • Patricia Eichel-Lojkine, auteur • Olivier Bosc, directeur de la Bibliothèque de l’Arsenal • Jean-David Desforges, archéologue • Thierry Henault-Morel, recteur du Sanctuaire d’Alençon • Florent Gaillard, directeur des Archives municipales de la Ville d’Angoulême • Oriane Beaufils, conservatrice du château de Fontainebleau • Pierre-Olivier Lechot, théologien • María Jesús Fuente Perez, historienne • Isabelle Garnier-Mathez, auteur • Marie-Claire Thomine, auteur • Nathalie Szczech, historienne


Secrets d'histoire : Marguerite d’Angoulême, la perle de François Ier

C’est depuis la ville d’Angoulême, en Charente, que Stéphane Bern démarre la formidable épopée de la jeune Marguerite, avec pour premier décor le célèbre château dans lequel elle voit le jour le 11 avril 1492. Marguerite d’Angoulême est l’une des lumières de la Renaissance française. Sœur d’un de nos plus grands monarques, François Ier, elle bouleverse son temps par ses prises de position personnelles, politiques, religieuses mais aussi littéraires. Clément Marot, poète de la cour qui est aussi son secrétaire, la décrit ainsi : « corps féminin, cœur d’homme et tête d'ange ». Elle a toutes ces qualités et bien d’autres. Elle négocie la libération de son frère, prisonnier du monarque le plus puissant du monde, Charles Quint. C’est elle qui promeut le français comme langue officielle du pays. Marguerite d’Angoulême est aussi l’une des premières féministes de l’histoire littéraire. Son œuvre majeure, l’Heptaméron, pourtant écrite il a plus de 450 ans, reste d’une incroyable modernité. Elle dénonce aussi les dérives des hommes d’Église et prend des positions fortes pour défendre la condition des femmes de son temps. Découvrir Marguerite d’Angoulême, c’est aussi suivre la cour de France et voyager au cœur des demeures royales d’Amboise, de Saint-Germain-en-Laye et de Paris. Sans oublier le château de Pau, que Marguerite transforme en palais Renaissance, pour en faire ainsi l’une de ses résidences préférées. 

Magazine culturel (2022 - inédit) – Durée 90 minutes – Présentation Stéphane Bern – Production Société Européenne de Production, avec la participation de France Télévisions – Auteur du documentaire et réalisation des sujets Benoît-Bertrand Cadis – Réalisation des plateaux David Jankowski – Réalisation des évocations Éric Duret   

Publié le 13 mai 2022
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