« Fliquez-vous les uns les autres » : nos vies sous l’œil des caméras

Si la question se posait : seriez-vous pour ou contre l’installation de caméras de vidéosurveillance dans votre rue, quartier, résidence, village, ville ou agglomération ? Et qu’en penser lorsqu’elles sont déjà en action ? Sans jugement ni parti pris, « Le Monde en face » a cherché à comprendre comment ces petites caméras, autrefois honnies, s’immiscent aujourd’hui dans notre environnement. Une enquête à découvrir ce mardi à 20.50 sur France 5.

« Le Monde en face : Fliquez-vous les uns les autres »
« Le Monde en face : Fliquez-vous les uns les autres » © Morgane

Plus les technologies se perfectionnent, plus nos actes sont suivis, archivés, catalogués, décortiqués. Sans même faire appel à la télésurveillance, nos recherches sur le Net, nos appels, nos déplacements en disent long sur nous. Trop parfois. Dans un monde qui tente d’endiguer par tous les moyens la délinquance, de protéger sa population ou d’assurer la défense des sites industriels et marchands, la mise en place de caméras apparaît comme l’option la plus souvent utilisée. Seule ou couplée à des outils comme la reconnaissance faciale, les lecteurs à empreinte digitale, etc. Même si certains, comme le montre le documentaire – tourné avant l’attentat de Nice du 29 octobre 2020 –, ont choisi une approche différente pour obtenir des résultats similaires, la majorité des communes et des villes françaises optent de plus en plus souvent pour l’installation de caméras. Serait-ce la solution miracle dont nous rêvions secrètement ?

La première année, lorsque vous mettez de la vidéoprotection, comme vous l’avez fait (...) il ne se passe pratiquement plus rien.

Dominique Ancher, directeur technique de la société Ibs’on

La cité niçoise est l’une des agglomérations comptant le plus de caméras et dont le PC sécurité fonctionne H24. Les rescapés de l’attentat du 14 juillet vous expliqueront qu’elles n’ont pourtant pas empêché le terroriste de faire ses repérages et ensuite de foncer sur la foule, alors qu’il roulait au volant d’un camion dont la taille et le tonnage sont normalement interdits de circulation sur la promenade des Anglais. Pour eux, le tout-caméra n’est pas la solution.

À partir des années 1990, on a vu un certain nombre d’élus qui veulent montrer qu’ils sont actifs sur ce terrain [de la sécurité] dans leur ville. Et pour ça un maire n’a que deux outils fondamentalement : le premier, c’est la police municipale et le deuxième, c’est la vidéosurveillance.

Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS

Pour les édiles, la question de la sécurité et de l’incivilité est sujet de discussion, de réflexion et de compromission. Ils doivent sans arrêt trouver un entre-deux à la fois utile et rassurant sans plomber le budget de leur commune. En évitant aussi de supprimer les allocations versées aux associations, de fermer les antennes de quartier, de remettre à plus tard les travaux de voirie ou les dessertes de bus, voire de violer l’intimité de la population. Un véritable travail d’équilibriste financier et sociétal !
Définitivement, il n’existe pas de solution miracle. À moins de vouloir faire de la France un pays ultra-sécurisé au risque de bafouer nos si chères libertés…

Le Monde en face : Fliquez-vous les uns les autres

Partout en France, petites et grandes villes s’équipent de caméras pour mieux surveiller les citoyens ou les protéger, selon que l’on soit pour ou contre ce type d’installation. Grâce à de nombreuses séquences inédites, ce documentaire révèle comment cette surveillance s’impose sans véritable débat ni évaluation de son efficacité. Si, il y a vingt ans, l’installation de caméras faisait polémique, aujourd’hui rien de tel, les citoyens en redemandent. Le réalisateur a interrogé des installateurs, des gendarmes, des policiers municipaux, des élus, des sociologues, des citoyens concernés, ainsi que des voix critiques.

À l’issue de la diffusion du documentaire, Marina Carrère d’Encausse proposera un débat avec quatre invités : Michel Henry, coauteur du documentaire, Laurence Budelot, maire de Vert-le-Petit (Essonne), Olivier Tesquet, journaliste à Télérama, spécialiste du numérique, et Martin Drago, juriste, La Quadrature du Net (association de défense des libertés numériques).

Magazine - Présentation Marina Carrère d’Encausse
Documentaire (70 min - 2020) - Réalisation Olivier Lamour - Auteurs Olivier Lamour et Michel Henry - Production Morgane, avec la participation de France Télévisions

Le documentaire est diffusé mardi 5 janvier à 20.50 sur France 5
Le Monde en face : Fliquez-vous les uns les autres est à voir et revoir sur france.tv

Publié le 30 octobre 2020
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