« Le Café des artistes », un doc stupéfiant

Ancrés dans nos quartiers, nos villages et rassemblant à toute heure des consommateurs et des habitués, heureux de s’y retrouver autour d’un café ou d’un verre, ils sont l’exception française. Vitrine de notre art de vivre, aussi vitaux que les pubs anglais, ils font la joie des romanciers, peintres, philosophes et cinéastes. Un espace de vie et de liberté évoqué sur France 5 à 20.50, ce mercredi dans « Le Doc Stupéfiant : Le Café des artistes ».

Terrasse du café le soir de Vincent van Gogh
« Terrasse du café le soir » de Vincent van Gogh © Bangumi

S’installer au zinc pour prendre un café. Se donner rendez-vous au troquet du coin. Passer la journée dans son estaminet préféré. Réviser au son du percolateur. Il n’y a pas que les romanciers, les peintres, les chanteurs ou les réalisateurs à apprécier ces lieux chargés de vie où toutes les couches sociales se mêlent et refont l’histoire des heures durant. Avec leur réouverture, c’est tout un pan de la société qui retrouve ses habitudes. On pourrait parler d’un attachement viscéral qui remonte bien souvent à l’enfance, quand le comptoir paraît si haut qu’il faut grimper sur le tabouret pour passer commande.

Aussi loin que je remonte dans mon enfance – je suis né à Marseille –, c’est quelque chose que j’ai dans le nez et que je ne retrouve que dans le Sud. C’est l’odeur. J’ai cette odeur des cafés et des bistrots marseillais, provençaux. L’odeur du pastis, l’odeur de l’anis.

Stéphane Guégan, conseiller scientifique auprès de la présidence du musée d’Orsay

Il est des cafés rendus aussi célèbres que nos musées, dans lesquels on se presse, on s’installe, on imagine. Qui ont fait les grandes heures de Montmartre, Montparnasse ou Saint-Germain-des-Prés. Propulsant leur renommée bien au-delà de nos frontières. Grâce, ne l’oublions pas, à des artistes sans le sou à l’époque mais dont les œuvres sont aujourd’hui hors de prix.

Heureux les chanceux qui fréquentaient La Rotonde à l’époque parce que Modigliani arrivait, il s’installait devant un client qui avait l’air d’avoir de l’argent, il disait : « Je vous fais votre portrait contre deux sous. » Et ça marchait à chaque fois. Il avait un tel sourire, une telle beauté que ça fonctionnait. C’était vraiment son terrain de jeu.

Abnousse Shalmani, journaliste et écrivaine

Des bistrots donc, dans lesquels on aime traîner au sortir du lycée, à l’heure du déjeuner ou, comme les Anglais, à la fin de la journée de travail. Chaque heure, chaque jour a ses habitués. Une routine et quelques imprévus évoqués avec tendresse et malice par Marcel Pagnol, Claude Sautet, Cédric Klapisch, Claude Monet, Émile Zola, Raymond Queneau, Edward Hopper, Frank Margerin, Otto Dix, Jean-Bernard Pouy, Jean-Marie Gourio, Mark Rothko, Olivia Ruiz, Édith Piaf, Georges Brassens, Michel Delpech (et bien d’autres). Sans taire la rudesse du métier, les heures à rallonge et les congés occultés.

Cédric Klapisch a absolument résumé l’adolescence au bistrot [dans « Le Péril jeune »]. On allait boire mais on allait boire le plus pas cher possible. C’était un café pour douze, un Coca pour six.

Guillemette Odicino, journaliste

Un lieu, enfin, où se sont fomentées des révolutions, des exécutions, où se sont célébrées des élections, des nominations. De véritables QG qu’il est primordial de préserver…

Au café, on n’a pas besoin de masque. On n’a pas besoin de se travestir, d’être quelqu’un d’autre (…). On vient avec ses joies, avec ses peines à partager, sinon on reste à la maison. Si on vient jusque-là, c’est qu’on cherche une forme de vérité et une écoute.

Olivia Ruiz à Léa Salamé dans l’ancien café de ses parents

Le Doc Stupéfiant : Le Café des artistes

Aux quatre coins de la France, bistrots et troquets font battre le cœur de nos villes et de nos villages. Ils font partie de notre patrimoine et constituent une part originale du génie national. Les artistes le savent, eux qui ont représenté, exalté, magnifié et même animé les cafés tout au long de l’histoire. Balzac en parlait comme du parlement du peuple, les impressionnistes en ont fait un art de vivre, Godard et Sautet, un décor de cinéma…
L’équipe de Léa Salamé a convié écrivains, chanteurs, artistes et intellectuels pour célébrer les cafés, cette exception culturelle française. 

Documentaire (90 min) – Auteurs-réalisateurs Élise Le Bivic et Gabriel Garcia – Avec la participation de Léa Salamé – Production éditoriale Julien Beau – Production Bangumi et France Télévisions 

Ce documentaire est diffusé mercredi 16 juin à 20.50 sur France 5
Le Doc Stupéfiant : Le Café des artistes est à voir et revoir sur france.tv

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