« Les Victoire de la Musique 2022 » : à vous de voter !

Rendez-vous  incontournable de l’année, « Les Victoires de la Musique » auront lieu le 11 février prochain à La Seine Musicale. En attendant cette 37e cérémonie diffusée en direct sur France 2, vous pouvez dès à présent voter pour trois catégories : « Chanson originale », « Création audiovisuelle » et « Concert ».  Et les nommés sont...

Les Victoires de la Musique 2022. © DR

À vous de voter ! 

Du 10 janvier à 20.00 au 10 février à 20.00, votez pour vos artistes préférés nommés dans les trois catégories : « Chanson originale », « Création audiovisuelle » et « Concert »  

Artiste masculin

Julien Doré 
2021 : année intense pour Julien Doré. Au-delà de son sourire, de sa voix malicieuse, de ses cheveux et de son humour sur les réseaux sociaux, parlons de ses chiffres. En quatorze ans de carrière, c’est sa 10e nomination, avec déjà 5 Victoires acquises, dont celle de « l’Artiste de l’année » obtenue il y a sept ans. Au total, Julien Doré « pèse » 2 millions d’albums vendus et plus de 450 millions de streams pour cinq albums studio et un acoustique. Et sa 6e tournée s’annonce marathon avec 50 dates (dont 3 Accor Arena à Paris) qui débutent 15 jours après la Cérémonie.
Aimée, fort de 9 nouveaux titres, dont des acoustiques et le duo « Larme fatale » avec Eddy de Pretto, est devenu « Aimée encore » dans lequel on peut lire en ouverture : « À ma grand-mère de 100 ans / à toutes les femmes / aux générations d’antan… » À noter que tous les revenus de l’artiste pour cette édition augmentée sont reversés à l’association Les Blouses roses. 

Feu! Chatterton 
« Monstre à cinq têtes », Clément Doumic, Raphaël de Pressigny, Arthur Teboul, Antoine Wilson et Sébastien Wolf forment depuis dix ans Feu! Chatterton. Les groupes nommés avant eux dans cette catégorie sont Noir Désir et Bigflo et Oli. Ils ont trois albums – tous disques d’or – en poche. Ils étaient déjà nommés en 2016 et 2019 aux Victoires. Ces trois nominations « (nous) rendent très fiers du travail accompli… c’est fou, on n’y croyait pas ! » ont-ils réagi. Et le mois de février s'annonce chargé pour ces princes de l’élégance avec, la veille de la cérémonie, un Zénith complet où ils retrouveront un public de plus en plus large et réceptif à leurs chansons rock-héroïques aux paroles précises. Sans cesse dans l’action créative, ils citent volontiers cette phrase de Dylan : « Celui qui n’est pas occupé à naître est occupé à mourir. »

OrelSan 
Il y a dix ans, il remportait ses deux premières Victoires (« Album Rap » et « Artiste révélation du public »). Avec les quatre de cette année, il cumule 12 nominations pour déjà 7 trophées remportés. Seuls Bashung, M, Hallyday et Souchon ont fait mieux… En 2018, au JT de France 2, Jean-Paul Rouve disait tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « Il y a eu Brassens, puis Renaud, maintenant il y a OrelSan. » Sans illusion mais sans cynisme, il sait regarder son époque quelle que soit sa décennie (il aura 40 ans en août). Sans jamais être moralisateur, OrelSan est passé de l’ado conscient à l’adulte inquiet. Avec ses mots empruntés au quotidien, simples, basiques, il sait toucher toutes les classes sociales. En toute tranquillité, cet énorme bosseur crée tout bonnement, et presque sans s’en rendre compte, une œuvre. 
 

