« Le Monde en face » présenté par Mélanie Taravant - « 13 Novembre : l’audience est ouverte »

La journaliste Mélanie Taravant présente cette année « Le Monde en face », désormais diffusé le dimanche à 20.55 sur France 5. Un documentaire suivi d’un débat, résolument tournés vers les enjeux géopolitiques. Ce 5 septembre, première soirée exceptionnelle avec le film consacré à la préparation du procès historique des attentats du 13 novembre 2015, qui donne la parole à tous ses acteurs.

« 13 Novembre : l'audience est ouverte » © Kuiv

Ils ont tiré dans le tas. Pour eux, c’est de l’anonymat. En témoignant, je sors de l’anonymat ma fille, ma famille. C’est à eux que je veux parler.


 

Nadia, mère de Lamia, décédée à La Belle Équipe

Pour la première fois, victimes, familles, policiers, procureurs, juges et avocats racontent leur quête de vérité et de justice, de la nuit des attentats du 13 novembre 2015 jusqu’aux derniers préparatifs du procès qui s’ouvre le 8 septembre.

Les attentats du 13 novembre 2015 ont profondément marqué la France, avec 131 morts et des milliers de blessés, au Stade de France, sur les terrasses parisiennes et au Bataclan.
Dès les premières heures de cette soirée tragique, policiers et magistrats ont débuté un long et minutieux travail d’enquête. Traque des fugitifs, exploitation des données numériques, coopération avec la Belgique et une dizaine d’autres pays : les juges ont pu remonter les pistes, interpeller des suspects importants, et identifier les commanditaires, au plus haut niveau de l’État islamique en Syrie.

Ce procès sera historique car on est confrontés à un des événements qui a le plus marqué la France ces dernières années.

Jean-Marc Herbaut, juge antiterroriste

Près de six ans plus tard, le plus grand procès du terrorisme que la France ait jamais connu s’ouvre pour une durée prévue de sept mois. Une grande salle a été spécialement construite, au cœur de l’ancien palais de justice de Paris, sur l’île de la Cité, pour juger les 14 accusés présents, avec 1 700 parties civiles et plus de 300 avocats.  
Du secret de l’enquête aux coulisses du palais de justice, tous les acteurs de ce procès historique témoignent de leurs attentes et des enjeux de la justice face à la barbarie terroriste.

La liberté aura le dernier mot. Et le dernier mot, c’est aussi le procès. Vous avez agi de manière effroyable, vous allez être condamnés de manière démocratique.

François Hollande, président de la République (2012-2017)

Entretien avec Mélanie Taravant

Mélanie Taravant présente « Le Monde en face »
Mélanie Taravant présente « Le Monde en face »
© Nathalie Guyon / FTV

Vous présentez à partir de cette semaine Le Monde en face, qui sera diffusé désormais le dimanche soir. Pourquoi avoir accepté ce nouveau défi ?
Mélanie Taravant :
 Après Marina Carrère d’Encausse, je suis honorée de reprendre le flambeau. C’est une des émissions de référence sur les grandes questions géopolitiques. Mais, cette année, une couleur plus géopolitique est donnée à cette case pour qu’elle retrouve tout le sens de son titre : regarder le monde en face de nous et dans les yeux. Se poser, prendre le temps de parcourir le monde et de mieux comprendre les enjeux politiques internationaux. C’est un défi excitant pour moi, et cohérent dans ma carrière. Me nourrir de mon expérience professionnelle très diverse et mettre ma personnalité et mon regard neuf au service de cette émission : c’est ce qui m’intéresse.

La géopolitique est au cœur de cette nouvelle case, avec un documentaire suivi d’un débat. Quel ton souhaitez-vous insuffler lors de ces échanges avec les invités ? 
M. T. :Le Monde en face, c’est soixante-dix minutes de documentaire, suivies de quarante minutes de débat avec des acteurs de cette actualité et des experts. L’idée est de privilégier le décryptage, c’est-à-dire d’apporter les clés afin de mieux comprendre les soubresauts du monde. Pour mieux penser le monde, on a besoin d’aide et d’être guidé, d’aller un peu plus loin pour apporter de la nourriture à la réflexion. Notre défi est de recevoir sur le plateau ceux qui font cela très bien. Avec un défi supplémentaire, qui est de ne pas se retrouver noyé sous les chiffres ou des données brutes. Mais nous souhaitons aussi accueillir les témoins quand le documentaire le justifie : un témoin très fort, un journaliste qui a suivi l’enquête sur le terrain ou qui connaît le sujet depuis longtemps… On souhaite, plus que le débat où l’on s’invective, un débat apaisé, constructif, où on prend du recul. D’où l’importance de ne pas avoir trop de personnes sur le plateau et de prendre le temps afin d’offrir un véritable éclairage au téléspectateur.

