« L’Heure D », septième saison

Des histoires d’amour, d’identité, de mémoire, de liens familiaux... Espace de liberté favorisant l’émergence de premiers films et de nouveaux talents, la collection documentaire estivale ouvre sa septième saison avec treize inédits, fruits d’une collaboration entre l’antenne nationale et les treize antennes régionales de France 3. Mercredi à 23.25 sur France 3.

« L'Heure D », saison 7 © Élever la voix

« La saison s’ouvre le 29 juin avec Lynn et Paris, histoire d’un couple allemand exilé en France, sans domicile fixe, qu’Arnaud Bitschy a suivi pendant dix-huit mois dans les bons comme dans les mauvais moments. Au mois de juillet, les liens familiaux seront explorés dans leur intériorité avec notamment trois premiers films. Maylis Dartigue, repérée aux ateliers documentaires de la Fémis, signe Sri Landaise : adoptée à l’âge de 3 semaines, elle part retrouver sa famille biologique au Sri Lanka. La réalisatrice Lucie Rivoalen filme sa mère depuis 2015. Le bleu te va bien raconte l’exploration des mutations familiales en pleine tempête. Dans Ma sœur forever, Florian Richaud regarde sa sœur trisomique vivre, aimer, souffrir, en quête de toujours plus d’indépendance.
En plein cœur de l’été, Ici rugissaient les lions, de Laurine Estrade, nous plonge dans les gorges de Gouleyrous et dans les tréfonds du temps, tandis que Les Aventuriers du match perdu de Serge Steyer nous transporte en 1982 lors de la demi-finale RFA-France de la Coupe du monde de football. Et la terre s’ouvrit une dernière fois d’Arnaud Sauli suit dans la forêt de Sobibor, en Pologne, un archéologue qui fouille patiemment le site du camp d’extermination. »

Catherine Alvaresse,  Renaud Allilaire et Julie De Mareuil 
Direction des documentaires de France Télévisions


Mercredi 10 août

Ici rugissaient les lions
« Ici rugissaient les lions »
© Habilis Productions

Ici rugissaient les lions
Dans les gorges du Gouleyrous, à flanc de falaise, est située la grotte où fut découvert le crâne de l’Homme de Tautavel. Il y a plus de 450 000 ans, le lieu aurait servi de « poubelle de table », comme en témoigne la quantité d’ossements d’animaux qui jonchent encore aujourd’hui son sol. Lions, ours, rennes, mouflons frayaient dans les chemins de l’arrière-pays catalan et s’abreuvaient à la rivière en contre-bas, le Verdouble. En 2021, autour de la rivière, s’ébattent les humains de l’ère post-covid, des vacanciers, des vignerons, des archéologues, des ouvriers et des gardiens de parking. Alors que des visions différentes s’affrontent sur l’occupation de ce lieu tant convoité, une « guerre de l’eau » éclate qui transforme en agora les plages du Gouleyrous.
Documentaire • 65 min • Réalisation Laurine Estrade et Jean-Baptiste Bonnet • Production Habilis Productions avec France 3 Occitanie

Mercredi 17 août

Candy Love et Toto Black
Mathi Matos et Fafa sur leur stand - « Candy Love et Toto Back »
© Elever la Voix Films

Les Aventuriers du match perdu
Ils sont quatorze, autant de femmes que d’hommes, jeunes et moins jeunes, à avoir fait confiance à Massimo Furlan, un metteur en scène helvético-italien venu les entraîner dans une étrange aventure : rejouer la demi-finale de la Coupe du monde de football de 1982, un match mythique entre la France et l’Allemagne de l’Ouest. Les Aventuriers du match perdu raconte le cheminement de ce groupe hétéroclite au fil d’une expérience mi-théâtrale mi-sportive, dont le point d’aboutissement est un spectacle donné au Stade Rennais qui fera office de stade Pizjuán de Séville, foulé par Platini, Rocheteau, Giresse, Trésor, Battiston… devant une foule de supporters transportés quarante ans en arrière pour revivre l’inéluctable et héroïque défaite de la France commentée par Thierry Roland et Jean-Michel Larqué.
Documentaire • 52 min • Réalisation Serge Steyer • Production Les Films de la Pluie et Ana Films avec France 3 Bretagne, TVR, Tébéo et Tébésud