Artiste masculin
Julien Doré / Feu! Chatterton / Orelsan
© Goledzinowski./ Antoine Henault / Alice Moitié

Artiste féminine

Juliette Armanet 
La variété chic était la marque de fabrique de Juliette Armanet tout au long de la vie de Petite amie, son premier album double platine avec lequel elle remporte, en 2018, la Victoire de l’Album révélation. Toujours fidèle à son piano, elle a toutefois monté le son, lorgnant vers un glamrock/disco sous l'héritage de Christophe. En quatre ans, elle aura vécu une tournée, avant ce silence imposé qui a toutefois renforcé son inspiration de compositrice. Elle a donné sa voix à Julien Doré, Malik Djoudi, Christophe, Benjamin Biolay, Moodoid et bien sûr Véronique Sanson pour des duos marquants, comme pour mieux se frotter aux autres et grandir encore. Autre histoire :  Juliette Armanet est devenue maman et s'offre une autre façon de voir la vie et de la raconter en chansons. De quoi rester so chic toujours, et toujours prête à allumer son feu intérieur. 

Hoshi
Il y a deux ans, un mois après avoir interprété « Amour censure » sur la scène des Victoires pour sa nomination dans la catégorie « Révélation scène », sortait Sommeil levant, son second album. En juin de l’année dernière, Hoshi en proposa une nouvelle mouture avec pas moins de 13 nouveaux titres sous le nom d'Étoile flippante. Y sont inclus un duo avec sa grand-mère, supportrice des premiers jours, et un autre avec Benjamin Biolay : « Pleurs de fumoir ». Une chanson pour laquelle les deux artistes ont proposé un court-métrage où Biolay, pour donner du baume au cœur à une Hoshi privée de scène et qui s’interroge, lui dit : « En chantant, vous donnez de l’espoir aux gens. » Et c'est ce que Mathilde Gerner sait faire de mieux avec ses textes évoquant la jeunesse, le pardon, la peur et l’amour. Sans être une porte-parole, Hoshi (« étoile » en japonais) incarne l’air du temps avec ses doutes et ses affirmations. 

Clara Luciani
Apparue en 2017 avec son EP « Monstre d’amour », après avoir quitté le groupe La Femme, Clara Luciani est au générique des Victoires pour la 3e fois avec sa 4e nomination, et déjà deux trophées remportés, dont celui de « l’Artiste féminine » en 2020. Portée par sa chanson « La grenade », devenue un hymne féministe, l’album Sainte Victoire, certifié triple platine, l’installe parmi les voix populaires. Sortie indemne mais changée de ce tourbillon de vie, c’est « déniaisée » (déclarait-elle au journal Le Monde) qu’elle aborde le délicat exercice du deuxième album, celui où l’on sait que l’on est attendu. Public et critique ont eu à cœur de suivre la — bientôt — jeune trentenaire dans son ambiance disco funky aux paroles réfléchies. Et la sympathie et le sourire de la jeune femme — à la frange — de Martigues n’y sont pas pour rien !
 

Artiste féminine
Juliette Armanet / Hoshi / Clara Luciani
© Studio l'Etiquette / Axel Van Hessche / Alice Moitié

Révélation masculine

chien noir
Sans majuscule, chien noir est le nom d’artiste — emprunté à L’Île au trésor de Stevenson — de Jean Grillet. Durant son enfance — que l’on devine pas vraiment rose —, il grandit du côté de Bordeaux où il rencontra Mark Daumail (Cocoon) qui lui mit le pied à l’étrier. Piano à 6 ans, guitare à 13..., il retrouve plus tard la musique pour raconter son moi intérieur, enrobé d’un écrin de douceur, dans la lignée d’un Sufjan Stevens. Ses Histoires vraies racontées à voix basse, et parmi lesquelles figure son « Histoire vraie » (bande son de la pub La Redoute), ont déjà été repérées par le chantier des Francos et le dispositif d’accompagnement Le FAIR. Celui qui a déjà écrit pour Vanessa Paradis, casquette toujours vissée sur la tête, n’a pas fini de chercher des réponses à des questions complexes sur la vie qui vaut d’être vécue. 