La première soirée consacrée au procès des attentats du 13 novembre 2015 est sans débat. Pourquoi ?
M. T. : 
Impossible de passer à côté de ce procès déjà annoncé comme historique ! Le documentaire est très fort, dure 103 minutes – ce qui explique l’absence de débat – et offre une plongée dans une affaire hors norme, une véritable odyssée, avec des personnages très forts. La préparation de ce procès soulève beaucoup de questions pratiques, mais aussi d’autres questions plus profondes et douloureuses. C’est un ballet qui doit être millimétré. Pour cette première soirée, je présenterai la case désormais diffusée le dimanche soir après C politique et suivie par La Case du siècle. Il y a une grande cohérence dans cette soirée dédiée aux grands enjeux sociétaux, politiques, internationaux et historiques.

Que pouvez-vous nous dire d’ores et déjà de la prochaine soirée consacrée à l’Afghanistan ? 
M. T. :
Il s’agit d’une soirée événement avec la diffusion d’un documentaire très fort de Bernard-Henri Lévy, Une autre idée du monde, coréalisé avec Marc Roussel. Il se présente comme un écrivain-reporter que l’on suit sur le terrain de théâtres de guerre parfois oubliés, des lieux où des exactions ont eu lieu, peu couverts par les médias, à la rencontre d’hommes, de femmes et d’enfants : des êtres humains malmenés par la vie dont il est encore possible de transformer le destin. On le suit au Nigeria, où il dit redouter un nouveau Rwanda, avec des images très poignantes et d’une réalité nécessaire. Ce film transpire l’urgence d’agir et de prendre conscience de ce qui se passe. C’est un reflet de son travail et un pèlerinage sur des endroits où il s’est déjà rendu. On le suit ainsi en Ukraine, en Somalie, au Kurdistan, à Lesbos dans un camp de réfugiés, au Bangladesh et en Afghanistan, où on le revoit avec le commandant Massoud, puis avec son fils. Sur le plateau, on recevra Bernard-Henri Lévy pour qu’il nous parle de sa démarche, des  conditions de réalisation, ce que ça veut dire pour lui… Nous donnerons la parole également à une personne qui va nous donner un éclairage géopolitique sur les relations internationales et le terrorisme qui agite le monde, vingt ans après le 11 Septembre, sur le lien avec l’Afghanistan, à un journaliste de terrain qui a suivi l’arrivée des talibans et nous fera revivre cette actualité, ainsi qu’à une personnalité plus transversale qui nous donnera son analyse.

Parmi les prochaines soirées, l’une sera consacrée à Angela Merkel qui quitte le pouvoir bientôt, et une autre à l’armée française. Que pouvez-vous nous en dire ?
M. T. :
L’idée est de revenir sur ces grandes questions qui vont agiter l’actualité et la réflexion géopolitique de l’année. Celle du départ de Merkel dans le documentaire Recherche Merkel désespérément, qui va avoir une influence sur l’Allemagne mais aussi sur les relations avec la France, l’Europe et avec le monde. Celle que soulève L’Armée à bout de souffle, produit par Maximal, est plus prégnante que jamais, car elle s’est posée avec le départ de l’armée américaine de l’Afghanistan, et va se poser bientôt avec le départ de l’armée française du Mali. On y découvre des témoignages très forts de personnalités engagées dans l’armée, des questions qu’elles se posent sur le sens de leur action.

Sur quels enjeux souhaitez-vous rebondir le plus en cette année de campagne pour l’élection présidentielle ?
M. T. :
Les événements géopolitiques qu’on traverse ont des répercussions sur la politique de notre pays, et c’est comme ça qu’on va les traiter. À travers ce prisme-là, on ne s’interdit pas d’aborder des sujets un peu moins internationaux mais avec une dimension géopolitique. Car l’idée, c’est vraiment de s’ouvrir sur le monde. Les questions politiques seront du ressort de Caroline Roux, qui plusieurs fois dans l’année animera une soirée événement C dans l’air à la place du Monde en face. Le dimanche permettra de se focaliser aussi sur les grands enjeux environnementaux incarnés une fois par mois par Sur le front et Vert de rage, et puis toujours La Fabrique du mensonge sur les infox. La case du mardi soir sera désormais anglée conso, santé et société.