Candy Love et Toto Black
Candy Love est une princesse du rimmel, un distributeur ambulant de paillettes, une spécialiste du nail art et des chiens en porcelaine… Avec ses amies du collectif les Toto Black, elle reçoit les spectateurs dans sa caravane rose bonbon et les amuse pour pas un rond. Cette vie de fête a pris un coup dans l’aile avec le covid. À 33 ans, Candy Love doit se réinventer tout en élevant son fils de 8 ans. Heureusement, elle peut compter sur sa bande de néo-forains pour rester une femme libre et rire de tout…
Documentaire • 52 min • Réalisation Gabrielle Culand • Production Elever la Voix Films avec France 3 Pays de la Loire

Mercredi 24 août

« Et la terre s’ouvrit une dernière fois »
« Et la terre s’ouvrit une dernière fois »
© Dublin Films

Et la terre s’ouvrit une dernière fois
En Pologne, dans la foret de Sobibor, Wojtek Mazurek, un archéologue, effectue des fouilles avec une équipe de jeunes pour faire émerger les traces du camp d’extermination. Témoins fragiles, des milliers d’objets ayant appartenu aux victimes sortent de terre. Cette recherche doit s’achever, car le chantier d’un nouveau musée-mémorial débute. Comment commémorer la Shoah sur ses lieux mêmes, aujourd’hui et demain, alors qu’advient une époque sans témoins ? Comment la Shoah, sa violence, continue-t-elle à travailler l’histoire, la mémoire et le présent de la Pologne, de ses citoyens, en particulier de ses jeunes dans une Europe de l’Est de nouveau en prise à la guerre ?
Documentaire • 52 min • Réalisation Arnaud Sauli • Production Dublin Films, avec France 3 Nouvelle-Aquitaine

Mercredi 31 août

« Des mots qui restent »
« Des mots qui restent »
© Les Films d’Ici

Des mots qui restent
Six personnes évoquent les souvenirs des langues de leur enfance. Ces langues, aujourd’hui en voie d’extinction, font partie d’une catégorie : les judéo-langues. Différentes les unes des autres, elles ont en commun, à l’instar du judéo-persan, du judéo-arabe et du judéo-espagnol, une composante araméo-hébraïque et, surtout, ont été écrites en lettres hébraïques, un caractère transmis de génération en génération. Nurith Aviv rend sensible ce dont il est porteur, au-delà de sa matérialité.
Documentaire • 52 min • Réalisation Nurith Aviv • Production Les Films d’Ici avec France 3 Grand-Est 

Toujours disponible sur france.tv 

Que Dieu te protège
Cléo Cohen se demande si, entre française, juive et arabe, il faut choisir. Elle rend visite à chacun de ses quatre grands-parents, juifs d’origines algérienne et tunisienne exilés en France dans les années 1960, pour interroger avec eux, et à travers l’œuvre de l’écrivain Albert Memmi, le sens de ces appartenances apparemment contradictoires qu’ils lui ont léguées.
Documentaire • 75 min • Réalisation Cléo Cohen • Production Petit à Petit Production avec France 3 Corse/Via Stella 

Ma sœur forever
Dans quelques jours, Claire se fiance. Depuis toute petite, elle a rêvé du prince charmant, d’une belle robe blanche et d’une lune de miel. Entourée de sa famille et de ses amis, elle savoure ce moment merveilleux. Mais, très vite, le mariage l’ennuie. Elle met fin à son conte de fées et poursuit sa vie dans l’ESAT, un foyer pour handicapés où elle vit. Devant la caméra de son frère, Claire interroge sa vie, les rêves possibles...
Documentaire • 52 min • Réalisation Florian Richaud • Production Tiresias Films avec France 3 Occitanie