Myd
Si Quentin Lepoutre est nommé pour la première fois aux Victoires, il a déjà vécu les joies de la nomination lorsqu'il concourait pour le César de la meilleure musique en 2018 pour la BO de Petit paysan. Il aura attendu dix ans, depuis la sortie de son premier EP,  pour proposer son unique album, digne des grandes heures de la french touch (sur le mythique label Ed Banger). Hyperactif, il fut membre, avec ses amis de la FEMIS, du groupe Club Cheval, DJ reconnu à l’international, mais aussi producteur pour Brodinski et Theophilus London. Il a aussi et surtout composé avec DJ Kore le « Champs-Élysées » de SCH. Myd, et ses lunettes fumées fétiches, ne s’interdit rien et papillonne volontiers et en toute logique entre électro, pop et hip-hop, s’offrant même la présence de Mac DeMarco dans un clip où les deux icônes du cool apparaissent en déménageurs de luxe. 

Terrenoire 
La fratrie Herrerias, avec Raphaël « le terrien » qui signe les textes et compositions, et Théo, « l’aérien »,  à la compositions et à la production, sont deux voix qui viennent d’ailleurs. Un ailleurs situé géographiquement dans le quartier ouvrier de Terrenoire à Saint-Étienne. Mais surtout un ailleurs musical où la poésie, à la douceur parfois sensuelle, se marie à l'audace sonore, sous le triple patronage de Bashung, Radiohead ou Frank Ocean. Une semaine avant ces Victoires, ils offriront à leur premier album, sorti en août 2020, une suite intitulée « Les forces contraires : LA MORT ET LA LUMIÈRE » où la mémoire de leur papa illumine l'ensemble de l’œuvre, dont le poignant mais sans pathos « Derrière le soleil ». Année intense pour Terrenoire qui chante aussi sur le 23e album d’un autre Stéphanois, Bernard Lavilliers, sur le titre « Je tiens d’elle », en hommage à leur ville.  
 

Révélation masculine
chien noir / Myd /Terrenoire
©Emilio Chulia / Alice Moitié / Elisa Baudoin


Révélation féminine

L’Impératrice
On sourit d’abord, puis on danse doucement à l’écoute de la musique de l’Impératrice qui ressemble à une parfaite bande-son d'une vie insouciante. En 2022, ils fêtent leurs dix ans de carrière, parsemés d’étapes marquantes, à commencer par l’arrivée de Flore en 2015, leur chanteuse, qui a transformé à jamais leur funk original. Autre étape majeure, leur passage au festival Coachella en 2020, point d’orgue d’une tournée mondiale (Mexique, Turquie, Chili…) qui, au contact de publics disparates, modifie leur approche de la musique, devenue plus chaleureuse. Même si le sens (en français ou en anglais) n’est jamais oublié, les basses tournent rond, ambiance propice à se croire sur un dance floor imaginaire. Tako Tsubo (« syndrome du cœur brisé » en japonais), leur second  album conçu à Tanger et réalisé par Renaud Letang (sorti sur leur fidèle label Microqlima), est un remède efficace à la morosité ambiante. 

Barbara Pravi
Début février, Barbara Pravi est sur la scène du Trianon pour deux soirs. Il y a dix an, elle y était serveuse. Novembre 2016, c’est dans la comédie musicale Un été 44 qu’on la découvre. Son premier EP sort l’année suivante, et Florent Pagny l’emmène en tournée pour 23 dates. Impossible de parler d’elle sans évoquer sa splendide seconde place au Concours de l’Eurovision avec l’hymne « Voilà », coécrit avec Lili Poe et Igit. Oui, mais voilà, ce n’est qu’un début de carrière... et son premier album On n’enferme pas les oiseaux, entre force et tendresse, l’installe en héritière des grandes voix, Piaf en tête. Barbara Pravi a fait de sa vie une chanson infinie, aussi bien pour elle que pour les autres. Elle marque en effet  de sa patte des titres pour Yannick Noah ou Terrenoire, mais aussi « Bim Bam Toi » de Clara et « J’imagine » de Valentina pour l’Eurovision junior. Artiste engagée pour le droit des femmes,  elle émeut à tous les coups. 