Quelques mots sur la présentation de C à dire ?! que vous présentez toujours et C l’hebdo où vous continuez à intervenir…
M. T. : 
Dans C l’hebdo, mon rôle est d’éclairer des sujets d’actualité. La forme est légère et le ton est bienveillant malgré la densité des sujets d’actualité de la semaine. En fin d’émission, le zapping Vu donne un ton plus ludique. La politique est passée au gril de Jean-Michel Apathie. C à dire ?! garde cette idée de la boîte à surprises de l’actu. On a cette chance de pouvoir faire un pas de côté, sur le grand sujet du jour, avec un acteur fort de cette actualité qui vient en parler seul. On prend le temps pendant dix minutes de l’écouter, sans le couper, ce qui est rare. Une façon parfois de détricoter les infox. Il peut aussi être le témoin incroyable d’une petite histoire qui raconte la grande histoire. 

Propos recueillis par Anne-Laure Fournier

13 Novembre : l’audience est ouverte

« Ce procès va permettre de satisfaire un besoin impérieux de vérité et de justice. On le doit à la totalité des victimes depuis la soirée du 13 Novembre. » 
François Molins, procureur de la République de Paris (2011-2018)

« On n’a jamais connu en France un dossier de cette ampleur. Nous en sommes à quelque chose qui doit représenter un million de pages. »
Maître Gérard Chemla, avocat de parties civiles 

« Ce n’est pas parce qu’ils n’auront pas notre haine qu’on n’a pas envie que la justice frappe avec toute la force dont elle est capable. »
Arthur Dénouveaux, président de LifeforParis

Documentaire (103 min - 2021) – Auteurs Théo Ivanez et Vincent Nouzille – Réalisation Théo Ivanez – Production Kuiv, avec la participation de France Télévisions

Les témoins du film


Des victimes et leurs familles
Faustine et Fabienne, compagne et sœur de Jean-Jacques, décédé a Bataclan ; Nadia, mère de Lamia, décédée à La Belle Équipe ; Sylvie et Mélissa, sœur et nièce de Frédéric, décédé au Bataclan ; Aurélia Gilbert, rescapée du Bataclan ; Arthur Dénouveaux, rescapé du Bataclan, président de l’association LifeForParis ; Philippe Duperron, père de Thomas, décédé au Bataclan, président de l’association 13ONZE15 Fraternité et Vérité

Des avocats
Gérard Chemla, avocat de victimes du 13 novembre 2015 ; Claire Josserand-Schmidt, avocate de victimes du 13 novembre 2015 ; Frédérique Giffard, avocate de victimes du 13 novembre 2015 ; Héléna Christidis, avocate de victimes du 13 novembre 2015 ; Xavier Nogueras, avocat de Mohamed Amri (mis en cause) ; Léa Dordilly et Simon Clémenceau, avocats d’Adel Haddadi (mis en cause) ; Karim Laouafi, avocat de Muhammad Usman (mis en cause)

Des magistrats et enquêteurs 
François Molins, procureur de la République de Paris (2011-2018) ; Jean-François Ricard, procureur national antiterroriste, Paris ; Christophe Teissier, juge d’instruction antiterroriste (2009-2018), en charge du dossier, Paris ; Jean-Marc Herbaut, juge d’instruction antiterroriste, en charge du dossier, Paris ; David De Pas, juge d’instruction, coordonnateur du pôle antiterroriste, Paris ; Frédéric Van Leeuw, procureur fédéral de Belgique, Bruxelles ; Isabelle Panou, juge d’instruction antiterroriste, Bruxelles ; Claude Fontaine, directeur général de la Police judiciaire fédérale belge (2014-2019) ; Catherine Champrenault, procureure générale de la Cour d’appel de Paris ; Jean-Michel Hayat, premier président de la Cour d’appel de Paris ; Régis de Jorna, président de Cour d’assises de Paris

Également
François Hollande
, président de la République (2012-2017) ; Charlotte Piret, journaliste service Enquêtes et Justice de France Inter ; Anne-Claire Néron, directrice de l’Agence publique pour l’immobilier de la justice ; Léo Kahn, chef de projet à l’Agence publique pour l’immobilier de la justice

Diffusion dans Le Monde en face, présenté par Mélanie Taravant, dimanche 5 septembre à 20.55 sur France 5
13 Novembre : l’audience est ouverte est à voir et revoir sur france.tv

Publié le 03 septembre 2021
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