Geneviève de Galard : l’Ange de Diên Biên Phu

Reconstitutions et images d’archives à l’appui, ce documentaire dresse le portrait de Geneviève de Galard et relate de l’intérieur, au travers du témoignage de cette femme hors du commun, la bataille de Diên Biên Phu, l’une des grandes défaites militaires françaises, tournant de la guerre d’Indochine. À découvrir dimanche 28 février à 22.35, dans « La Case du siècle », sur France 5.

L'Ange de Diên Biên Phu
« L'Ange de Diên Biên Phu ». © Label Image

Pour moi, ça a été une grâce de vivre cette période. Ça m’a vraiment beaucoup enrichie et donné un sens à ma vie.

Geneviève de Galard

Comment devient-on un mythe ? Concours de circonstances, force de caractère, courage, envie d’aventure ? Un peu de tout ça à la fois ? Née à Paris en avril 1925, dans une famille d’aristocrates, orpheline de père à l’âge de 9 ans, Geneviève de Galard suit une partie de sa scolarité chez les sœurs dominicaines. Les valeurs catholiques traditionnelles qu’on lui inculque lui donnent très tôt un sens aigu du devoir. Jeune fille de son temps, elle s’inscrit à l’université pour poursuivre des études d’anglais, langue qu’elle affectionne, mais se rend compte qu’elle « n’a la vocation ni d’enseignante ni de secrétaire ou de commerciale » ; or, déjà, elle souhaite « donner un sens à (sa) vie ». Les opportunités qui s’offrent alors aux femmes étant réduites, elle décide de devenir infirmière pour se consacrer aux autres et passe son diplôme en 1950. Le hasard fait que, la même année, elle rencontre l’une de ses amies d’enfance, engagée dans l’armée en tant que convoyeuse de l’air. À la fois infirmiers spécialisés et personnel navigant, ces militaires se chargent d’aller chercher les blessés sur les champs de bataille et d’assurer leur transport jusqu’à l’hôpital. Voilà de quoi enthousiasmer Geneviève qui suit « d’assez près la guerre d’Indochine » et veut y exercer son métier. Elle passe le concours et, en janvier 1953, signe son contrat : « Après une petite formation, j’ai eu mon baptême de l’air [...], je n’avais jamais mis les pieds dans un avion. J’étais l’affreux petit canard qui n’avait jamais volé. » Après un court séjour dans le Maghreb, la voilà partie pour le Vietnam, où la guerre sévit depuis sept ans déjà. Affectée à l’un des deux aéroports de Hanoi, elle multiplie les missions dans la région. En novembre 1953, l’armée française lance l’opération Castor, afin de s’emparer d’une cuvette située dans le nord de la péninsule, près de la frontière avec le Laos et sur laquelle se trouve une piste d’atterrissage rénovée par les Japonais. Objectif : piéger les troupes de Hô Chi Minh, fortement implantées dans la zone. 15 000 soldats d’élite vont ainsi être envoyés dans cette vallée bordée de collines recouvertes par la jungle : Diên Biên Phu.

Le piège

Situé à 300 kilomètres de Hanoi, le camp retranché ne peut être ravitaillé que par voie aérienne… Au début, les affrontements ne sont pas fréquents car le Vietminh adopte une tactique d’encerclement progressif. Les échanges de tirs se font surtout lors des sorties des patrouilles françaises destinées « à éviter l’étranglement » du camp. Mais, le 13 mars 1954, le Vietminh lance sa première offensive : « Le jour même, on a pu évacuer un certain nombre de blessés dans deux Dakota, mais les jours suivants les bombardements d’artillerie étaient tellement terribles sur la position centrale qu’il n’était pas question de faire poser un avion. » Avec la piste d’atterrissage endommagée de surcroît, l’évacuation des hommes, en particulier de ceux sur brancard, devient compliquée. Le commandant de la base de Hanoi décide alors d’effectuer les missions de rapatriement de nuit. Geneviève se porte volontaire : « C’était minuté ; il fallait rester moins de trois minutes sur le terrain pour ne pas se faire repérer [...]. Toutes les nuits, l’heure du décollage changeait [...]. » Les rotations s’enchaînent, mais le 28 mars l’appareil sort de la piste à l’atterrissage et ne peut pas redécoller. Geneviève de Galard ne sait pas encore qu’elle est prise au piège, car aucun autre avion ne sera en mesure de se poser.