Silly Boy Blue
Ana Benabdelkarim est Silly Boy Blue, par ailleurs un titre de David Bowie qui figure sur son premier album. L’adolescente tendance gothique trouvait refuge dans « sa » musique résolument anglo-saxonne (Placebo, Siouxsie & The Banshees, Marilyn Manson, The Cure…) et écrivait des textes – déjà sombres – dès 14 ans. Native de Nantes, elle rejoint en 2016 le groupe Pegase et s’en affranchit dès 2018. Depuis, elle trace sa route entre minimalisme folk,  du côté de Joni Mitchell et Elliott Smith, et flamboyance pop rappelant parfois The Do ou Lana del Rey. A l’heure du Stream roi, son premier album — inclus le tube générationnel « Teenager » — est construit avec un début, un milieu, une fin et raconte ses expériences de vie, l’inévitable rupture en tête de liste. Crue dans ses mots pour mieux dire la vérité, Silly Boy Blue redonne du courage et de l’espoir à ceux qui les ont perdus. 

 

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L'Impératrice / Barbara Pravi / Silly Boy Blue
© Emma Birski / Nicolas and Siermond / Manu Fauque

Album

« Brûler le feu » — Juliette Armanet 
« Cet album aura été une cathédrale à construire », confiait Juliette Armanet aux Inrocks. Brûler le feu voit son piano fétiche s’enticher du dance floor, sans oublier ses ballades oniriques qui l’ont fait connaître. Le feu, qu’il soit flamme ou incendie, et fil rouge de ce second album, n’est « pas un élément destructeur,c’est un élément qui peut nous régénérer ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que, en 13 morceaux, Juliette Armanet pète le feu au milieu de l’amour dévorant qui la consumait lors de son écriture. Hymne à l’amour, excès accepté, elle se la joue diva pop, plus Donna Summer que Madonna. Sans oublier l’amour qu’elle a pour son public avec son « Je ne pense qu’à ça ». Cinq jours après la soirée des Victoires, elle sera face à lui pour deux Olympia complets. Sa plus belle histoire d’amour ? 

« Civilisation » – OrelSan 
Avant de parler du contenu, parlons du contenant, Civilisation, le 4e album solo du (faux) Caennais, arbore un drapeau avec en son centre un shuriken dont il livre la signification à NRJ : « J’ai gardé le rouge et le bleu de la France. J’ai rajouté du vert pour la province et pour la nature. À droite, c’est le fond vide de Photoshop où tu peux rajouter ce que tu veux ». Puis il y a le CD en lui-même, avec ses 15 éditions différentes, dont celui avec la « rondelle » de « La quête », une édition limitée et signée qui se vend déjà à plus de 2 000 €.  Et, must du must, dans une référence à Charlie et la Chocolaterie, il a glissé dans cinq exemplaires un ticket d’or permettant d’obtenir à vie une invitation pour deux personnes à tous ses concerts, hors festivals. À trois mois des élections, il prend la parole sans faux semblant, sait rester potache et n’hésite pas à être tendre. Pas de lassitude, pas d’impatience et surtout pas de pannes d’inspiration. Résultat: 138 929 ventes en première semaine !

« Cœur » — Clara Luciani
Cœur s’ouvre sur le titre « Cœur », démarrant avec un battement du cœur comme pour donner la pulsation de la vie retrouvée. Le cœur grand comme ça de Clara Luciani est au centre de son propos, car exception faite d’un titre, les dix autres contiennent le mot « cœur ». Si les chansons ont d’abord été écrites guitare/voix, la tonalité de ce second album est à chercher du côté d’ABBA qu’elle avait besoin d'écouter à fond pour se lever en temps de covid. À mi-chemin entre Michel Legrand et Sylvie Vartan (pour qui elle vient d’écrire), elle a ainsi imaginé un hymne à la joie pour des jours meilleurs,  parsemé toutefois de titres plus introspectifs, voire sombres, car elle a des choses à dire à son époque : « Me voilà tout comme avant mais en adulte ». Avec sa culture guitaristique (ici discrète), le Cœur de Clara Luciani se place sur le toit de la variété française aux côtés d’une Françoise Hardy.

