Le chorégraphe Boris Charmatz relève le défi du Grand Palais pour une création exceptionnelle

C’est un événement inédit : le 16 janvier 2021, avant de clore ses portes pour quatre ans, la nef du Grand Palais a accueilli une création unique. Pendant 12 heures, des duos de danseurs se sont enchaînés dans une adaptation de « La Ronde » de Schnitzler, chorégraphiée par Boris Charmatz. Cette soirée du 12 mars sur France 5 raconte la conception de cet incroyable projet et offre au public, à partir de 20.50, la captation de cette aventure singulière.

D'après « La Ronde » de Schnitzler
D'après « La Ronde » de Schnitzler. © Damien Meyer / AFP

 

Ma définition de la chorégraphie, c’est que tout le monde a une place.

Boris Charmatz

Depuis des années, j’essaie d’ouvrir la danse dans tous les sens.

« Passage des arts » Boris Charmatz face au Grand Palais

Boris Charmatz, danseur et chorégraphe s’est imposé, ces vingt dernières années, comme l’une des figures majeures de la danse contemporaine mondiale.
À 46 ans, reconnaissance et audace, on lui confie le dernier événement se déroulant au Grand Palais avant que de vastes travaux de rénovation y débutent : une unique représentation le samedi 16 janvier 2021. Il s’agit donc de célébrer ce monument, qui ne sera plus accessible au public durant plusieurs années. Boris Charmatz se confronte alors à un projet d’une envergure inédite, face-à-face rare entre un homme seul et un lieu aussi mythique que monumental.
La préparation du projet hors norme au Grand Palais, pendant un an, constitue la colonne vertébrale de ce film documentaire. Une création telle qu’elle a obligé Boris Charmatz à se remettre en question tous les jours face aux difficultés qu’il a rencontrées. 
Son projet initial s’appuie sur le thème de la tempête, avec l’idée de 10 000 gestes qui ne seront jamais répétés par aucun des danseurs. « Pour Tempête, je veux aller encore plus loin : je veux envahir la nef du Grand Palais avec quatre cents danseurs semi-professionnels et amateurs. »
Mais l’irruption de la covid l’oblige à réinventer le spectacle. « Si on n’est pas quatre cents, il vaut mieux être un ou deux. » Lui qui rêve d’un duo qui s’enchaîne avec vingt danseurs incarnant la diversité, il décide de monter sa version de La Ronde de l’écrivain autrichien Arthur Schnitzler. Lorsqu’il découvre que la pièce a été publiée la même année que la création du Grand Palais, en 1900, il se dit qu’il n’y a pas de hasard. Il lui reste six mois… 
Même pris dans le tourbillon de ce défi monumental, tout en allant puiser auprès de ceux qui ont marqué son parcours, Boris Charmatz continue de nous questionner sur les fondements de sa discipline.
Un art profondément politique ; un espace de liberté accessible à tous, aussi conceptuel que concret, dans lequel résonne l’imaginaire collectif et les enjeux du monde contemporain.

« Au spectacle chez soi » : La Ronde de Boris Charmatz

« La Ronde » de Boris Charmatz
« La Ronde » de Boris Charmatz.
© Damien Meyer / AFP

Nous, danseurs, nous avons quelque chose à faire pour réenchanter l’espace public.

Boris Charmatz

Imaginée pour célébrer le Grand Palais avant sa fermeture pour travaux, La Ronde de Boris Charmatz a eu lieu, comme un défi à la pandémie, ses conséquences sur nos vies, sur la danse et les corps. 
Lorsque Chris Dercon, président de la RMN-Grand Palais, a proposé ce projet à Boris Charmatz en 2019, le chorégraphe avait d’abord imaginé une tempête de gestes portée par des centaines de danseurs. Une idée impossible à réaliser en temps de crise sanitaire. Face à l’immensité de la nef s’est alors imposée l’intimité du duo. S’inspirant de La Ronde de Schnitzler – écrite en 1900, à la naissance du Grand Palais, et alors que la syphilis faisait rage en Europe –, l’idée d’une chaîne ininterrompue de duos imbriqués s’installant dans la durée a alors pris corps. 
Le 16 janvier 2021, comme une explosion d’amour conjurant la pandémie, ils ont fait vibrer l’écrin nu de la nef du Grand Palais, finalement sans public, mais devant des caméras, célébrant la joie de danser. Douze heures de danse, du petit matin à la tombée de la nuit, au cours desquelles une vingtaine de duos se sont entrelacés : duos iconiques sortis de l’histoire, duos inventés pour l’occasion, réminiscences et hommages, à Schnitzler entre autres…
Une histoire faite de désirs, de doutes et de passion collective : celle d’un élan chorégraphique et de la rencontre d’un créateur et d’un lieu, que cette soirée sur France 5 va faire exister… envers et contre tout !