Au cœur de l’enfer

Coincée avec les troupes, la jeune infirmière est emmenée à l’antenne, l’hôpital souterrain du camp, qui deviendra sa nouvelle demeure : « Quinze lits dans la salle de réanimation et quarante à l’antenne principale [...]. Par la suite, on a pu le faire communiquer avec des abris qui étaient à proximité et créer une sorte d’hôpital bis, mais qui n’était pas éclairé ni confortable. Dans l’épaisseur des murs de terre, on avait creusé des niches, mis des parachutes en guise de matelas. C’était assez sinistre, on appelait cette partie-là les catacombes. »
Affectée à l’antenne médicale centrale, seule femme officiellement sur place, Geneviève est chargée de s’occuper des blessés graves en post-opératoire. Pendant près de deux mois, elle va ainsi assister les deux chirurgiens et l’équipe d’infirmiers qui travaillent sous terre dans des conditions épouvantables, d’autant plus que les offensives de l’ennemi se multiplient : « Ça a été très dur. On se disait : “Mais où va-t-on mettre tous ces blessés ?” [...] Quand j’avais un petit moment pour me reposer, j’ouvrais un brancard entre deux blessés, que je refermais quand je reprenais mon travail. Je n’avais pas d’endroit à moi. » Elle finit par avoir un petit recoin à elle et continue de se donner à sa mission, infatigable, sans se douter que son nom commence à être connu. Pendant qu’à Genève on tente de trouver un accord pour mettre fin à la guerre, sur place, la bataille se poursuit, terrible. Le 7 mai 1954, après cinquante-sept jours et cinquante-sept nuits de combats d’une rare férocité entre les soldats du corps expéditionnaire français et les troupes du Vietminh, le camp retranché tombe. Et une fois de plus Geneviève de Galard fait preuve de caractère en refusant de partir en abandonnant ses patients. Huit cent cinquante-huit blessés graves seront ainsi libérés et évacués en partie grâce à elle. Dès sa sortie de captivité, la presse l’attend, d’abord au Laos fin mai, puis à Paris le 1er juin et enfin à New York, où on la surnomme « l’ange de Diên Biên Phu ». Célèbre malgré elle, elle choisit dès qu’elle le peut de reprendre le cours de sa vie dans l’anonymat. 

La Case du siècle : L’Ange de Diên Biên Phu

À la suite de l’accident de son avion, Geneviève de Galard se retrouve coincée dans l’enfer du camp retranché de Diên Biên Phu. Cette jeune infirmière française va, pendant près de deux mois, soigner et soulager, sous la terre, avec abnégation et douceur, des centaines de soldats. Et puis, après le désastre militaire, quand tout sera fini, elle va refuser d’être libérée par les vainqueurs tant que les blessés ne seront pas tous rapatriés. Cet incroyable acte de courage et de dévouement va faire de Geneviève de Galard une légende vivante. Les militaires vont la décorer, les médias l’encenser et les politiques de tous bords tenter de la récupérer. Elle va involontairement devenir l’un des enjeux idéologiques de la guerre froide et de la décolonisation.  

Documentaire (52 min - 2021) – Auteure Claire L’Hoër – Réalisation Laurent Bergers – Production Label Image et ECPAD, avec la participation de France Télévisions – Musique originale Pascal Stive 

La Case du siècle : L’Ange de Diên Biên Phu est diffusé dimanche 28 février à 22.35 sur France 5
À voir et revoir sur france.tv

Publié le 25 février 2021
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