« Géographie du vide » — Hubert-Félix Thiéfaine
Cette année, Hubert-Félix Thiéfaine est l’unique représentant du XXe siècle. C’est sa 5e nomination pour deux trophées obtenus en 2012. Il écrivait sur son premier album : « Le fou a chanté dix-sept fois » et pourtant il a sorti son 18e opus en octobre dernier aux sonorités plus qu’actuelles. Comme à son habitude maintenant, il a confié les compositions à différents artistes, dont Lucas, son fils, et son bassiste Marc Perrier.  Sont présents les « habituels » Arman Méliès, JP Nataf et les nouveaux venus Nosfell et Joseph d’Anvers. Il y a même un clin d’œil à Johnny Hallyday et Hubert Reeves, sans oublier Mary Stuart et Rimbaud qui sont aussi convoqués. On trouve sur « Page noire », écrit bien avant la pandémie : « Nous n’avons plus le temps d’imaginer le pire ». Parfait résumé de 44 ans de carrière entre rock et poésie.

« Palais d’argile » — Feu! Chatterton 
« Idée séduisante », répondit Arnaud Rebotini (BO de 120 battements par minute) au mail envoyé par le groupe lui proposant la réalisation de leur 3e album. « Idée de génie », répondit la presse, une fois les 13 titres enregistrés au mythique studio ICP de Bruxelles. Ce Palais d’argile subtilement électro est présenté comme un « pamphlet adressé à la start-up nation obsédée par le progrès et une ode lumineuse à la Nature et à la transcendance ». L‘idée était d’aller chercher du côté de LCD Soundsystem, mais avec du boisé dedans, sans avoir peur de sortir du format pop song avec des morceaux qui durent parfois jusqu’à 9 minutes. C’est sur la base d’une série de concerts aux Bouffes du Nord, spectacle qui n’a pas pu se tenir, qu’est né ce troisième volume de leurs aventures, avec toute la vigilance de la note et du mot justes qui les caractérise. En fin d’année, quatre titres live ont été ajoutés à l’original.  
 

Album
Album
©DR

Chanson originale

« Bruxelles je t’aime » – Angèle 
Auteur/compositeur : Angèle 

Tout comme Joséphine Baker, Angèle a deux amours, son pays et Paris. Tenue loin de chez elle, entre une longue tournée et la promotion de Brol, vendu à plus d’un million d’exemplaires, elle a voulu rendre un hommage à sa ville natale. Mais Angèle a choisi : « Bruxelles est la ville dans laquelle je vis, dans laquelle je me balade, où je mange des gaufres, où je bois un verre avec mes potes. Je suis beaucoup plus faite pour vivre dans une ville comme Bruxelles que Paris », déclare-t-elle sur Bel-RTL. Écrite pendant le confinement, sa déclaration d’amour « Bruxelles je t’aime » rejoint d’illustres prédécesseurs comme Jacques Brel, Dick Annegarn ou encore Arno. Si paroles (elle y glisse deux phrases en flamand) et musique sont de son fait, tout le reste revient à Tristan Salvati, fidèle complice des débuts. Angèle est sur de bons rails — à l’image de son clip ferroviaire. 

« Le dernier jour du disco » — Juliette Armanet 
Auteurs : Juliette Armanet, Diane Jacqus / Compositeurs : Juliette Armanet, Adrien Armanet 

« Le dernier jour du disco » est une histoire de fin et pourtant c’est ainsi que Juliette Armanet débute le second round de sa carrière. Seule chanson où elle partage l’écriture (avec la journaliste Diane Jacqus), elle l’a composée avec son frère Adrien et a confié la production à SebastiAn, Marlon B et Yuksek. Dans le clip aux couleurs orange/rouge qui se trouvent partout dans ses visuels, Armanet apparaît sage, assise devant son piano posé sur l’eau, le tout sur fond de soleil couchant. Puis, après l’apparition d’une larme à paillettes, à 0’53 exactement, son corps est pris d’une frénésie de danse exutoire. Ce titre aurait pu s’appeler « coquelicot », mot qui donne un parfum tendre au refrain, fleur fragile s’il en est, qu’elle prononce avec amour. Romantisme, énergie, sourire « quand même », pari gagné, elle continue à surprendre son monde

« L’odeur de l’essence » — OrelSan 
Auteur : OrelSan / Compositeurs : Skread & Phazz

