Le béton, un colosse aux pieds d’argile

Il avait jusque-là bonne réputation. Il faut dire, à sa décharge, que le béton avait prouvé pendant la Seconde Guerre mondiale qu’il était hautement résistant. Seulement, depuis le terrible accident de Gênes, les langues se délient. Ce matériau tout-puissant dans le BTP n’est pas si fiable, à bien y regarder. « L’Envers du béton », c’est ce dimanche dans « Le Monde en face », à 20.55 sur France 5.

« Le Monde en face : L’envers du béton ». © Elephant Adventures

À moins d’avoir opté pour un habitat en bois, en brique ou en pierre, on serait tenté, une fois le documentaire regardé, d’inspecter notre cadre de vie, car les constructions en béton qui nous abritent peuvent s’avérer aussi fragiles que ces ouvrages d’art utilisés pour franchir des vallées, des voies ferrées, des rivières ou des axes de circulation. Pour rappel, le béton est un assemblage de granulats, de sable, d’eau aggloméré par un liant (le ciment, le plus souvent) et utilisé de façon exponentielle depuis la Seconde Guerre mondiale. Regardez les blockhaus et les murs érigés pour protéger l’armée allemande de la contre-attaque des Alliés. Ils ont à l’époque bien résisté aux attaques aériennes et terrestres. Des masses de béton armé érigées en un temps record qui ont démontré leur utilité lorsqu’il s’est agi de reconstruire des villes et des ponts dévastés par les bombardements et d’offrir un toit à ceux qui n’en possédaient plus. Des édifices et des structures qu’on a cru, à tort, indestructibles. Le béton n’est pas une matière figée. Il est, lui aussi, soumis aux aléas climatiques et au temps qui passe, qu’il soit ou non renforcé par des armatures en acier, et il peut être victime de l’ettringite différée*.

C’est au travers de cette commission d’enquête qu’on a vu apparaître le sujet « pont-béton », parce que les ponts en béton ont quasiment tous le même âge, ils ont tous les mêmes désordres en même temps et ils tombent tous malades en même temps. Ce qui est scandaleux dans l’histoire des ponts en béton, c’est qu’on le sait.

Nadia Sollogoub, sénatrice de la Nièvre, faisant référence au rapport sur la sécurité des ponts en France

L’onde de choc après l’effondrement du pont Morandi à Gênes

Depuis l’effondrement du pont Morandi, nous sommes en droit de nous interroger sur la robustesse de ces ouvrages d’art. Comme vous le découvrirez, il est des structures, des arches qui ont déjà bénéficié de soins, d’autres pour lesquelles il est urgent d’intervenir. « En apparence, il y a un tas de ponts qui ont l’air en très bon état, explique la sénatrice Nadia Sollogoub, mais il ne faut pas se contenter des apparences (…). Il faut absolument les contrôler bien au-delà des apparences et aller voir la structure du pont, sans quoi on ne peut absolument pas juger. » Mais, avec le désengagement de l’État, nombreuses sont les collectivités à ne pas avoir les moyens financiers pour les réparer, voire les reconstruire. Que se passera-t-il le jour où, les uns après les autres, ils deviendront infranchissables ? La question mérite d’être posée car elle sera d’actualité si rien n’est véritablement acté et financé.
Et s’il n’y avait que ces structures à entretenir… mais notre parc immobilier aussi est concerné. « Il y avait cette idée que le progrès nous permettrait d’avoir un bâtiment, comme on a un thermos, précise Olivier Boesch, architecte. C’est un objet qui ne nécessite aucun entretien et dans lequel on peut vivre, isolé de l’extérieur parfaitement. Je pense que c’est ça, le leurre. Le béton, je pense qu’il a rêvé de pouvoir être un matériau qu’on n’aurait pas besoin d’entretenir.  Et c’est ça peut-être son plus grand défaut. Et ça continue aujourd’hui. » En attendant qu’un diagnostic structure, comme certains l’appellent de leur vœu, nous permette d’obtenir un état des lieux précis de nos infrastructures en béton, il est primordial d’entretenir et de réparer ce qui doit l’être pour ne pas réitérer le drame d’Angers, en octobre 2016, qui a coûté la vie à quatre étudiants (et dont le procès se tiendra en février 2022).

* Une nouvelle pathologie du béton : l’ettringite différée

Depuis quelques années, plusieurs sinistres, concernant en particulier des piles ou tabliers d’ouvrages d’art, mais aussi des ouvrages du bâtiment, ont pu être attribués à une réaction sulfatique interne et plus précisément à la formation différée de l’ettringite.
Contrairement aux attaques sulfatiques du béton par l’extérieur (alcali-réactions), qui provoquent une dégradation progressive du béton, de l’extérieur vers le cœur de la pièce, la réaction sulfatique interne affecte l’ensemble du béton.
Survenant dans des configurations spécifiques de paramètres multiples, encore mal connus, ce phénomène provoque un gonflement interne du béton, entraînant une fissuration multidirectionnelle du matériau, peu différente, à vrai dire, de celle de l’alcali-réaction.
Source : groupe-sma.fr


Un blockhaus qui s'est affaissé sur une plage
« Le Monde en face : L’envers du béton ».
© Elephant Adventures

Un débat pour prolonger le documentaire

Avec Olivier Boesch, architecte, Cyrille Simonnet, historien, architecte, professeur à l’Université de Genève et auteur de Morandi à Gênes, autopsie d’un pont et du Béton, histoire d’un matériau – Économie, technique, architecture (Éditions Parenthèses), et Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre, le quotidien de l’écologie.

Le Monde en face : L’Envers du béton

Peut-on encore faire confiance au béton ? Une interrogation qui a tragiquement émergé le 14 août 2018 à l’occasion de l’effondrement du pont Morandi, à Gênes, causant 43 morts. C’est le point de départ de cette enquête inédite qui révèle que, en France aussi, jamais cette question n’a été aussi cruciale. Comme le soulignait un rapport du Sénat alarmant et un peu tombé dans l’oubli, partout le béton présente des signes inquiétants de fragilité : des petits ponts de campagne jusqu’à d’immenses réalisations qui font la fierté du pays, comme le viaduc de l’île de Ré. Les lanceurs d’alerte se multiplient : élus, professionnels du BTP et ingénieurs nous dévoilent qu’à la manière d’une épidémie tous les types d’ouvrages semblent concernés – des balcons qui s’effondrent mystérieusement, des immeubles qui se désagrègent et même le béton le plus moderne, celui renforcé par des câbles en acier, n’est pas épargné.

Magazine – Présentation Mélanie Taravant
Documentaire (70 min - 2020) – Auteurs et réalisation Frédéric Biamonti et Alain Duval – Production Chrysalide, Elephant Doc, avec la participation de France Télévisions

Ce documentaire est diffusé le dimanche 5 décembre à 20.55 sur France 5
Le Monde en face : L’Envers du béton est à voir et revoir sur france.tv

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