Au bord de la piscine, Claire rayonne, tout à son plaisir de tourner un film. « Ça va m’apprendre des choses sur ma vie... Je vis une vie de star ». Elle rêve d’Hollywood, du festival de Cannes en robe de cocktail. Son frère, Florian Richaud, qui la filme avec tendresse, préfère la prévenir : « Je ne te promets rien... » Claire a 26 ans et vit en semi-autonomie dans un foyer pour personnes handicapées. Elle est vive, drôle, romantique. Sur son lit, elle écrit à son amoureux : « Je t’aime et peut-être tu seras comme dans mes rêves un prince charmant qui m’emportera dans une Porsche Jaguar... » Mais, le soir des fiançailles, elle déchante. Cela ne ressemble pas à un conte de fées et elle se demande si elle n’a pas fait une « grosse connerie ». L’aventure tournera court. Mais Claire songe à s’installer dans un studio. Entre le besoin de davantage d’indépendance et la crainte de la solitude, elle est encore hésitante. Quand le frère et la sœur ne dialoguent pas face caméra, Florian Richaud met ses pas dans ceux de Claire et la suit discrètement dans sa vie quotidienne, au foyer, à la gym, au travail – elle est agent d’entretien –, sur scène – elle fait du théâtre depuis l’enfance –, dans ses moments de joie et ses coups de blues, dans sa recherche obstinée et bouleversante du bonheur et de liberté.  

Le bleu te va bien
Quatre femmes font famille. Une mère : Maryvonne ; trois filles, trois sœurs : Lise, Justine et Lucie. L’année de ses 57 ans, Maryvonne, atteinte d’un syndrome amnésique, débarque en Ehpad. Lucie décide alors de filmer de l’intérieur ce corps familial chamboulé. Elle y explore les liens resserrés ou distendus, éprouve les distances nécessaires et parfois impossibles. 
Documentaire • 51 min • Un film écrit, réalisé et filmé par Lucie Rivolaen • Musique originale composée par Lys Perdrieau, interprétée par Lys Perdrieau et Lucie, Lise, Justine Rivoalen • Production Vivement Lundi avec France 3 Bretagne

« Lucie est à Cancale, Lise est dans l’Aveyron, Justine est à Saint-Aubin... » Dans sa chambre, il y a des pense-bêtes. Maryvonne prend aussi des notes sur ses journées. « Tél. Lise. Ça m’a fait plaisir », « Gym avec Alain ». Mais l’atelier hip-hop, elle ne sait plus de quoi il s’agit. « Tél. Lise (2e fois). Un oubli de ma part ». Elle a oublié l’objet de son oubli... Maryvonne a de gros problèmes de mémoire qui l’empêchent d’être autonome et l’ont menée à l’Ehpad de Landerneau à la fin de la cinquantaine. Elle s’en plaint. « Ça commence à faire long », dit-elle. « Là, j’ai plus rien, j’ai plus d’appartement, j’ai rien. — Ben, t’as trois filles. » Lise, Justine et Lucie se relaient auprès de leur mère. L’une est enceinte, et bientôt jeune maman, l’autre bergère, la troisième tient la caméra. Rires, mélancolie, trous de mémoire, préparation d’une purée qui rappelle l’enfance, balades, retours silencieux à l’Ehpad, conversations en visioconférence, etc., Le bleu te va bien raconte le temps qui passe, un équilibre fragile qui s’esquisse et ce que la maladie fait aux liens qui unissent ces quatre femmes. Pour ne pas étouffer, Maryvonne tapisse les murs de sa chambre de coloriages. « Je suis seule sans être seule ». « Je serai toujours là, l’été prochain ? — Y a des chances... »

Reflets bruts
Animateur d’atelier cinéma depuis des années dans les cités de Perpignan, Christophe Coello filme la façon dont un groupe de jeunes gens s’empare d’un dispositif institutionnel et s’en émancipe progressivement jusqu’à le faire disparaître. Au fil du temps, il observe la construction d’une conscience et d’un rapport au monde à travers l’acte de filmer. 
Documentaire • 52 min • Réalisation Christophe Coello • Production C-P Production avec France 3 Occitanie 

La Vie de ma mère
Longtemps, la réalisatrice a vu sa mère sans vraiment la regarder. Jusqu’au jour où elle découvre que celle-ci, arrivée à l’aube de sa retraite, prépare un long retour au Sénégal. Elle se demande alors qui est la femme derrière sa mère et comprend que, année après année, entourée de ses fidèles amies, elle a conquis son espace de liberté et construit sa propre identité.  
Documentaire • 52 min • Réalisation Maïram Guissé • Production Upian avec France 3 Normandie 