Si chaque ligne de « L’odeur de l’essence » est importante, on s’attardera sur celle-ci : « Voilà c'qu'on a quand on censure les artistes. » Certains, à juste titre, voient ici la suite de « Suicide social » paru en 2011 sur Le Chant des sirènes. Ses textes sont « souvent en bordel », mais là, ils sont surtout précis, incisifs et crucifient le capitalisme et l’individualisme. Ce titre, dans l’ordre de l’album, succède — ce qui est tout sauf un hasard — à « Manifeste », d’une durée de 7’22, qui est un scénario de l’air du temps tragique. Skread, son « horloger » (mais également l’initiateur avec Ablaye du label 7th Magnitude, créé bien avant le succès) est aux manettes, avec la complicité de Phazz, petit nouveau dans la galaxie OrelSan. Avec ce titre il remplit la mission qu’il s’est donnée : « J’ai envie d’écrire des trucs qui servent à quelque chose ». Le dernier mot du texte est CRASH, on ne pourra pas dire que personne ne nous avait prévenu. Merci l’artiste !

« Monde nouveau » — Feu! Chatterton 
Auteurs/compositeurs : A.Wilson, A.Teboul, C. Doumic, R. de Pressigny, S. Wolf

Si on peut réfléchir avec Feu! Chatterton, on sait danser aussi. Ils posent une question cruciale : « Que savions-nous faire de nos mains ? », avec une réponse qui fait froid dans le dos, « Zéro / presque rien » qui, en concert, déchaîne les pieds du public. Ne nous trompons pas, « Monde nouveau », tout comme « Palais d’argile » ont été écrits bien avant la pandémie. Parfois les chansons devinent le futur... Les écrans sont une thématique de l’album : « Nos mains savent attraper le bluetooth ». Pas de jugement, mais l’alerte est lancée. « Je me souviens mal du monde d’avant », chante de sa voix tendre et rocailleuse Arthur Teboul dans « Écran total », la presque suite de ce premier single. Cohérence et force du groupe : paroles et musiques sont signés de ses cinq membres. « Il faut être capable de célébrer », nous ont-ils dit en réaction à cette triple nomination. On leur fait confiance. 

« Respire encore » — Clara Luciani
Auteur : Clara Luciani / Compositeurs : Clara Luciani, Sage

« Respire encore » est le second extrait de Cœur et sonna le début de l’été en sortant le 11 juin. À la base, ce titre contait l’histoire d’une seule personne sortant d’une relation toxique et qui réapprenait à plaire, à séduire. Mais, au fur et à mesure, Clara Luciani transforma cette tranche de vie pour qu'elle devienne notre histoire commune, afin de se réjouir de la liberté retrouvée après confinement et autre couvre-feu. « Dans le bordel des bars le soir» résume cette envie d’insouciance si cela est possible, à l’image du clip où les danseurs, au départ figés, se libèrent dans un désir de fête devant une Clara très disco queen. Sage (son « docteur chanson »), alias Ambroise Willaume (Revolver), déjà compagnon sur Sainte Victoire, cocompose ce titre avec Clara (comme la quasi-totalité de l’album) et le coréalise avec Breakbot. À noter la présence de sa sœur Léa aux chœurs.
 

Chanson originale
Chanson originale
©DR

Concert

« Hyper Live » — Hervé. Production : Romance Musique 
Des six artistes révélations de l’an passé, Hervé (Le Sourd) — qui a remporté la Victoire — est le seul à revenir cette année. Si, à l’évocation de son (pré)nom, on invoque Bashung, il ne faut jamais oublier qu’il ajoute à la chanson française l’énergie de la scène mancunienne des années 90 (Stones Roses, Happy Mondays). Pile électrique, avec son « Hyper sourire », il investit la scène comme s'il remettait chaque jour sa médaille en jeu. Après La Cigale en juin, l’Olympia en octobre, celui qui a eu le temps d’écrire pour Hallyday fit sa « finale » lors de son dernier concert de l’année à l’Élysée Montmartre. Le foot, qu’il pratiqua longtemps, est omniprésent dans son approche, si bien que la version enrichie de 5 titres de son premier album s’appelle Prolongations. Même son merchandising emprunte les codes du foot avec une superbe écharpe digne d’un club anglais aux couleurs jaune et noir de son album. 