La grande soirée culture de France 5 

Vendredi 12 mars à partir de 20.50 

20.50 « Basique Le Classique » : Gabriel Pidoux, hautbois, et le quatuor Mona
20.55 « Passage des arts » et le documentaire Boris Charmatz face au Grand Palais
22.35 « Au spectacle chez soi » – La Ronde de Boris Charmatz 

« Passage des arts » – Boris Charmatz face au Grand Palais

La bande-annonce

Documentaire (52 min - 2021) - Auteures et réalisatrices Claire Duguet et Sophie Kovess-Brun - Commentaire dit par Léonie Simaga - Production Eléphant et RMN-Grand Palais, avec la participation de France Télévisions

« Au spectacle chez soi » – La Ronde de Boris Charmatz 

Spectacle capté le 16 janvier 2021 au Grand Palais (90 min) - Réalisation Julien Condemine - Production Elephant Adventures, Terrain et Rmn-Grand Palais
 

Les interprètes : Djino Alolo Sabin, François Chaignaud, Boris Charmatz, Médéric Collignon, Raphaëlle Delaunay, Clément Delliaux (de la compagnie de L’Oiseau-Mouche), Letizia Galloni (du Ballet de l’Opéra National de Paris), Emmanuelle Huynh, Axel Ibot (du Ballet de l’Opéra National de Paris), Anne Teresa De Keersmaeker, Samuel Lefeuvre, Johanna Elisa Lemke, Johan Leysen, Soa Ratsifandrihana, Marlène Saldana, Salia Sanou, Florian Spiry (de la compagnie de L’Oiseau-Mouche), Asha Thomas, Sigrid Vinks, Frank Willens

La création de La Ronde a été rendue possible grâce au mécénat exclusif de Chanel
Coproduction Le Phénix scène nationale, pôle européen de création et Next Festival ; Festival d’Automne à Paris ; Compagnie de L’Oiseau-Mouche
Action soutenue par la Région Île-de-France et par le ministère de la Culture – Direction générale de la Création artistique
Programmée dans le cadre de l’événement « Avant-travaux, le Grand Palais invite Boris Charmatz » et du « Portrait Boris Charmatz » présenté par le Festival d’Automne à Paris (49e édition)

À voir et revoir sur france.tv

Boris Charmatz, en quelques repères biographiques

Chef de file de la « non-danse », mouvement apparu en France au milieu des années 1990, Boris Charmatz n’a eu de cesse depuis d’interroger sa discipline et de la faire sortir de ses carcans traditionnels, à travers une quinzaine de créations qu’il a présentées dans le monde entier.
Après une formation classique de « petit rat » à l’Opéra de Paris, puis au Conservatoire de Lyon, où il a pour camarade de classe Benjamin Millepied, il se produit aux côtés des plus grandes danseuses et chorégraphes de l’époque, doué d’une insatiable curiosité et d’une énergie hors norme.
Multipliant les expériences et les supports, s’inspirant aussi bien de la vidéo que des arts plastiques, de la littérature ou de la photographie, il s’est fait remarquer pour son approche radicale et transdisciplinaire de la danse, ses scénographies non conventionnelles et sa volonté d’explorer les possibilités infinies du corps. Son travail, fondé sur l’urgence, le collectif et l’invitation au mouvement, mêlant danseurs professionnels et amateurs, ne cesse de repousser les frontières entre la scène et le public, et a profondément renouvelé le genre.
Nommé à la direction du Centre chorégraphique national de Rennes en 2008, il a fait de ce lieu, qu’il a lui-même rebaptisé « Musée de la danse », le creuset de toutes ses expérimentations, où il fédère artistes, danseurs, chorégraphes, plasticiens, chercheurs, photographes et cinéastes de tous horizons autour d’un projet de musée « excentrique, transgressif, perméable, sans œuvre pérenne, car nos chefs-d’œuvre sont dans nos corps ». 
Installé depuis 2019 dans les Hauts-de-France, le chorégraphe développe dorénavant son projet (terrain), institution future sans mur ni toit, installant la danse dans l’espace public en conscience des défis contemporains (sociaux, environnementaux…).
C’est cette démarche novatrice qui a valu à Boris Charmatz de se voir confier le dernier événement se déroulant au Grand Palais. 

Publié le 10 mars 2021
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