Bretagne, une trop bonne mère nourricière ?

L’agriculture conventionnelle, si pratiquée en Bretagne depuis les années 60, est devenue source d’inquiétude et de reproche. La région qu’on somma de nourrir les Français de l’après-guerre hésite encore à quitter un modèle trop longtemps vanté, au risque de fragiliser un peu plus l’écosystème et de mettre en danger la vie de ses habitants. Mais de plus en plus de voix militent pour un renouveau de l’agriculture. « Bretagne : une terre sacrifiée », mardi à 20.50 sur France 5.

Photo d'une plage bretonne recouverte d'algues vertes
« Le Monde en face - Bretagne : une terre sacrifiée ». © Grand Angle Productions

Trente-sept animaux au mètre carré. Vous imaginez ? Je ne sais même pas comment c’est possible. Vous avez envie de donner ça à manger à vos enfants ?

Morgane, à propos de la construction d’une ferme usine de volaille

Elle pourrait s’enorgueillir d’être la première région agroalimentaire d’Europe, celle qui nourrit des millions de Français et exporte ses poulets au Moyen-Orient et sa poudre de lait jusqu’en Chine. Pour arriver à un tel résultat, la Bretagne a fait de l’agriculture intensive son leitmotiv (sur demande, au départ, de l’État). Un credo qui n’a plus le vent en poupe auprès des consommateurs, même si dans les faits beaucoup continuent d’acheter des produits issus de l’agriculture conventionnelle. Ici ou là des voix s’élèvent, des citoyens se rebiffent et des agriculteurs cherchent une alternative à ce modèle mondialement répandu aux conséquences écologiques et sanitaires désastreuses. Seulement, sitôt énoncée cette vérité, comment agir pour que chacun s’y retrouve sans y laisser plumes et tracteurs ?

Je trouve que la cause environnementale, on l’entend de plus en plus, mais le monde agricole, on l’entend assez peu.

Morgane, journaliste à RKB (Radio Kreiz Breizh) et fille d’agriculteur

Certes, la Bretagne ne doit pas se résumer à des ventes ou à des exportations agricoles, mais n’oublions pas que ce secteur est vecteur d’emplois dans la région. Comme Morgane, journaliste depuis vingt ans en centre Bretagne, prenons le temps d’écouter ceux qui sur le terrain vivent de la terre, de l’élevage ou, à l’inverse, subissent les conséquences de la productivité. Suivons ces lanceurs d’alerte qui auscultent plages et rivières pour prouver la dangerosité des produits employés dans l’agriculture intensive et qui cherchent à comprendre comment on a pu laisser des algues vertes investir nos rivières, envahir nos côtes et tuer homme et bêtes. Ne croyez pas pour autant que ce documentaire réalisé par Aude Rouaux et Marie Garreau de Labarre cherche à jeter l’opprobre sur les agriculteurs. Non, ces forçats de la terre ne sont pas les boucs émissaires mais bien les victimes d’un système qui a fait son temps et que certains se refusent tout bonnement d’abandonner.

Si on ne se prend pas en main et si on ne change pas nos façons de travailler, on va être des esclaves… encore plus qu’aujourd’hui.

Christophe Thomas, agriculteur

Cessons donc les tergiversations et agissons de concert pour éviter d’autres morts, d’autres cancers, d’autres suicides, d’autres faillites enfin. Prenons exemple sur Yann qui, en reprenant la ferme familiale, a convaincu sa mère de changer du tout au tout. « Nous, ce qu’on vise ce n’est pas le volume, le chiffre d’affaires, explique-t-il, c’est plutôt la marge. Tout en respectant l’animal. On se rend compte qu’en laissant les vaches aller pâturer d’elles-mêmes, d’une, je ne vais pas parler pour elles mais je pense qu’elles sont bien mieux, et de deux ça ne coûte rien. Moins de travail, moins de charges, plus d’autonomie. » Ses yaourts fermiers bio sont vendus en épicerie et à des écoles. Tout le monde y gagne, à commencer par lui. Même si à cette heure d’autres fermes usines sont vouées à sortir de terre en Bretagne, repensons à ce célèbre village gaulois défiant, BD après BD, l’envahisseur romain… Rien n’est jamais perdu.

Vidéo. Bande-annonce

 


En attendant la diffusion du documentaire, écoutez la série Courts Circuits en podcast sur le site de Ouest-France. Les journalistes partent « à la rencontre de celles et ceux qui nous nourrissent, des personnes engagées pour produire mieux, parfois moins, et dans le respect de l’environnement ».

Le Monde en face – Bretagne : une terre sacrifiée

Pauvre et enclavée au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la Bretagne est aujourd’hui la première région agroalimentaire d’Europe. Plus de 1,5 million d’hectares de terres y est soumis à l’agriculture intensive. Ce secteur est, de loin, le plus gros pourvoyeur d’emplois de la région. Mais il y a un revers à la médaille : algues vertes, maladies professionnelles, rejets toxiques, épidémies mortelles chez les animaux… Les dégâts environnementaux et humains de cette industrie sous stéroïdes sont considérables. Et les scandales sanitaires se multiplient. Les réalisatrices Aude Rouaux et Marie Garreau de Labarre sont allées à la rencontre des associations, citoyens et agriculteurs bretons qui font entendre leur voix. Pour beaucoup d’entre eux, c’est l’ensemble d’un modèle agricole qu’il faut remettre en question.
Après la diffusion du documentaire, Marina Carrère d’Encausse proposera un débat en présence de quatre invités.

Magazine – Présentation Marina Carrère d’Encausse
Documentaire (70 min – inédit) – Réalisation Aude Rouaux et Marie Garreau de Labarre – Production Grand Angle Productions, avec la participation de France Télévisions

Le documentaire est diffusé mardi 17 novembre à 20.50 sur France 5
Le Monde en face Bretagne : une terre sacrifiée est à voir et revoir sur france.tv

Publié le 13 novembre 2020
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