« Paradis » — Ben Mazué. Production : Furax
C’est au milieu de la verdure et des fleurs que Ben Mazué a chanté son « Quand je marche », lors de sa première apparition l’an passé aux Victoires. Retour gagnant : il revient pour défendre son « spectacle de conteur », « Paradis ». Entre stand up et concert, il aime raconter sa vie, sans oublier de nous parler de la nôtre. On passe des rires aux larmes dans cette randonnée mentale en compagnie de son propriétaire Monsieur Lesieur, d’un orchestre à cordes en ombre chinoise, ou d’un duo avec la (grande) tête projetée de Pomme. Sa marche imaginaire nous fait voyager dans la fin de son couple, thème de son dernier album où il y intègre les « classiques » de son répertoire, fort de quatre albums en dix ans de carrière. Sur scène, en bon ami fidèle, il retrouve la même équipe des débuts avec, en chef d’orchestre, Robin Notte, et à la mise en scène Christophe Gendreau (ex-Wriggles). Émotion(s) partout !

Woodkid. Production : Junzi Arts
C’est la 4e nomination pour Woodkid, huit ans après avoir remporté la « Victoire de la Révélation scène ». Suite à un succès immense, il annonce arrêter la musique pour se consacrer uniquement à l’image, son premier amour. Heureusement, il revient sur cette décision, et S16 voit le jour il y a deux ans. Avant de promener son show électro symphonique à travers le monde, il va retrouver, avec ces Victoires, La Seine Musicale qu’il a investie trois fois début novembre. En directeur artistique créatif et méticuleux, il déclare à propos de la scène : « J’aime l’inattendu, les rencontres et le mouvement. » Mission accomplie, le silence ayant même son mot à dire dans sa chorégraphie avec ses projections gigantesques à couper le souffle. À noter que, cet été, il a composé « Prologue », la musique de la passation des Jeux Olympiques entre Tokyo et Paris, entendue lors de la cérémonie de clôture. 
 

Concert
Concert
©DR


Création audiovisuelle

« Bruxelles je t’aime » – Angèle. Réalisateurs : Julien Malègue et Antoine Mayet (Global)
Même sous un ciel gris, des Marolles à l’Atomium, Bruxelles, la multiple, la bilingue, notre capitale européenne, est à l’image d’Angèle : souriante et friendly. Le train du clip qui la ramène chez elle respire l’enfance et la joie. Le duo Global (Gambi, Ichon, Squeezie), composé de Julien Malègue et Antoine Mayet, a tourné en Ukraine ce clip parsemé de détails sur ses deux villes, où les pigeons parisiens côtoient l’iris, fleur symbole de Bruxelles la belle. Comme si, entre la gare du Nord et celle du Midi, Angèle s’endormait pour mieux danser avec ses amis retrouvés. Ces boules à facettes et ces paillettes à gogo sont vues par 9 millions d’amoureux d’Angèle et/ou de Bruxelles. Il ne faut pas s’étonner de ne la voir nommée cette année qu’autour de « Bruxelles je t’aime », « Nonante cinq » étant sorti après la date de prise en compte des votes. Nul doute que l’an prochain Angèle Van Laeken sera au programme. 

« Le reste » — Clara Luciani. Réalisateur : Alice Rosati 
« Le reste », ou comment faire d’une rupture une chanson d’humeur joyeuse avec le mot « cul » dedans. Premier extrait de Cœur, ce clip réalisé par Alice Rosati (photographe) a été vu, depuis avril, plus de 12 millions de fois. Désireuse de réunir deux composantes de son enfance, à savoir la Provence et l’imaginaire de Jacques Demy, Clara Luciani a tourné son clip à Sanary-sur-Mer avec des couleurs dignes des Demoiselles de Rochefort. Clara y déambule dans les rues en pantalon jaune et chemise bleue et se retrouve même dans une brouette remplie de citrons. Dans la scène du salon de coiffure, en figurante de choix, Évelyne, sa maman, fait une apparition remarquée. On pense aussi à la modernité de La La Land et à l’intemporalité de Michel Legrand, qui, lui, chantait « Les moulins de mon cœur ». Cœur avec les mains en vue pendant toute sa tournée des Zénith avec, en point d’orgue, un Bercy en décembre prochain.

