Femmes : les oubliées de la santé

Errances diagnostiques, prises en charge tardives… en matière de santé, l’inégalité entre hommes et femmes, bien que méconnue, est un fait avéré. Marina Carrère d’Encausse fait le point sur la question dans ce nouveau numéro du « Monde en face ». Après la diffusion du documentaire de Véronique Préault, « Écoute le cœur des femmes »place au débat avec des experts. Mardi 20 avril à 20.50 sur France 5.

Femmes : Les Oubliées de la santé
« Le Monde en face : Les Oubliées de la santé ». © DR

« Dans l’imaginaire collectif, aujourd’hui les femmes vivent plus longtemps que les hommes [...]. Cet adage-là ne sera peut-être pas vrai dans vingt ans, quand on voit la vitesse à laquelle progressent les maladies cardiovasculaires chez elles. » La Pr Claire Mounier-Véhier, cardiologue à l’Institut Cœur-Poumon de Lille, tire le signal dalarme. Car, contrairement aux idées reçues, y compris chez les professionnels, infarctus et autres AVC sont désormais responsables de la mort, en France, d’une femme sur trois. Un phénomène massif et néanmoins toujours méconnu, que la spécialiste résume en une phrase : « Si ces affections tuent, c’est parce que les femmes sont sous-dépistées, sous-traitées, sous-évaluées, sous, sous, sous… » Placée en première ligne, la Pr Mounier-Véhier a fait de la prévention et de la prise en charge globale de chaque patiente ses chevaux de bataille. Avec douceur et fermeté, elle préconise d’éviter le surmenage et de prendre du temps pour soi, une ordonnance quelque peu orthodoxe mais indispensable. Tant la gent féminine a tendance à se malmener. Cest le cas de Dominique, une agent de comptabilité de 55 ans, qui, de son lit d’hôpital, avoue « avoir à peine le temps, le week-end, de voir les enfants et la famille ». Tout comme elle, ses filles n’imaginaient pas qu’elle « pouvait être candidate à un infarctus », une maladie d’homme. Non seulement les femmes ne s’écoutent pas et attribuent volontiers leurs symptômes éventuels au stress ou à l’anxiété, mais, dans la moitié des cas, les manifestations de l’accident cardiaque ne sont pas « typiques », ce qui peut retarder la prise en charge. Des études montrent, par ailleurs, qu’elles attendent plus longtemps avant de téléphoner aux services d’urgence, ce que confirme la Dr Nathalie Assez, urgentiste, en déclarant qu’elles appellent « surtout pour les enfants ou les conjoints ». 

Mais les maladies cardiovasculaires ne sont pas les seules à susciter l’inquiétude des spécialistes. À Toulouse, le Pr Julien Mazières, pneumologue, attire l’attention sur le cancer du poumon, dont le nombre de cas explose chez la femme, alors quil stagne chez l’homme : « On évoque toujours le cancer du sein et on oublie celui du poumon qui entraîne 10 000 morts par an [...]. Elles sont victimes d’une double injustice [...] : la première, c’est qu’à tabagisme égal, elles ont plus de risques de développer un cancer du poumon ; la deuxième, c’est que, comme dans l’inconscient il s’agit d’un cancer qui touche moins les femmes, souvent on a tendance à minimiser les symptômes qui chez un homme seraient évocateurs (toux qui persiste, fatigue…). Donc, certaines patientes attendent deux, trois, six mois, ce qui représente une réelle perte de chances. »

Cette discrimination sournoise est bien ancrée dans la société. Pendant longtemps, selon la Pr Mounier-Véhier, « la santé de la femme n’était regardée qu’au travers ses organes de reproduction et les seins ; c’est ce qu’on appelait la médecine bikini ». Pire, elles étaient « exclues des tests sur les médicaments, sous prétexte que leurs variations hormonales biaisaient les résultats », explique la neurobiologiste Catherine Vidal (comité déthique de lInserm), avec des conséquences parfois dramatiques. Depuis les années 1990, sous la pression notamment des féministes américaines, elles sont inclues à 50 % dans les essais. Les choses changent, y compris dans le milieu médical, où, comme à Lausanne, un hôpital universitaire a ouvert récemment un département médecine et genre avec pour objectif daméliorer les pratiques. Ailleurs, à Strasbourg, deux jeunes médecins alertent sur le sexisme dont leurs camarades et elles-mêmes ont été victimes au cours de leur formation. Leur thèse de fin détudes est la première enquête qualitative sur ce sujet en France !
Malgré les avancées, et pour que les femmes ne soient plus les oubliées de la santé, reste à combattre une autre inégalité de taille, sociale, économique et financière. Constituant 70 % des travailleurs pauvres et 85 % des familles monoparentales, elles renoncent encore trop souvent aux soins par manque de moyens…

 

Le Monde en face : Les Oubliées de la santé
 



Écoute le cœur des femmes (documentaire – 70 min – 2021) – Auteure-réalisatrice Véronique Préault – 

Production 
Galaxie Presse,
 avec la participation de 
France Télévisions


Le Monde en face : Les Oubliées de la santé
 est diffusé le mardi 20 avril à 20.50 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv

Publié le 19 avril 2021
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