Mille jours
Sara, Hasan, Ghaith et Khairy ont une vingtaine d’années. Réfugiés syriens, ils se sont rencontrés à la Sorbonne à Paris. Avec leur professeur, le temps d’un week-end, ils se souviennent de leur vie d’avant, du voyage qui les a amenés en France trois ans auparavant. Sont-ils toujours ceux qu’ils étaient avant de partir ? Ensemble, ils remontent le fil de leurs mille premiers jours en France.
Documentaire • 52 min • Réalisation Laurent Rodriguez • Production Ego Production avec France 3 Centre-Val de Loire

Sri Landaise
Adoptée à l’âge de 3 semaines par un couple français, la réalisatrice retrouve à 24 ans sa mère biologique au Sri Lanka.
Documentaire • 74 min • Réalisation Maylis Dartigue • Production Sisters Production avec France 3 Nouvelle-Aquitaine 

Deux femmes invitent celle qui les filme à laisser tourner la caméra et à venir les rejoindre de l’autre côté afin qu’elles soient ensemble à l’image. Un geste très symbolique puisque l’une de ces deux femmes est la mère biologique de la réalisatrice. Six ans plus tôt, Maylis Dartigue, est revenue au Sri Lanka où elle fut adoptée en 1989 par un couple de Français. Une adresse un peu vague, un nom, quelques papiers administratifs, et voici qu’avec l’aide bienveillante d’un policier, d’employées de mairie, une recherche s’esquissait. Et aboutissait avec une rapidité qui troublait la réalisatrice. « C’est le risque. Quand on cherche, on risque de trouver », lui lançait l’amie qui la filmait alors. Alternant les images d’aujourd’hui, celles de 2013, les archives familiales, les retrouvailles, les longs plans contemplatifs de la nature, les conversations dans un anglais approximatif, Sri Landaise raconte avec peu de mots et beaucoup de délicatesse l’histoire d’une identité qui s’invente entre deux lignées et deux cultures. 

Lynn et Paris
Un couple d’Allemands sans domicile fixe se retrouve confiné à Lyon dans sa camionnette lors de la première vague de covid-19. Lynn et Paris s’aiment passionnément, ils veulent un enfant, ils rêvent et projettent leur futur dans la ville désertée qui désormais leur appartient. Mais des brèches apparaissent dans cette bulle de bonheur : la santé de Paris est fragile, les démons de son passé sont toujours là, les obstacles à surmonter sont nombreux…
Documentaire • 75 min • Réalisation Arno Bitschy • Production Les Films du Balibari avec France 3 Auvergne-Rhône-Alpes 

Avec leur tempes rasées et leurs mèches de cheveux couleur pervenche, ils ressemblent à un couple insouciant et cool. Ils flânent dans les rues de Lyon désertées pour cause de confinement, accompagnés de leur chien Baloo, s’attardent devant la vitrine d’un magasin de vêtements de mariage. Mais Lynn et Paris dorment dans une camionnette, survivent de petits boulots, quand ils le peuvent, ou font la manche – la pandémie, évidemment, rend tout plus compliqué. Ils ont fui l’Allemagne, qu’ils détestent et où ils ont laissé un passé douloureux – pour lui, une enfance faite de maltraitance et d’abus. « Tu es en France, maintenant, et ici, les gens s’entraident. » Lynn et Paris rêvent d’une vie future plus heureuse, de dîners avec les enfants, d’une nourriture saine, d’un travail mais de temps libre à passer en famille. En attendant, ils ont leur amour et beaucoup d’optimisme. Il en faut car la santé de Paris se dégrade : asthme, allergies, troubles psychiques, problèmes d’élocution… On a évoqué la sclérose en plaques.
D’Arno Tischy, on avait pu voir, diffusé en 2019 sur Arte, le très beau This Train I Ride, sorte de road movie ferroviaire dans les pas d’une poignée d’hommes et surtout de femmes traversant les États-Unis à bord de trains de marchandises et faisant du vagabondage un art de vivre. On retrouve ici le regard doux, caressant et empathique du réalisateur, monteur de formation, peut-être un peu plus grave mais en tout cas sans apitoiement ni jugement, mais aussi le respect pour cette liberté têtue qui reste le dernier bien de ceux que l’existence a cabossés.


 

Publié le 08 août 2022
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