« Montre jamais ça à personne » — OrelSan
Réalisateurs : Clément Cotentin & Christophe Offenstein. 

Six épisodes de 42 minutes pour ce documentaire que le frère cadet d’OrelSan, journaliste sportif reconnu, persuadé de l'avenir prometteur de son frère, a initié dès le tout début. Christophe Offenstein, coréalisateur de Comment c’est loin, est de la partie. Mené à la première personne du singulier, ce docu est disponible sur Prime vidéo depuis le 15 octobre. S’y mêlent images tournées par l’omniprésent Clément (ce qui lui vaut moult doigts d’honneur de Skread), images d’archives et d'interviews — dont celle de l’actuel président des Victoires, Stéphane Espinosa, qui le signa en label — et images de ses parents et d’artistes amis. Dans ce récit chronologique, on est subjugué par la notion de fidélité et d’amitié indéfectible qu’Aurélien Cotentin a en lui. Gringe (Casseurs Flowters) en est l’exemple type. Le récit s’arrête au début de la création de Civilisation, mais il est à parier que le petit frère a en boîte la rencontre entre OrelSan et Pharrell Williams pour continuer de nous faire vivre la vie de cet antihéros magnifique. 
 

Création audiovisuelle
Création audiovisuelle
©DR

Album de l’artiste masculin le plus streamé (entre le 1er décembre 2020 et le 19 novembre 2021)

« JVLIVS II » – SCH
Pour Julien Schwarzer, connu sous le nom de SCH ou plus simplement Le S, les années se suivent et vont crescendo, avec en ligne de mire, pour 2023, le stade Vélodrome à Marseille, sa ville natale. En 2021, quatre jours après sa sortie, le rappeur à la voix grave voit son 5e album, JVLIVS II, certifié disque d’or. Il est l’album le plus streamé (171 181) pour la période, ce qui lui ouvre les portes des Victoires en 2022. JVLIVS est son double de fiction, SCH, fin cinéphile tendance Scorsese/Le Parrain, joue sur ces codes pour développer ses propres scénarios. Mafia italienne pour le vol. 1 avec un SCH en fourrure, ambiance dock et container rouge, entre Marseille et Gibraltar, pour le vol. 2. Il est également l’un des artistes les plus demandés en feat. (16 fois en 2020), dont l’inoubliable « Bande organisée » sur 13’ organisé. Il n’a pas fini de combler ses « gâtés », comme il appelle ses fans.
 

Artiste masculin le plus streamé
Album de l'artiste masculin le plus streamé.
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Album de l’artiste féminine le plus streamé (entre le 1er décembre 2020 et le 19 novembre 2021)

« Aya » – Aya Nakamura
L’an passé, Aya Nakamura était nommée dans la catégorie « Artiste interprète féminine » quelques semaines après avoir sorti son 3e album, Aya. Porté par les singles « Jolie nana » et « Doudou », il cumule en stream sur la période l’équivalent de 116 693 albums. Sur cet album, elle signe la quasi-totalité des textes et s’impose comme autrice en enrichissant la langue française. Langue qu’elle conserve pour sa carrière vers l’international où tout s’accélère avec pas moins de 19 pays où sa discographie est certifiée or ou platine. On y trouve trois featurings, avec les deux britanniques Stormzy et Ms Banks et le Français Oboy. Sa personnalité et son succès sont aussi une source immense d’inspiration pour une nouvelle génération de chanteuses (Lyna Mahyem, Ocevne, Meryl…). Sur la pochette, on la voit sourire posé nous regardant droit dans les yeux, sûre du chemin accompli et de celui qui l’attend.
 

Album d'une artiste féminine le plus streams
Album de l'artiste féminine le plus streamé.
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Publié le 10 janvier 2022
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